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1.4.26

Musicale…

 






Dans une autre vie, j'aimerais jouer

Harpe, piano, saxo…
Les notes s'envoleraient dans les cieux crescendo
Comme des oiseaux pacifiques en virée
Merci aux musiciens précieux
De soulager un peu l'odieux.

N.des rêves 

3.5.25

La Source Pérenne de Christopher Gérard

 




La beauté qui miroite dans le mythe est-elle une preuve de sa réalité ?

 

         En m’offrant récemment la 3e édition revue et corrigée de son essai sur le paganisme : « La Source pérenne » un soir de libations, Christopher Gérard m’attirait consciemment dans un piège. En effet, j’avais déjà lu la deuxième une douzaine d’années auparavant, dissimulant sans doute assez mal, en recevant ce cadeau lors d’un autre soir de libations, mon appréhension du savant ouvrage sur un domaine inconnu : le paganisme.

         Comme n’importe quel pékin de notre époque acculturée, j’entretenais sur le sujet des représentations banales à mi-chemin entre un crépuscule des dieux à relents totalitaires et la franche bêtise massifiée du « New Age ». Surprise, je dévorai l’essai la nuit même, enchanté par sa légèreté aérienne — la porte de sortie qu’il offrait de l’étouffoir des pensées binaires christiano-marxistes de ma jeunesse dont le rejet avait nourri mon nihilisme de néo-mods défoncé. Et je ne parle pas seulement du chatoyant exotisme des multiples mythologies — du Gange au Bas-Rhin, de la Volga à la Liffey — si séduisant aux yeux du voyageur ; l’auteur s’employait ici à ouvrir autant d’issues que possible à « l’atroce et vivante réalité » sans l’éviter jamais ni la fuir dans un monde parallèle de grotesque Fantasy. Gageure !

         Enfin, cet ouvrage d’érudit est dépourvu de tout nietzschéisme vulgaire, défaut de tant de livres semblables. À la place, on respectait plutôt cet aphorisme du Gai Savoir :

         « Que toute vérité qui ne soit pas accueillie par un rire soit considérée comme un mensonge. »





 

         Shiva, combien de divisions ?

         Si cette question peut prêter à frémir, en ces jours où la menace a pesé d’un conflit indo-pakistanais, il ne me semblait pas anodin que Christopher soit allé aussi loin que Bénarès retrouver des Brahmanes, dont il avait partagé les repas, les rituels et les fêtes, exempts de cette odeur fétide de sacristie, de la pompeuse pesanteur, du terrorisme latent du Dieu Jaloux des religions du livre. Delphes, les îles d’Aran, la forêt de Brocéliande, les pèlerinages païens de notre druide errant dessinaient le curieux paysage d’un homme qui ne se contentait pas d’un quelconque prêchi-prêcha alternatif mais qui, par ces rencontres avec des lieux et des gens, expérimentait son paganisme au cours de bien beaux vagabondages…

         J’insiste sur l’aspect profondément humain de « La Source… » marquant une différence très nette avec ce qu’on entend habituellement par littérature religieuse, où il est de règle de s’ennuyer solennellement. J’insiste également sur l’aspect humain et émouvant, parce que c’est ce qui m’est accessible. Quasi-dépourvu de formation en philosophie, votre humble serviteur souffre en plus d’un déplorable manque d’aspiration métaphysique depuis sa plus tendre enfance. Je ne prêtais même pas l’oreille aux fariboles du catéchisme obligatoire, ne me posais pas la question de l’origine du monde, j’y étais, voyageur à destination, insoucieux du point de départ. Mon souci, c’était ce que j’allais y faire. Je confesse une certaine admiration pour les âmes plus élevées que la mienne, cherchant le sacré au-delà de la splendeur de certains poèmes — à laquelle je ne peux me dérober.

         Certaines parties de « La Source… » m’ont donc donné du fil à retordre, notamment une section sur le culte de Mithra, dieu indo-iranien aux visages multiples et culte à mystères. J’étais mal équipé.

         Ici, une anecdote. Christopher évoque à plusieurs reprises la figure controversée de Julius Evola, ancien dignitaire mussolinien foudroyé par l’aviation alliée en 1944, devenu par la suite invalide et théoricien mystique de la Tradition. On le cite souvent dans le même souffle que Raymond Abélio et René Guénon, eux aussi chercheurs de la Voie Perdue vers l’antique religion.

         L’anecdote est la suivante : un ami sûrement mal intentionné me fit cadeau, il y a quelques années, d’un livret d’Evola, intitulé « La Doctrine aryenne du combat », espérant sans doute déclencher chez moi la fréquence héroïco-tralala qui n’est jamais très loin chez le néo-mods. Si je percutais les trois ordres indo-européens : travailleurs, prêtre, soldat, la différence entre la guerre menée pour un objectif et la barbarie indistincte d’un instinct altéré de sang, différence venue en particulier des Grecs Doriens, je m’arrêtais toujours à la funeste page 25 ! Dix tentatives ! Tout à coup, il était question de L’Upanishad, épopée indienne d’une complexité pas croyable, où héros et dieux se multiplient à une vitesse de dessin animé hollywoodien, j’étais largué. Oh combien de marins, combien de capitaines… se moquait un de mes instituteurs d’école primaire quand on séchait sur une leçon au tableau noir devant les autres. J’ai fini par rendre le livret d’Evola au copain qui me l’avait donné : « C’est trop fort pour moi, je jette l’éponge . »

