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2.6.26

rues inconnues

 







Je marche dans des rues inconnues

Visages jamais vus

Tonnelles sur l'avenue
Passages charmants
Architecture magnifique
Un endroit magique
Des trains, des paysages verdoyants…
Mais voilà que tout se débine…
Un voisin maléfique, sûrement
Fait tourner sa turbine
À 6 heures du matin !
Premier juin.

N. des rêves

19.4.22

Solitaire sybilline

Ligne tracée
Mais invisible sans lumière
Un fil par un être vivant dessiné
Entre deux arbres et dans les airs,
Neige douce de pétales rosés de cerisiers à fleurs
Et le chant d'un oiseau malgré tout, plein de gaieté.

N des rêves

 

10.4.22

Féline solitaire

 


Une amie très chère nous envoie ce poème, qui a le mérite de nous sortir d'une époque dégradante !…

Oranges amères
Pleines de pépins
Pensées closes
Sur le Destin
Chemins austères
Silence des arbres
Aux fleurs roses

N Des rêves.

12.7.20

Alerte météo

Couverture de La Chambre d'Harry,  première publication  en France de Carl Watson aux éditions Dernier Terrain Vague, 1994, image © Philippe Gerbaud

(Vers traduits du russe par Thierry Marignac)

Pour ton bonheur je t’ai offert gratuitement
Au nom de l’amour et de la lumière
La provision de mauvais temps
Du sang de mes artères.

Tombe la pluie, la pluie, prenons le parapluie
Pour beaucoup, beaucoup, beaucoup d’années
Cette petite pluie, voici
À Toi ma lumière, je veux donner.

Et si longtemps qu’elle puisse couler, qu’elle puisse pleurer
Tu ne pourras passer de l’autre côté
Enfile, mon ange délétère
Mon trench-coat, mon imper.

La pluie irrigue, mais elle détruit aussi
Ouvre une bouche fatiguée, cramoisie.
Et la mort s’avancera
Et la vie passera.
Boris, Ryjii

БОРИС РЫЖИЙ «Я ПОДАРИЛ ТЕБЕ НА СЧАСТЬЕ...»
Я подарил тебе на счастье
во имя света и любви
запас ненастья
в моей крови.

Дождь, дождь идёт, достанем зонтик
на много, много, много лет
 вот этот дождик
тебе, мой свет.

И сколько б он ни лил, ни плакал,
ты стороною не пройдёшь...
Накинь, мой ангел,
 мой макинтош.

Дождь орошает, но и губит,
открой усталый алый рот.
И смерть наступит.
И жизнь пройдёт.


16.5.20

Fille perdue

(Vers traduits du russe par TM)
LIDA
Elle ne connaît pas de grands mots
Mais sa poitrine est placée très haut
Voluptueusement se soulève coquine
Sous sa robe de mousseline.
Il arrive qu’elle aille nu-pieds,
Ses yeux sont un peu bridés,
Mais son cœur s’envole plus fidèlement
Vers ses deux aimants ambivalents.
Lorsque chantent ses amies
Autour d’un feu de minuit,
Elle se tait, croisant les mains,
Mais elle veut des chansons jusqu’au matin.
Dans le chant de la guitare elle entend
Des appels aux fatales passions,
On dit que les taches sont légion —
De certaines nuits, les débordements —
Chez elle, sur la vertu féminine.
Je suis le seul qui ne tambourine
D’un signal convenu à son perron
Ni n’achète ses nuits de jupon
Ni pour l’amour, ni pour un anneau.
Mais chérie m’est son apparition.
Lorsque dans le sommeillant hameau
Se dépose la brume du matin :
Elle le traverse jusqu’aux confins
À peine audible, lumineuse quasiment
Comme si à l’Ange déchu librement
Elle tendait la main.
Vladislav Khodassevitch, 1921.
Лида
Высоких слов она не знает,
Но грудь бела и высока
И сладострастно воздыхает
Из-под кисейного платка"
Её стопы порою босы,
Её глаза слегка раскосы,
Но сердце тем верней летит
На их двусмысленный магнит.
Когда поют её подруги
У полуночного костра,
Она молчит, скрестивши руки,
Но хочет песен до утра.
Гитарный голос ей понятен
Отзывом роковых страстей,
И говорят, не мало пятен -
Разгулу отданных ночей -
На женской совести у ней.
Лишь я её не вызываю
Условным стуком на крыльцо,
Её ночей не покупаю
Ни за любовь, ни за кольцо.
Но мило мне её явленье,
Когда на спящее селенье
Ложится утренняя мгла:
Она проходит в отдаленье,
Едва слышна, почти светла,
Как будто Ангелу Паденья
Свободно руку дала

