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24.2.13
3.11.12
Une affaire personnelle
À Montréal, les établissements servant de l'alcool ferment leurs portes à trois heures du matin, la loi. Cette heure approchait, j'étais joliment éméché et tentais, sans grand succès, de convaincre une travelotte de bas fonds que j'étais poète dans le but de lui tripoter les cuisses. Thierry était à quelques places un peu plus loin au bar et sermonnait JF, mon libraire, parce que selon lui, la chanson de Métallica que je venais de faire passer dans le juke-box n'était qu'une merde commerciale. Jean-François, gesticulant des doigts et des baguettes comme lui seul sait le faire, tentait de défendre mon choix en lui racontant l'histoire du punk-rock au Québec et des liens unissant les premiers groupes métal aux punks québécois que nous avions été dans notre jeunesse.
Bien que barbouillé et occupé avec mon semblant de Ginette qui l'était aussi, barbouillée, mais à la budget de B-movie et n'avait rien à cirer de la poésie ou du métal et tenait mordicus, en piètre commerciale, elle, à se faire payer un verre en échange de ma main ou je tentais de la mettre, j'observais, l'air de rien et du coin de l'oeil, l'attendrissant échange entre mes deux compères.
C'était donc lui l'animal, l'auteur de Faciste et père de Dessaignes, le traducteur de Watson, de Thompson et des Basketball Diaries, le grand pote de Limonov, le dadaïste, cet intégriste punk à la mauvaise réputation et mal-aimé de l'intelligentsia bien-pensante des salons littéraires parisiens.
C'était, il y en a quelques-unes, l'année de la parution de Renegade Boxing Club, il vivait alors en exil self imposé à Jersey City et il s'était donné la peine de se plier en quatre sur une banquette d'autobus Greyhound pour venir me visiter et me rencontrer en personne. Une semaine que je n'oublierai jamais, les débuts de notre amitié.
Des chansons pour les sirènes.
Son éditeur a eu la gentillesse de me le faire parvenir tout frais sorti des presses et je l'ai sous les yeux, le parcours et le repasse depuis une semaine et il m'est difficile de vous présenter ce recueil de poésie que Thierry Marignac vient de publier aux Éditions L'Écarlate de façon objective, comme n'importe quel ou comme juste un autre recueil-compil de poésie. Au départ, Thierry est un ami personnel, je connais son histoire et je sais depuis combien d'années il se bat et se démène pour mener à bien ce projet qui lui est cher. Je sais aussi à quel point l'homme tient pour importante, voire, porte en lui, incarne littéralement, la poésie de ces trois auteurs qu'il nous présente.
"Vaille que vaille..."
Relisant ces poètes, Essenine, Tchoudakov et Medvedeva, c'est la voix de mon ami que j'entends, son blues, par eux, me parvenir. Cette sélection très personnelle de poèmes est accompagnée de textes de présentation de son cru et de ceux d'une grande amie à lui, Kira Sapguir, nous permettant de situer leurs créateurs, ce qu'ils ont été, mais aussi et surtout pour ce que leur oeuvre est au coeur de celui qui, aujourd'hui en porte jusqu'à nous une partie, nous offrant de la traduire et ainsi, de la garder en vie.
Une oeuvre inclassable
Thierry Marignac est un vieux loup qui connait très bien son métier et qui ne se fait plus aucune illusion quant à la valeur de ce business de marchands de mots, le traducteur ainsi que l'écrivain l'a appris à la dure. Le connaissant et le sachant aussi pugiliste à certaines de ses heures, je n'oserais pas ici parler en son nom, mais vous rappellerai simplement que sur un ring comme dans la vie il arrive parfois que sous ce que nous croyons être une droite qui se dessine il nous explose parfois au visage de la gauche une vraie bonne leçon de savoir-vivre et à ce petit jeu, croyez-moi, mon ami pourrait en montrer à plusieurs. Qu'est ce que ce livre que j'ai entre les mains depuis une semaine et que je ne tente pas de vous décrire, un Marignac le traducteur ou un Marignac l'écrivain ? Une chose est certaine, mon ami, toujours en vie et debout malgré tout, grâce à ces chants pour les sirènes qu'il nous livre, vient encore une fois de laisser sa trace.
Pat Caza, 2012
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