         De la partie Mithra de « La Source… » où l’on apprend l’existence d’une certaine « mystérosophie » qui porte bien son nom, j’ai donc retenu ceci : Mithra sacrifie le taureau dont le sang irrigue le monde et l’anime, mythe primordial. Un rapport avec Thésée et le Minotaure ? Je n’ai pas eu le temps de poser la question à Christopher. Et ceci : « En Iran, Mithra est sauveur et solaire, dieu du bien, de l’accord et du serment. » Puis, une de mes chères anecdotes historiques : « Ce culte syncrétique fait son entrée dans l’Empire Romain grâce aux vingt mille pirates faits prisonniers par Pompée et répartis en Italie. Nous savons par Plutarque que ces pirates vaincus pratiquaient un culte secret, d’où dériveraient nos mystères. » Prenez garde à vos captifs !

         Christopher note autre part : « Les mentalités, ce que Jung appelait l’inconscient collectif, ont pourtant conservé les structures mentales du paganisme : seuls les noms ont changé. » À la lumière de tels exemples, on aurait tendance à y croire.





 

         Où donc Julien dit « L’Apostat » avait-il appris à suriner ?

         Le héros récurrent du roman épique composé par Christopher à grands renforts de « mythologies en sourdine » est Julien dit l’Apostat, ainsi surnommé par « les sectes de fanatiques chrétiens » qui lui reprochaient d’avoir, après un coup d’État fomenté par les Celtes, mis un coup d’arrêt à la christianisation rampante de l’Empire de Rome, dès qu’il était devenu César. Ça ne se pardonne pas.

         Un bien curieux portrait est dressé de ce personnage historique. Un lettré auteur de « Contre les Galiléens » que Christopher a traduit du grec ancien, brusquement devenu foudre de guerre, prouvant sa valeur au combat en première ligne, écrasant les Germains avec ses troupes gauloises et d’ébranler la Perse, où il devait trouver la mort au « champ d’honneur », comme disait mon cher grand-père. Christopher le qualifie même, un peu plus loin, de « rat de bibliothèque ». Son bouquin est émaillé de ce genre de figures, intrigantes, émouvantes, héroïques. On rajeunit, à côtoyer ces personnages.

 




         Le paganisme est-il un existentialisme ?

         Le piège refermait ses mâchoires d’acier crantées sur ma pauvre cheville. Je lis rarement des textes en français, le médiocre brouet qu’on y absorbe d’habitude ne suscite plus aucun appétit. Il y a des exceptions. J’évite d’ouvrir Céline, Malraux, Soupault ou Modiano de peur d’être happé et d’y passer la journée. Benoist-Méchin avec son « Alexandre, le rêve dépassé » m’avait fasciné de la sorte par la limpidité de sa langue, de ses thèses, la poésie de sa vision du conquérant. C’est exactement ce qui m’est arrivé avec « La Source… », déjà lue. On pourrait comparer sous bien des aspects les deux ouvrages. Alexandre le Grand, cette fulgurance, s’accapare facilement religions et dieux des pays conquis, les intégrant à l’Olympe, se marie aux princesses locales, soucieux d’unir Orient et Occident, un rêve sans fin se poursuivant jusqu’à Lawrence d’Arabie.

         Dans son « parcours païen » Christopher s’approprie sans vergogne, tant les elfes d’Irlande que les déesses multicéphales de l’hindouisme. Et… « Notre monde ne peut mourir, puisqu’il n’est jamais né, il est immanence cyclique ». Le rêve d’Alexandre et la poésie de Benoist-Méchin trouvent ici un écho.

         Si ces mots n’étaient pas une contradiction dans les termes, je dirais que Christopher a failli me convertir au paganisme.

         Moi qui ne crois qu’aux « secrets d’amour enfermés dans la bière » :

         Le visage penché de la belle chercheuse

         Se reflète dans la flamme où vécut la splendeur

         Des ferventes attaches et des sorts enlacés

         Aux enfances des rafales par nos cris mis à nu.

         Tristan Tzara, Où boivent les loups.

 

         Christopher va me faire une scène de ménage. Bien que nous nous soyons parfois retrouvés à « La Fleur en papier doré » haut lieu des réunions surréalistes belges, il prétend n’avoir aucune affinité avec leurs tentatives de résurrection du mythe. Il me pardonnera sans doute, je ne lui ai jamais caché mon dadaïsme natif.

         Thierry Marignac, mai 2025.

        

 

 

        

5.6.24

"Classe dangereuse" de Patrick de Lassagne.


 

KISS OF THE WHIP

In Cardiff, off Saint Mary’s Street

There in the porn shops you could get

A magazine called Kiss of the Whip.

I used to pretend I’d had poems in it.

(…)

Grandfather could dock a black snake’s head…

Les Murray, 100 best poems.