Владислав Ходасевич, 1921.




8.5.20

Les Mille et une Nuits d'Essenine

L'hôtel Nouvel Europe de Bakou, où vécut Essenine



         Dans l’année qui précéda sa mort, Serguei Essenine séjourna longuement à Bakou,  Azerbaïdjan. Il écrivit un cycle de vers aux couleurs Mille et une Nuits. De ses voyages le poète rapportait toujours une floraison aux parfums exotiques.
         On raconte qu’il avait quitté la Russie d’Europe en toute hâte craignant d’être arrêté par la Guépéou décidée à mettre un terme aux scandales, aux crises d’ivrognerie et aux rixes déchaînées par le poète, et qu’il sauta dans le dernier train…
         Voici ce qu’avait psalmodié la muse orientale à son oreille une nuit dans la chaleur :


 « Pourquoi la lune brille-t-elle d’une si terne lueur
Sur les jardins et les murs de Khorossan ?
Comme si j’allais sur la plaine russe cheminant
Sous le rideau frémissant du brouillard, sa vapeur »,—

Ainsi questionnais-je chère Lala
Les nocturnes et silencieux cyprès
Mais leur armée pas un mot ne chuchota
Vers le ciel fièrement leurs faîtes se tendaient.

« Pourquoi la lune brille-t-elle si tristement »—
Demandai-je aux fleurs dans les fourrés sans bruit
Les fleurs dirent : « Tu sens
Frémir les roses par mélancolie ».

Les pétales d’une rose s’envolèrent
Ses pétales secrètement me chuchotèrent :
« Ta Chagane un autre a caressé,
Ta Chagane un autre a embrassé

Elle a dit : « Le Russe n’a rien remarqué…
Au cœur — une chanson, et pour le chant — le corps et la vie
C’est ainsi que la lune si blême a brillé
C’est ainsi que tristement elle a pâli ».

On a trop vu les trahisons des amants,
Qui les attendait, qui point ne voulait, des larmes et tourments.
Mais pourtant sont éternellement bénies
De couleur lilas sur terre les nuits.
Serguei Essenine, août 1925


·        
·        
Сергей Есенин
От чего луна так светит тускло…
«От чего луна так светит тускло
На сады и стены Хороссана?
Словно я хожу равниной русской
Под шуршащим пологом тумана» —

Так спросил я, дорогая Лала,
У молчащих ночью кипарисов,
Но их рать ни слова не сказала,
К небу гордо головы завысив.

«Отчего луна так светит грустно?» —
У цветов спросил я в тихой чаще,
И цветы сказали: «Ты почувствуй
По печали розы шелестящей».

Лепестками роза расплескалась,
Лепестками тайно мне сказала:
«Шаганэ твоя с другим ласкалась,
Шаганэ другого целовала.

Говорила:«Русский не заметит…
Сердцу — песнь, а песне — жизнь и тело…»
Оттого луна так тускло светит,
Оттого печально побледнела.

Слишком много виделось измены,
Слез и мук, кто ждал их, кто не хочет.
. . . . . . . . . . . . . . .. . . . . .
Но и все ж вовек благословенны
На земле сиреневые ночи.
Сергей  Есенин, Август 1925.