13.5.19

Lecture à Fahrenheit 451, Saint-Pétersbourg / чтение в 17.05.19 в магазине Фаренгейт 451


Чтение 4 поэтов в поддержку Fahrenheit 451. Я буду читать новые тексты на фр.,зато А.Володин будет читать их переводы на ру.,плюс другие из моего сборника из 2018.
Soirée de soutien à la librairie Fahrenheit 451 le 17.05.19 avec 3 autres poètes du cru. Je présenterai quelques nouveaux textes, dont A.Volodin lira une traduction russe, + textes du recueil 2018.

26.4.19

La russophobie des médias US selon Yasha Levine

         De Yasha Levine,
         le 13-04-2019,
         (Traduit de l’anglais par TM)
         Ils ont fui un sectarisme et un antisémitisme d’État, et pourtant ils balancent à tour de bras des histoires reproduisant les mêmes fantasmes mortels et xénophobes dont on a flétri les Juifs pendant longtemps.

         La semaine dernière, j’ai écrit un article sur la xénophobie qui sous-tend une telle quantité de la terreur d’aujourd’hui sur la « Russie », et les « Russes » — une panique qui ne vient pas du peuple, mais des sphères dirigeantes des médias « progressistes » américains. Et une des choses qui m’a vraiment alarmé est le rôle que les journalistes juifs soviétiques ont joué en alimentant et en nourrissant cette hystérie xénophobe.
         Pendant des années, ces journalistes se sont servis de leur crédibilité en tant « qu’autochtones » — des gens qui viennent de « là-bas » et connaissent les « Russes » mieux que personne — pour cracher des contes effrayants sur la « menace de l’Est », présentant la Russie et les Russes comme un danger pour tout ce que les Occidentaux démocrates tiennent pour sacré. En considérant la décennie écoulée, il est clair qu’ils ont enraciné les stéréotypes grossiers sur les Russes et préparé l’Amérique à l’hystérie sectaire médiatique aujourd’hui dominante. Et ils continuent, ce qui est bénéfique pour leur carrière.
         Prenez cette récente affaire en couverture de Time.

         Elle a vu le jour quelques semaines à peine après que Robert Mueller aie crevé la bulle de la pseudo conspiration Poutine-Trump. Avec son esthétique sanguinolente « Judéo-Bolchévique  light » et ses insinuations sur de nouveaux complots russes diaboliques pour devenir maître du monde, Time ne donnait certainement pas dans la subtilité : Évidemment, ce complot-là était bidon, mais l’ordre mondial libéral ne doit pas baisser sa garde pour autant. Il existe de nouvelles conspirations, plus globales et sans doute plus démoniaques !
         Le nouveau complot auquel il fait référence n’en est pas un, mais une description dramatisée de la politique extérieure assez fade de la Russie qui vise à établir et maintenir des alliances quand c’est possible — du Venezuela à la Syrie, jusqu’au Soudan. C’est le genre de fariboles gonflées qu’on trouve dans des dépêches Reuters ou AP. L’article est très ordinaire. Ce qui ressort, toutefois, c’est l’imagerie xénophobe sans vergogne de Time.
         L’homme en couverture est peut-être Vladimir Poutine, mais en clignant des yeux — et pas si fort que  ça — on voit les contours du Juif Démoniaque — alias le Judéo-Bolchévique, la Bête Rouge, le communiste asiatique — jaugeant ses conquêtes mondiales.
         C’est une image antisémite classique. On peut trouver ce genre d’affiches de propagande dans n’importe quelle langue européenne au cours du siècle écoulé décrivant les Juifs (en particulier ceux de Russie et de l’ex-Union Soviétique) exactement de cette manière : menaçante, mauvaise, dégénérée, défigurée, inhumaine — plantant avidement ses griffes sur la planète.


         Poutine de Sion fait l’affaire.
         Une imagerie antisémite plaquée sur la Russie moderne ? Ouais, c’est ce qui se passe, et il y a une histoire et une logique raciste derrière ça.
         Comme le montre Paul Hanebrink dans son récent livre : Un spectre hante l’Europe : le mythe du judéo-bolchévisme, la théorie du complot judéo-bolchévique (qui postulait que les Juifs avaient créé et dominé le monde avec le communisme dans leur éternelle machination pour subjuguer l’humanité — une idée que les Nazis et la plupart des fascistes européens ont prise pour parole d’Évangile) a perdu son imagerie ouvertement antisémite après la Seconde Guerre mondiale. Tandis que les anciens collaborateurs des Nazis et des Fascistes se retaillaient une respectabilité comme démocrates anticommunistes, le Judéo-Bolchévisme s’est métamorphosé en une théorie moins sulfureuse qui évacuait le « Juif » mais continuait à assimiler le communisme à une menace de l’Est barbare, asiatique, athée. En d’autres termes : l’antisémitisme avait disparu, mais le sectarisme restait en place.