 

         La langue cinglante de Patrick de Lassagne

         Le grand poète australien Les Murray (récente découverte de votre serviteur), fait ainsi claquer sa langue dans un sifflement de cravache… après avoir dardé un trait d’humour… Le Cardiff dont il parle, aux antipodes du Pays de Galles, est un bled paumé dans le Bush, où ni les serpents noirs ni le baiser du fouet ne sont des figures de style. Où les boutiques pornos sont près de la rue Sainte-Marie…

         Nono, Bûbuche, Catman, Banane et moi, on a déboulé sur le circuit. Première phrase — après un prologue funèbre — à enseigner à Normale Sup’, qui démarre sur les chapeaux de roues le superbe « Classe dangereuse » de Patrick de Lassagne (aux éditions de la Manufacture de livres). (Une première phrase, sachez-le, chères ouailles et futures Grandes Têtes Molles, ça doit être simple et cinglant). Ensuite, ça chicore d’entrée sur le circuit sauvage de Rungis, où se pointent les motards après le rencart de Bastille du vendredi, complètement illégal, auquel on accède par « une lourde défoncée, sas obligatoire».  Et la bande de blousons noirs entame ses avanies en chourant une bécane à l’arrache — il leur en manquait une, ça tombe sous le sens interdit. Puis « les béquilles raclent le sol dans une gerbe d’étincelles… »

         Je me souviens du rencart de Bastille, où l’on essayait de ne pas trop traîner, nous les rampants. Parmi les motards de bon aloi, on pouvait tomber sur des mauvais fers et des bandes de hors-la-loi, trois bandes de Hell’s concurrentes, chacune prétendant au titre, Crimée, Malakoff et la toute proche rue de Lappe, qui en abritait une et dont c’était le territoire. Mais on pouvait s’embourber de la came — ou en vendre. Alors on prenait le risque. C’est un peu la ritournelle de « Classe dangereuse » : une chance sur deux de mettre une trempe aux gadjos, une chance sur deux de tomber sur plus coriace que soi, deux chances sur trois de finir au violon. « Ciel noir de ma délinquance », me dit Patrick, lui du côté de la castagne et des Perfectos — à moi, du côté de la came et des vestons à col relevé. À l’époque, on aurait pu se croiser. Il aurait tenté de me braquer mon larf’ (vide), j’aurais essayé de lui vendre du speed, populaire chez les loubards.

         Bon Dieu, comme ça secoue de se replonger dans tout ça, les casseurs de machines à Treets dans le métro, les dépouilleurs de blousons, les embouts métalliques des santiagues à éviter d’encaisser niveau les bijoux de famille, dans la langue abrégée de ces temps-là, où le « T’façon » des rues, résumait nos fatalismes… Et le style de Patrick de Lassagne est sans temps morts. « …À la prochaine incartade c’était rideau », leitmotiv de nos années maudites. « On était vraiment dangereux — pour nous-mêmes… »

         Va falloir que j’me bride… Si je présente « Classe dangereuse » — quel titre ! — comme un « Traité du désespoir », Patrick va me regarder chelou… C’est vrai qu’on est loin de Sœren Kirkegaard… Pourtant… Dans la dérive sans issue et sans gloire particulière décrite dans son roman des abysses, le concret de la désespérance s’égrène, dans toute la vitalité, « Le sens de l’inutilité théâtrale et sans joie de tout » (Jacques Vaché), s’affichent les rêves mort-nés de nos générations pourries d’orphelins.

         Les téléramesques imbéciles qui ont détourné l’expression « roman noir » ( à l’origine désignant le roman gothique anglais du XIXème siècle) parce qu’ils rêvent d’Académie, peuvent se brosser pour atteindre un centième de la puissance percutante d’un bouquin comme « Classe dangereuse », fondé sur autre chose que leurs états d’âme de victimaires pleins aux as — mal décalaminés.

         Thierry Marignac, Juin 2024.

        

20.5.24

Le chant des livres de Gérard Guégan

    Lettre ouverte à Gérard Guégan 

 Cher Gérard, 

    C’est mon ami Jean-François Merle, auteur, traducteur, et éditeur un certain temps aux éditions Omnibus, qui m’avait joué ce tour-là quand je lui avais demandé une critique de mon dernier livre « Photos passées », tu sais, celui qui ne t’avait pas plu. Il l’avait fait sous forme de lettre. J’ai décidé de lui piquer le procédé, qui semble si naturel après lecture d’un ouvrage comme ton « Chant des livres » dont la nature est si intime — ta passion de la littérature. Je ne sais pas très bien comment définir ce genre de bouquin bourré d’anecdotes — un domaine où tu brilles — et restituant l’écrivain en chair et en os. Pour les confrères, en tout cas, c’est inestimable. 

    Après mes emportements d’hier soir contre les neutralisations et désamorçages cinématographiques de feu mon ami l’énigmatique Limonov par la bouillie globalisante, ça fait du bien de retourner à un sujet plaisant. 

Abkhasie, avant-hier, photo © TZ.

 

     En abordant la lecture du « Chant des livres », ce qui m’avait frappé, c’était ta description du PCF à l’époque Thorez, qui traitait « Histoires d’Ô » de « livre bourgeois à condamner » et où certains directeurs de conscience te passaient en commission de remise dans la ligne pour avoir lu et aimé des « Poèmes indésirables » anarchisants parus en 1945 et que je soupçonne fortement d’être antipatriotiques… Tu n’avais, dis-tu, « finalement écopé que d’un blâme »… Et sinon ?… On te suspendait par les pieds dans les sous-sols du Colonel Fabien ?… 

     Tes hérésies littéraires reviennent souvent, ton éclectisme, et l’on revoit ces commissaires politiques te déconseillant formellement ceci ou cela. Ça ne s’oublie pas. Mais en parallèle, on voit aussi des personnages de communistes du genre qu’on aimait bien, comme ton oncle Marius, turfiste léniniste, imbattable sur les pur-sang anglo-arabes, le texte d’ « Impérialisme stade suprême du capitalisme », et fin connaisseur de la littérature. 

Votre serviteur et l'équipe du documentaire russe concurrent du mauvais film de Cannes…

 

     Mais dans l’intervalle, ce n’est pas anodin, tu nous glisses Giono, sur lequel, dans ton contexte, c’est piquant, Drieu écrivait : « Quant à Giono on nous a parlé de ses sympathies communistes dans la vie. Elles ne se lisent pas dans son œuvre. Ces grandes fables lyriques, qui nous découvrent dans une campagne de rêve, loin des lourdes atonies de la ville, des passions farouchement réfugiées, sont bien loin de la discipline abstraite des grandes années de Lénine ». Chez toi, qui l’a croisé adolescent, on apprend qu’il était amical, fumait la pipe et ne lisait que des séries noires !… 



 

     En tant que confrère lointain, assez content de voir passer le grand traducteur Armand Robin qui connut une fin tragique, et resta un poète méconnu. Dans un accès de vanité que tu voudras bien me pardonner, je te dirai tout de même que je traduis Essenine nettement mieux que lui. 

    Rassure-toi, je ne vais pas tous les énumérer, déflorant ton livre dans lequel on se balade avec plaisir. Je n’ai aucune opinion particulière sur un Paulhan, par exemple, que je ne crois pas avoir jamais lu et dont tu dresses un portrait sympathique. De Jean-Pierre Énard, je ne me souviens que d’un gros type à lunettes qui avait écrit sur Hollywood, un sujet qui m’indiffère, et m’a rappelé ton roman « Technicolor » une fresque bigarrée parue au Sagittaire — une passion commune ?…Ta conclusion, d’une brutalité exemplaire, pourrait le suggérer : « Sous l’objectif la chair jette le masque ». 

    Tu as toujours eu la gentillesse de rire quand je vomissais Bukowski, Prince de la Grandiloquence Crasseuse, piètre traduction de… Tu l’avais écrit toi-même : « Ça sue et ça grince comme dans Céline, mais avec davantage de désinvolture ». Je reconnais à Bukowski d’avoir été un bon coup d’édition, pour toi et tous les douteux complices dans cette arnaque éditoriale pour le gogo franchouillard épaté par l’Amérique : les Garnier, Bizot… En revanche, je doute que ce poivrot ait été un bagarreur si redoutable. Il avait suffi de ce vieux réac en ruine de Cavanna pour le vider du plateau d’ «Apostrophes »… Mon ami Christian Vilà, auteur de SF punk, avait commencé ainsi son interview imaginaire du pochetron de LA : « On lui a vendu un bout de shit trois fois le prix baba-cool »… 

     Puisqu’on en est aux sujets épineux, je dois te dire aussi que ton entrevue avec Sollers m’a bien fait marrer. Elle est conforme au personnage que j’avais interviewé en 82 pour une radio après son best-seller « Femmes ». Ce mec était l’illustration ambulante du mot fameux de Lautréamont : « Notable quantité d’importance nulle ». Son intelligence éblouissante était entièrement tendue vers un seul objectif : ne surtout jamais rien dire d’intelligible. Sa virtuosité dans cet exercice lui a permis d’en faire une carrière… 

    Dans un registre plus émotionnel, revoir feu mon ami Hervé Prudon dans un chapitre en compagnie de deux auteurs qui me sont inconnus, m’a fait rudement plaisir. Ça lui ressemblait : simple et sympathique. Tu avais eu, après son décès, des mots très élogieux sur son saisissant recueil de poèmes d’agonisant « Devant la mort », sur le site Vive La Culture. Décidément, il faut que je m’y fasse, tu n’as pas que des défauts. Mais tu m’as induit en erreur : je croyais que le texte de lui dont tu parles : « Fièvre », était un roman paru au Sagittaire. Daniel Mallerin vient de me préciser que c’était un texte dans une anthologie de ta revue « Subjectif ». 

     Tout au long de ton livre, on sent que la littérature inspire ta littérature, c’est le plus étonnant pour moi, férocement isolationniste. C’est le fil qui court tout au long du « Chant des livres », par exemple quand tu parles d’un roman sur une liaison entre un maoïste et une sympathisante de « Socialisme ou Barbarie », (deux sectes aux antipodes l’une de l’autre) « dans le style de Ponge, ma plus récente idole ». Je m’efforce toujours au strict contraire, dans la mesure du possible: écarter toute influence. Et pourtant, c’est le plus bluffant : un Guégan ne ressemble à aucun autre livre. 