         Comme l’explique Paul Hanebrink :
         L’idée du judéo-bolchévisme a été transformée par la défaite du nazisme, ses parties constitutives réorganisées par les circonstances politiques. Au cours de ce processus, le lien entre les Juifs et le bolchévisme asiatique, si tendu dans la propagande nazie, a commencé à s’assouplir… Tandis que les nouvelles circonstances politiques menaçaient de sérieuses conséquences ceux qui appelaient l’ennemi soviétique un pouvoir juif, la « croisade » américaine pour défendre la civilisation occidentale s’alignait facilement sur d’autres aspects de l’idéologie nazie antisoviétique. L’idée du « judéo-bolchévisme" était devenue taboue, mais celle du « bolchévisme asiatique" certainement pas.

         Depuis une quinzaine d’années que l’on assiste à la dégradation des relations russo-américaines, cette théorie anticommuniste xénophobe « plus acceptable » a été ressuscitée et plaquée sur une Russie capitaliste et oligarchique. L’Union Soviétique et la menace communiste ont disparu mais pas les clichés racistes sur son peuple et sa culture. Ce qui reste, une fois le communisme éliminé est une pure xénophobie impériale : la peur fabriquée d’un « autre » diabolique situé dans un Est barbare mythique.
         Après la victoire de Trump, cette théorie antisémite réchauffée et recomposée a pris une place centrale dans les élites libérales, déplaçant la faute des problèmes domestiques américains sur un mystérieux ennemi étranger qui infectait « notre » société. Cette peur allait au-delà du gouvernement russe et s’élargissait jusqu’à inclure « Les Russes » et quiconque soupçonné d’être lié à eux. Ce qui piège et fait soupçonner toutes sortes d’immigrants russes, des gens comme moi et toute ma famille, ainsi que des dizaines de milliers d’autres. Nous sommes tous des traîtres potentiels — même les retraités Soviets vivants aux États-Unis sont suspects — prenant probablement leurs ordres directement de Poutine. Je ne compte plus toutes les fois où j’ai eu affaire à ça.


         Et c’est ce qui rend la couverture de Time si déprimante. L’article a été écrit par un émigré soviet juif : Simon Schuster.
         Il est venu aux États-Unis enfant, comme moi. Il y a des chances que sa famille ait subi l’extermination pendant la Seconde Guerre mondiale, fui le sectarisme et l’antisémitisme latent de l’Union Soviétique. Pourtant, il travaille dans un magazine américain prestigieux et signe de son nom une histoire reproduisant le même style de clichés et de complotisme xénophobe que les Juifs ont subi et auxquels sa famille a voulu échapper.
         Je ne connais pas Simon personnellement, bien que certaines personnes me disent qu’on a fréquenté le même lycée à San Francisco — lui quelques années après moi. On a grandi dans les mêmes cercles, on connaissait les mêmes gens et on ne vivait probablement pas loin de l’autre. Mais je n’ai franchement pas la moindre idée sur ce qui le pousse à signer de son nom ces cochonneries racistes.
         Bon, en fait, peut-être que si, je sais.
         Un des traits du journalisme en Amérique est que, en dépit de toutes ses platitudes sur la liberté de parole, il s’agit d’une culture enrégimentée par les grosses firmes, qui n’autorise que très peu de dissension. S’opposer au sectarisme aurait signifié pour Simon tuer sa carrière dans l’œuf. Il aurait été traité de poutiniste, de traître, d’adorateur de l’autoritarisme — tout ce que j’ai à me farcir. Il ne serait certainement pas monté si haut aussi vite : chef du bureau de Berlin de Time à 35 ans. C’est ce qu’on fait quand on est correspondant étranger d’une publication américaine grand public : on reproduit fidèlement la ligne du ministère des affaires étrangères (State Department). On fait ce qu’on attend de vous et sans poser de questions — en tout cas pas en public. Si on couvre la Russie, on monte la sauce xénophobe on fait mousser la terreur. Si on couvre un allié récent comme l’Ukraine, on minore les saletés, même si cela implique une dose de révisionnisme sur l’holocauste comme il le fit dans un portrait grotesque d’un des dirigeants fascistes les plus effrayants derrière le Maïdan, Dmitro Yarosh. C’est grossier, mais c’est comme ça qu’on réussit.
         Mais protéger son boulot, plaire à ses rédac-chefs, faire avancer sa carrière n’est pas une excuse pour la promotion du sectarisme en particulier quand on est un réfugié juif soviet.
         Les reporters américains adorent se moquer des journalistes travaillant pour les médias d’État russes parce qu’on les considère cyniques et soumis — ils suivent la ligne du Kremlin, même lorsqu’ils en savent plus long. Mais quelle différence y-a-t-il, en particulier lorsque les reportages conspirationnistes sectaires de magazines tels que Time deviennent quasiment impossibles à distinguer des peurs xénophobes fréquemment alimentées par les médias russes ? Ma femme Evguénia, qui est née et a grandi à Moscou est constamment choquée de la similarité maintenant aveuglante de part et d’autre.
         Bien sûr, Simon est loin d’être le seul. Il a l’air gentil, et c’est un journaliste à peu près décent. Mais il est loin d’être remarquable.  Parmi les journalistes juifs soviet émigrés, il y a bien pire. Comme Simon, ils ont quitté l’Union Soviétique avec leurs parents pour échapper à l’antisémitisme et l’oppression étatique. Mais en Occident libre, ils ont construit leur carrière en produisant des stéréotypes xénophobes et des reportages grossièrement propagandistes au service de l’Empire Américain. Ce n’est pas très étonnant. C’est le genre de boulot qu’on récompense ici. C’est ce qu’il faut faire.