    En conclusion, vieux roublard, il me semble que ton but est atteint avec ce livre : indissolublement acteur et témoin, tu t’inscris dans le marbre de l’histoire de notre art en désuétude. 

    Puisse le seul rimbaldien que je tolère dans mon entourage, rêver encore longtemps dans les rues de Nîmes !… 

     Thierry Marignac, mai 2024.

Ton serviteur, interviewé dans un salon du livre inavouable, sur le livre que tu n'aimais pas!


7.1.24

De l'héroïsme en poésie




 

    Depuis longtemps, on remet à plus tard un essai savant d’académicien : le poète comme héros de ses poèmes — une tendance très prononcée chez certains Russes. Mélodrame ou tragédie, voire farce grandiose comme chez Oleïnikov, tout dépend d’une certaine qualité de mise en scène, qui différencie le méchant rimailleur de l’artiste. Pour paraphraser les éloges récents de Jérôme Leroy sur l’autobiographie « Photos passées » (Thierry Marignac, Manufacture de livres), c’est sans doute dans le décalage réussi entre le poète qui écrit et le poète héros de ses propres vers, que se niche la poésie. Des pleurnicheries sublimes d’Essenine sur le vieillissement — lui qui mourut à trente ans — aux larmes de colère d’un Limonov, en particulier à la période new-yorkaise, en passant par le désespoir hautain, le dandysme méchant de Lermontov, jusqu’aux lourds paysages de Boris Ryjii — qui mourut à vingt-sept ans — dans l’Oural, le méridien du talent change en or le plomb de l’amertume, les grisailles du chagrin…


    (Poème traduit du russe par Th. Marignac)
     
    Les motifs, connus dès l’enfance,
     De l’aube, les vermeilles fulgurances, 
     De la mort, de la fin et des moyens, 
     De la patrie, que le diable emporte les siens. 

     Se glissent sur la terre ferme à nouveau, 
     À la vitre du tramway vont se profiler. 
     Que ma pauvre âme soit sauvée, 
     Laisse — un souvenir de ma pauvre peau. 

     Pour que vivent, selon un droit éternel, 
     Tous ceux qui sont nés pour la vie, 
     Lâche-moi dans le ruisseau, face vers le ciel, 
     Lave mon cœur avec la pluie. 

     Tout est si niais et si vert, 
     Mais si bon, putain de ta mère, 
     Comme si le dernier mot, 
     Me laissaient prononcer les salauds. 
     Boris Ryjii, 1998. 



 Мотивы, знакомые с детства, 
про алое пламя зари, 
про гибель про цели и средства, 
про Родину, черт побери, 

опять выползают на сушу, 
маячат в трамвайном окне. 
Спаси мою бедную душу 
и память оставь обо мне. 

Чтоб жили по вечному праву 
все те, кто для жизни рожден,
 вали меня навзничь в канаву, 
омой мое сердце дождем. 

Так зелено и бестолково, 
но так хорошо, твою мать, 
как будто последнее слово 
мне сволочи, дали сказать. 
1998 Б. Рыжий.

25.12.23

Les nobles Voyageurs, de Christopher Gérard

 

Christopher Gérard, portrait de l'artiste en anglomane… 




    Culture générale 

     Christopher Gérard et votre serviteur sommes (déjà !) de vieux amis. Nos rituels gastronomiques s’étendent des tavernes bruxelloises qu’il hante, enfant de la capitale, depuis toujours et qu’il me fait découvrir, à un certain repas à la russe que je prépare sous mon toit, à base de caviar rouge, de harengs marinés dans le lait — onctuosité unique — de salade, d’une poêlée de champignons… J’ai bon espoir que cette table, fréquentée par quelques auteurs et polémistes outre Christopher, devienne un jour une légende littéraire de notre ville septentrionale… Il y a en général peu d’absents à ce rendez-vous très fréquenté de la dissidence… Combien de bons mots inavouables et de déclarations sulfureuses dans notre cercle conspiratif!… Christopher oublie rarement de venir avec « la pièce du Tsar », saumon délectable. "Du Tsar" était aussi le nom de la marque de vodka impériale dont j’imbibais mes hôtes, jusqu’à ce que certains évènements récents la rende très difficile à trouver… J’en ai déniché une autre, presque aussi respectable… 
    

    En recevant « Les nobles Voyageurs », formidable pan de culture générale et dernier ouvrage paru de mon ami, j’étais donc fort mal à l’aise. Outre certaines objections assez radicales sur tel ou tel auteur, ce qui n’a pas une importance fondamentale, le projet, par son ampleur et la diversité des 122 auteurs (!) évoqués, dépassait de loin mes compétences, débordant sur la philosophie, le paganisme, certaines considérations esthétiques qui me sont certes plus abordables. C’est la mesure d’une intelligence très vaste, d’une curiosité insatiable, qualités rares à une époque de « spécialistes »… Et d’une certaine audace refusant de renier ses partis-pris. Christopher est un gentleman. 


     Nous entamerons donc la fresque des fastes évocatoires, « Les Chasses du brigadier Gérard », par deux des derniers billets de cette somme colossale qui soulignent les filiations et affinités de Christopher, son attachement à son pays et ce qui le distingue : Frédéric Saenen et Pol Vandromme. Commençons par ce dernier, en dépit de l’ordre alphabétique. 
     En effet, le malicieux Christopher — bien que non dépourvu d’élans lyriques — semble descendre en droite ligne de l’homme donnant ses lettres de noblesse à la critique au point d’en faire un art. On lit Vandromme comme on lit le plus fougueux des romans, celui de la littérature, vue comme un club de gentilshommes où des faussaires présentent des titres achetés au rabais à la foire aux structuralistes, pour ne pas se faire chasser à coups de pied sur le perron. Dès qu’on a lu Vandromme, on s’épargne pour toujours, souligne Christopher, les laborieux pensums modernistes, explicatifs jusqu’à la nausée : « Fariboles de pédants ». La citation qui ouvre les pages Vandromme pourrait servir d’exergue aux «nobles Voyageurs »: 
    « La littérature ne sert à rien, affranchie qu’elle est de la norme utilitaire — politique, morale, sociale, mercantile — se bornant à être une incitation au plus voluptueux des plaisirs ». 
    Que les tâcherons en prennent de la graine. 
     Christopher relève la beauté et la justesse des pastiches, où Vandromme se glissait sous la peau d’auteurs qu’il aimait… avec son ironie altière et sa passion jamais démentie. Et la beauté des éreintements du grand Pol. Personnellement, bien que fanatique de Malraux, notamment des « Conquérants », j’ai rarement autant ri, que lorsque Vandromme le brocardait dans un essai intitulé quelque chose comme : « Du farfelu au mirobolant ». Le grand Pol démontait, avec son humour décapant, ce que Drieu appelait en parlant de Malraux « cette concision qui tourne à l’obscur », les arnaques au style de Dédé de Vilmorin… 
    La morale du billet Vandromme tombe à pic pour définir ce géant de la critique et Christopher lui-même : « Un seul dogme : l’écriture doit être allègre, jamais aguicheuse, commandée par le seul naturel ». 
Frédéric Saenen


    Frédéric Saenen, un auteur liégeois que j’ai la chance de connaître grâce à Christopher, a sans doute lui aussi subi l’influence de Vandromme. Cet étincelant critique, dont j’ai fait l’éloge dans ces pages pour son remarquable essai « Drieu face à son œuvre », brillant et sans complaisance, ouvre une autre question : Vandromme, Gérard, Saenen, la Belgique serait-elle le refuge de la seule critique qui vaille, celle du cœur, à contre-courant de la cérébralité qui nous accable ? Se distinguerait-elle, à rebours des clichés, par une déontologie du goût émancipée des modes, chère terre d’exil à mille lieux d’une Phrance où la vulgarité américanisée s’est installée à demeure ? 
     Saenen, auteur d’un « Dictionnaire du pamphlet » qu’on lui envie, poète et romancier, outre ses incursions d’exégète affuté, de Céline au Slam, est ainsi défini par Christopher : « Un outsider résolu, fêlé drolatique, aristocrate prolétarien. Et quel lettré ! ». Saenen, qui nous confia un soir que son père faisait les frites à la graisse de bœuf, vient en effet des zones suburbaines liégeoises, évoquées dans son premier roman « La Danse de Pluton ». Je cède la place à Christopher pour en parler : « …polyphonie : elle se lira comme l’analyse clinique du délitement d’une certaine Wallonie ravagée par la misère économique, esthétique et spirituelle ». 


     Le second roman de Saenen « Stay Behind », a pour sujet les troubles sanglants provoqués par les réseaux Gladio de la CIA, « …quand la Belgique servit — une fois de plus — de laboratoire d’une stratégie de la tension : groupuscules terroristes plus ou moins bidons, abjectes tueries dans les supermarchés, égorgements et pendaisons « érotiques » de témoins gênants, vols d’armes dans des casernes, ballets multicolores… ». 
    Et dans la gamme de Saenen, bien des registres, du style élevé de la critique, à la langue slammée des malfrats, jusqu’au « Wallon, ce latin hypervulgaire… ». 

    
Félicien Marceau

    Lorsqu’il évoque Félicien Marceau, compromis pour avoir travaillé à la radio belge sous l’Occupation et blanchi par De Gaulle, Christopher décrit avec précision une situation bien plus complexe et déchirée qu’il ne semble à nos modernes réécriveurs de l’Histoire qui n’ont jamais sauté un repas de leur vie : « …avec l’aval de son ministre, jusqu’à sa démission en raison de l’étouffante mainmise allemande… le dossier était vide ». Dans la bibliothèque familiale, je me souviens avoir adoré « Creezy » de Marceau. Plus tard, j’appris qu’il était un des mentors à l’Académie de la romancière africaine Calixte Beyala (auteur du superbe « C’est le Soleil qui m’a brûlée »), ce qui ne me paraît pas tellement nazi jusqu’à preuve du contraire… Christopher lui rend justice. 
Gabriel Matzneff