         Yasha Levine, auteur de Surveillance Valley, The Secret Military History of the Internet.

21.4.19

Caroline, planque la coke, vlà les cyberpandores !…

©Van Gogh, tous droits réservés
                  
Acte II
                          Une voix en coulisse :
         …Karim assieds-toi sur les tapis persans, personne ne demandera d’où ils viennent… Boris je t’ai déjà dit de planquer la kalach dans la gouttière !… J’en ai marre, faut que je pense à tout dans cette baraque !…
         (Entrée des cyber-pandores) :
                  Notre Héros :
         —Bonjour Commissaire, depuis le temps qu’on ne vous avait vu !… Trois mois environ… Vous nous manquiez… Vous avez une mine splendide !… Une tasse de thé, peut-être, non ?… Malheureusement, je n’ai rien de plus fort, depuis mon début de cirrhose, vous comprenez… Ah, c’est votre nouveau robot ?… Il cherche une conspiration ?… Nous n’en avons plus, on a été littéralement dévalisé à Noël… Non, mon ami Boris n’a pas empoisonné Skripal, du reste, ce jour-là il jouait au poker avec des amis… Il a beau être russe, il est de gauche, Monsieur le Commissaire, il allait voter Hillary Clinton quand son officier traitant l’a rappelé en Europe… C’est vous dire… Si j’ai un Gilet Jaune ?… Oh non, Monsieur le Commissaire, sachez que cet pièce de vêtement ne s’accorde en aucune manière avec ma conception de l’élégance masculine… Ça n’irait pas du tout avec mes cravates…
                  (Perquisition fiévreuse des cyber-pandores, soudain s’élève la voix électronique du nouveau robot) :
         —Chef !… J’ai trouvé un antisémite dans la bibliothèque !…
         (Le nouveau robot brandit l’édition Folio de Rêveuse Bourgeoisie)
                  Le Commissaire :
         Ton compte est bon, mon gaillard !… Et embarquez-moi tout ça, y compris la blonde qui renifle, là, dans la salle de bains !…
         (Notre héros et ses complices sortent avec les bracelets. Le nouveau robot a tous ses voyants au rouge. Rideau).
                          Acte III
         (Un bureau anonyme de la banlieue parisienne. Le nouveau robot imprime son rapport, qui sort au niveau de l’oreille) :


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17.4.19

Ma douleur est sauvagerie, de Pierric Guittaut

Pierric Guittaut
         L’épanouissement du talent spontané de Pierric Guittaut, composite de réflexion, d’enthousiasme et de travail est une réalité aveuglante dont il faudra bien un jour qu’il admette lui-même l’indéniable singularité. En une dizaine d’années, à travers cinq ou six bouquins, le bouillonnement encore informe de Beyrouth sur Loire, son premier roman si mal servi par une édition bâclée, torrent d’énergie qui balayait tout sur son passage, s’est transformé en maîtrise de ses moyens, en véritable accomplissement d’artiste des mots.