    Lorsqu’il évoque enfin Gabriel Matzneff, pour en finir avec la liste des maudits, Christopher le fait avec les précautions d’usage. Lui et moi avons en commun un passé d’ados malmenés, solitude et errance — quoique dans des circonstances différentes — avons croisé les prédateurs, apprenant le coup de boule tout jeune, bien obligés. Nulle complaisance donc chez Christopher pour les turpitudes connues de cet auteur sur lequel hurle la meute — mais nul acharnement, une certaine admiration pour l’héritier de Byron et des stoïciens, le style léché de l’esthète. 
    De surcroît, ses perversions "gréco-latines", exploitation des mineurs de tous les sexes, répugnent à Christopher autant qu'à moi. 
    Cependant, André Gide traînait, paraît-il, une sinistre réputation dans ce domaine au Maghreb colonisé des années 1920-30, comparable aux rumeurs  persistantes entachant celles de certains anciens ministres ou caciques socialistes à notre époque — qui ne s'en portent pas plus mal, toujours récipiendaires des prébendes d'État …— et Maurice Sachs en racontait de belles sur Marcel Proust dans les maisons de tolérance homosexuelles…Toutefois, on les lit toujours. 
    Si, Parisien, je ne partage absolument pas son goût pour le germanopratinisme du personnage Matzneff et le côté insupportablement ampoulé de cet écrivain, Christopher avance, en helléniste émérite, un certain nombre d’arguments valables en termes de qualité littéraire. Et on ne peut qu’admirer son courage — nuancer, ne pas hurler avec les loups. 


    J’ai rencontré Christopher en 2011 grâce au « Bloc » de Jérôme Leroy, parce qu’il avait relevé que j’avais traité le même thème, un quart de siècle auparavant : la Nuit des Longs Couteaux, me confia Jérôme à l’époque, faisant preuve, comme toujours, d’à-propos et d’humour. Touché, je pris contact avec Monsieur Gérard. À notre première entrevue, il apporta, vieilli, corné, jauni — bien que Christopher prenne grand soin de ses livres — un exemplaire de mon « Fasciste », acheté en 1989… Il tenait à ce que je lui signe mon best-seller personnel, livre-culte à travers 3 éditions. Quoi qu’il en soit, Christopher signe une des meilleures exégèses de l’œuvre de Jérôme Leroy qu’il m’ait été donnée de lire. Il souligne, dans les thèmes de Jérôme, ce que Serge Quadruppani, un autre de mes amis inattendus, appelait « Littérature de la catastrophe » — que Leroy, par populisme d’après moi, prétend inspirée de Phillip K. Dick. Je la crois plutôt résultat d’une lucidité et d’une mélancolie d’origine. « Leroy n’a guère d’égal aujourd’hui pour décrire la faune de notre Bas-Empire climatisé », écrit Christopher. « Un univers poétique et glaçant ». Si Christopher souligne la continuité de cette ligne depuis le « Monnaie bleue », où tant de belles pages sont consacrées à notre chère Chimay bleue — « bière hallucinogène » me confia un jour, l’ex-trafiquant et taulard américain Richard Stratton — je trouve qu’il sous-estime «Le Cimetière des plaisirs », récit autobiographique, où d’un chagrin d’amour fondateur, Leroy fait un pur chef-d’œuvre de mélancolie divine. L’homme est par ailleurs un excellent poète de langue française, c’est très rare de nos jours. 
    J’éluderai ici les pages très amicales et très fines que me consacre Christopher. 

    

    Je note que Christopher m’a pompé l’analyse de la belle prose de Pierric Guittaut — ça, c’est deux apéros de plus sur son compte : « … transposer dans la campagne française en pleine mutation des années 2000, mondialisée et hyperconnectée, l’esprit sauvage de ses prédécesseurs… ». 
    Mais Christopher parle de mon roman préféré de Guittaut : « D’Ombres et de flammes » avec sa propre éloquence païenne : « Un tableau d’une parfaite cruauté ». Puis : « …Pierric Guittaut rend avec un étrange talent cette magie paysanne à l’obsédante présence, avec ses sorts et ses rituel… ». Enfin : « …Bien davantage qu’un polar dans la veine paysanne : un roman antimoderne servi par un style d’une belle netteté, une évocation panthéiste du monde invisible par un authentique écrivain ». 
    Une bonne partie des "nobles Voyageurs" dépasse mes compétences, écrivais-je en préambule, s’inscrivant dans un paysage plus vaste que la stricte littérature. Un Jünger, avec ses à-côtés pagano-philosophiques, une Jacqueline de Romilly, helléniste et latiniste, avec ses points de vue sur la culture, pour moi qui détestais le latin, langue des curés, torture imposée par la famille dont je n’appris même pas la première déclinaison… Ayant le ferme parti-pris « antimoderne » selon le mot de Christopher, de ne parler que de ce que je connais, je déclare mon ignorance. 
     Cependant, « Les nobles Voyageurs » constitue une encyclopédie exceptionnelle, où Christopher Gérard démontre une fois de plus grâce et ironie, un style aérien, une érudition qu’on ne peut qu’envier. 

    Thierry Marignac, décembre 2023.

23.12.23

Boris Ryjii et la poésie des bas-fonds

Nous gisons sur une place de Sverdlovsk, où l'on n'élèvera de monuments que  pour moi…





    Le quartier de Vtortchermet, à la lisière d’Ekaterinbourg, anciennement Sverdlovsk, est limitrophe d’usines métallurgiques, logements ouvriers construits dans les années 1930. Ce quartier attirait les anciens taulards venus de Sibérie, parce qu’on n’exigeait pas de casier judiciaire à l’embauche dans les fonderies voisines. Il était réputé très mal famé. À la fonte des neiges, dit-on, on y retrouvait les cadavres de l’hiver précédent, à décongeler façon Picard. Boris Ryjii y passa son enfance et une partie de son adolescence. Ce secteur mythique, cour des miracles, resta pour lui une sorte de Mecque maudite, à laquelle il ne cessait de revenir dans ses vers, avec un certain aplomb lumpenprolétarien… 

(Vers traduits par Thierry Marignac)
 Acquièrent un lustre paneuropéen 
Les paroles du poète trans-asiatique 
J’oublierai le Sverdlovsk féérique 
Et la cour d’école de Vtortchermet, quartier lointain. 
Mais où qu’il me soit donné de refroidir, 
Dans le Paris ardent, le Londres humide 
Mes misérables cendres, je conseille d’ensevelir 
À Sverdlovsk dans un cimetière anonyme insipide. 
Pas dans le projet, la moindre beauté particulière, 
Mais des poses artistiques salutaires, 
Et ainsi mes comparses prendront la pose, 
Leur profil sur le marbre et les roses. 
Sur les neiges bleues vitrioliques, 
Finissant brillamment le collège technique, 
Du cuivre dans le crâne, ils ont trébuché 
Comme les premiers soldats de la Pérestroïka. 
Que Vtortchermet résonne de ses cheminées 
Que le polymère plastique longuement sifflât. 
Et la femme qui n’était pas avec moi, 
Ouvrira l’album, solennellement, une cigarette allumera. 
Elle ouvrira l’album bleu, 
Où sont échauffés nos visages futurs, 
Où nous sommes vivants, dans l’album bleu, 
Bandits et poètes : terrestres ordures. 
Boris Ryjii 

 Приобретут всеевропейский лоск 
 слова трансазиатского поэта, 
 я позабуду сказочный Свердловск 
 и школьный двор в районе Вторчермета. 
 Но где бы мне ни выпало остыть, 
 в Париже знойном, Лондоне промозглом, 
 мой жалкий прах советую зарыть 
 на безымянном кладбище свердловском. 
 Не в плане не лишенной красоты, 
 но вычурной и артистичной позы, 
 а потому что там мои кенты, 
 их профили на мраморе и розы. 
 На купоросных голубых снегах, 
 закончившие ШРМ на тройки, 
 они запнулись с медью в черепах 
 как первые солдаты перестройки. 
 Пусть Вторчермет гудит своей трубой, 
 Пластполимер пускай свистит протяжно. 
 А женщина, что не была со мной, 
 альбом откроет и закурит важно. 
 Она откроет голубой альбом, 
 где лица наши будущим согреты, 
 где живы мы, в альбоме голубом, 
 земная шваль: бандиты и поэты 
 Борис Рыжий

20.8.23

Déjà l'automne approche… Saison mentale des poètes…

 

(Vers traduits par Thierry Marignac).

 

Comme vers le fouet du maître rampe le chien honteux,

Ainsi mon mois d'août rampe vers l'automne et ses feux,

Un tel calme autour, qu'à l'aube on entend,

La chute des fruits, au feuillage s'accrochant.

 

Une telle route automnale toi et moi aussi nous attend,

Un tout petit peu encore — au bas des montagnes nous roulerons,

Nous accrochant en chemin aux buissons de chardons,

À l'argile et au sable, aux cris des enfants.

 

Mais ce sera après, il est encore tôt le matin

Je me presse de comprendre avec l'âme, par l'esprit d'accepter

Que notre vie de patience et de douleur est constituée

 Et qu'autrement la vie se dérouler ne peut point.

 

Et puisse la Fête du miel, avec du miel nos lèvres attirer,

Puisse le pommier, ses pommes nous donner,

Le Sauveur Miraculeux nous pardonner avant la fin,

Et l'automne s'épanouir dans le sang de chacun.

 

Youri Vorotine.

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Как виноватый пёс ползёт к хозяйской плети, 

Так август мой ползёт к осеннему костру,

Такая тишь вокруг, что слышно на рассвете,

Как падают плоды, цепляясь за листву.  

 

Нас тоже ждёт с тобой осенняя дорога, 

Ещё совсем чуть-чуть  -  покатимся с горы, 

Цепляясь на ходу за куст чертополоха, 

За глину да песок, за крики детворы.

 

Но это всё потом, пока же утром ранним

Спешу душой понять и разумом принять, 

Что наша жизнь всегда - терпенье и старанье,

И по-другому жизнь никак не разыграть. 

 

И пусть Медовый Спас поманит губы мёдом, 

Пусть Яблочный отдаст нам яблоки свои, 

Нерукотворный Спас простит перед уходом, 

И осень зацветёт у каждого в крови.


Юрий Воротнин