         Si son premier roman avait la puissance aveugle d’une cataracte, on y relevait déjà quelques prouesses : qui d’autre aurait pu forger ce personnage de flic libanais chrétien retrouvant ses guerres d’origine dans les cités d’urgence des banlieues tourangelles sans tomber dans l’invraisemblable ?… Et c’est pourtant celui-ci qui emportait l’adhésion sans coup férir, premier jalon de ce qui allait devenir la marque de fabrique de Guittaut : la campagne mondialisée, la province planétaire dans son exotisme avant Pierric inexploré. Et qu’on ne vienne pas me parler de nature-writing avec ses amants de Lady Chatterley qui font un malheur à la FNAC de Fouilly-les-Bouses en chemise à carreaux. Non, Pierric seul. Les autres ne sont que les VRP de la fiction bio.

         Et depuis trois romans, c’est toujours cette touche d’originalité, cette empreinte qui le distingue : le tableau d’une cambrousse appartenant déjà à la transhistoire qui est la nôtre, et la rend finalement semblable, dans sa particularité berrichonne, à n’importe quel trou au large de Brisbane ou de Chelyabinsk. Très naturellement — et c’est sans doute au départ à peine conscient chez l’auteur, tout au moins au départ, à mesure qu’il explore ce territoire dépossédé de lui-même, la campagne moderne dont on a muséifié, c’est à dire réifié tous les signes historiques à présent indéchiffrables — celui-ci se tourne vers le mythe. C’est déjà présent dans son second roman La Fille de la pluie[1]. Dans cet exercice de rigueur où le romancier ajuste son tir, une Hermione de l’eau aiguillonnée par le mal hante le paysage éternel des jalousies mesquines, dans des fermes virtualisées tant par la Wi-Fi que par le crédit agricole.

         C’est D’Ombres et de Flammes[2] qui signera la première maturité de Guittaut avec ce portrait de gendarme tourmenté par son siècle et sa hiérarchie, fils de guérisseur aux prises avec une filiation qu’il refuse, de retour dans son village natal. Au cours d’une enquête où se mêlent les femmes d’un passé énigmatique, les jeteurs de sort, et les cerfs stéroïdés importés de Nouvelle-Zélande dans les chasses solognotes pour le bon plaisir des nouveaux comtes Zaroff, venus du XVIe arrdt ou de Dubaï, les hologrammes de la néo-féodalité se superposent aux esprits de la forêt. Si les assassins et les cadavres sont bien réels, leurs armes et leurs mobiles se dérobent, irréductibles à toute analyse anthropométrique. Le lyrisme de Pierric y donne sa pleine mesure d’instinct et de lucidité indissociables.

         Et nous voici plus loin, un degré plus haut dans l’incandescence avec Ma Douleur est sauvagerie, qui vient de paraître aux éditions des Arènes. Le classicisme de la construction des thèmes de la vengeance et de l’obsession y est encore confronté à un monde dématérialisé dont le rejet, cette fois, sera entier ou ne sera pas. Lorsque Stéphane, à l’instar de St-Julien le Pauvre, s’abstient d’abattre le grand cerf blanc, symbole de puissance brute, indistincte, il met le doigt dans l’engrenage — presque volontairement. La vision, dès le premier instant a la brutalité d’une idée fixe, il a trouvé son double maudit. Lorsqu’il se lance dans la traque acharnée de l’animal coupable de la mort de sa femme, ce n’est au départ que pour tuer dans un élan aveugle. Puis, comme dans toute chasse, il faudra que Stéphane devienne identique à l’assassin qu’il poursuit pour avoir une chance de le piéger et de le vaincre. Alors, il faudra que Stéphane se dépouille de la civilisation au cours d’un lent et minutieux processus remarquablement décrit dont chaque étape est tout d’abord un arrachement.
         Un grand livre, putain, mais je lui avais prédit, je n’en attendais pas moins de lui.
         Thierry Marignac, 2019.



[1] Série Noire, Gallimard.
[2] Série Noire, Gallimard.