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5.3.26

Sans ennemi l'Amérique dépérit

 

         Evguénia Kovda est une Américaine d’origine russe. Réalisatrice de documentaires, scénariste et essayiste. Mariée à Yasha Levine, que les lecteurs d’Antifixion connaissent. Dans l’article ci-dessous, elle revient sur un sujet clé de notre époque ; la fin de l’URSS, citant abondamment, feu mon ami Limonov. Témoin direct de cet effondrement, qui m’inspira le roman L’Icône (éditions des Arènes, 2019), elle vit aussi aujourd’hui au cœur de l’empire américain. Elle en explique les ressorts et le déclin avec une pertinence rarement égalée. J’ajouterai, on comprendra pourquoi en lisant, que c’est votre serviteur qui avait commandé l’article « La Disparition des barbares » pour le magazine Zoulou, en 1984, quand j’en étais un des rédacteurs. Et que je souscris dans mes derniers livres, à la plupart des affirmations d’Evguénia. Le tout récent massacre en cours, est une preuve supplémentaire. L’Amérique a besoin d’ennemis.

    (Traduit de l'américain par Thierry Marignac)

 

"La disparition des barbares". EL.

35 ans sans URSS

Le 25 décembre, c’était le 35e anniversaire depuis la fin officielle de l’URSS. Je suis contemporaine de cet évènement et de la Russie post-soviet. Je fais partie de la première génération qui n’a jamais vécu en URSS mais a grandi dans la Russie capitaliste avec des publicités pour les Snickers, des dessins animés de Disney et des films de Schwarzenegger.  Ces artefacts américains sont mes souvenirs les plus anciens ce qu’on pourrait considérer comme étrange puisque je suis née à Moscou, que le russe est ma langue maternelle et qu’il existait suffisamment de dessins animés et de films autochtones pour grandir avec. Mais à l’époque l’Union Soviétique avait disparu et toute la production soviet, avec sa moralité soviet, était suspecte. Les gens avaient soif de culture américaine. Pendant mon enfance et ma jeunesse à Moscou, ces produits étrangers étaient considérés comme magiques et supérieurs et plus dignes de confiance. Je regardais Dallas et Santa Barbara en pensant « Bigre, c’est l’Amérique ! »

         Toutefois, étant devenue américaine et vivant le déclin de l’empire américain à son centre — New York — je me demande si c’était comme ça qu’on se sentait à Moscou à la fin de la Pérestroika. Une grande partie de l’intelligentsia semble avoir de moins en moins d’illusions sur le mythe américain et l’exception américaine. D’autre part, une autre partie de l’Amérique semble redoubler de zèle et se joindre à « la vieille garde » quasi-fasciste qui promet de garder le mythe plus puissant que jamais.

         Comme je l’ai répété plusieurs fois, cette décadence américaine me semble vaguement familière. Je suis née durant la décadence d’un autre empire et j’ai grandi après sa fin, dans un monde qui était le Satiricon de Pétrone et Fellini un monde proto-chrétien sans foi ni loi et où seuls les instincts et désirs primordiaux régnaient dans la société ou ce qu’il en restait. Sauf que la Russie était postchrétienne. Elle rejetait le communisme, une foi qui avait ses racines dans le christianisme. En dépit de nombreux ouvrages historiques et reportages journalistiques, la façon dont l’URSS s’est effondrée est toujours aussi stupéfiante pour moi et d’autres. Un livre que j’ai découvert lors d’une visite familiale à San Francisco avance une théorie intéressante à ce sujet. Voici laquelle : l’élite soviétique croyait la propagande américaine sur l’Union Soviétique. Et cette élite a diabolisé l’Union Soviétique jusqu’à son extinction. La Voix de l’Amérique et Radio-Liberté ont fini par remplir leur mission avec succès : déstabiliser et renverser l’Union Soviétique de l’intérieur malgré la censure et les défenses du Rideau de Fer élevées pour se protéger. En fait, cette tentative de s’isoler de l’Occident a mené l’URSS à sa fin, puisque personne ne pouvait faire l’expérience de l’Occident tel qu’il était et qu’on se fiait à une image idéalisée — dressée en grande partie par la propagande américaine et Hollywood.



         Mystérieusement, j’ai trouvé ce livre le soir de Noël à San Francisco. Et une fois les réverbères allumés sur la Petite Russie dans le quartier de Richmond, je suis entrée dans une librairie russe avec ma fille pour lui acheter quelque chose. Mais au lieu de prendre un livre d’enfant, mon attention a été attirée par un vieux livre d’Edward Limonov. C’était un recueil d’articles des années 1980-90 intitulé La disparition des Barbares. Limonov avait publié ces articles dans divers journaux qui avaient proliféré pendant la Pérestroïka, lorsqu’il y avait eu un moment de totale liberté de la presse. À l’époque, on croyait à la fin d’une ère étouffante et au début de quelque chose de grisant et de nouveau. Mais… Limonov n’y croyait pas.

         À la fin des années 1980, Limonov, de même que beaucoup d’autres exilés soviet sont devenus très actifs dans les médias soviétiques. Mais il tranchait sur les autres. C’était la voix de la raison au milieu du bolchévisme pro-occidental du marché libre et l’intelligentsia dont l’obsession était de transformer la Russie en un « paradis capitaliste et démocratique ». Il n’était pas haineux par ignorance. Il était critique comme on peut l’être après l’avoir pleinement expérimenté — un immigrant touchant l’aide sociale à New York, un travailleur manuel dans le nord de l’État, un auteur publié, puis un journaliste à Paris. Ce n’était pas un touriste soviet privilégié, ni un dissident célèbre ou un immigrant protégé — comme un savant ou mathématicien ayant un boulot peinard dans une université prestigieuse. Il avait dû vivre dans une société occidentale par ses propres moyens sans soutien institutionnel ni filet de sécurité. Il était vraiment « passé à l’Ouest ».



         Ce qui donnait une valeur à sa perspective, c’était son antisoviétisme quand il vivait en URSS et faisait partie du monde de l’art underground. Comme il l’expliqua dans l’une de ses colonnes, il écoutait Radio-Liberté (fondée et dirigée par la CIA) comme tout le monde dans son cercle et croyait à tout ce qu’on lui disait. À cette époque, comme tous les autres, il ne remarquait que la grossière propagande soviétique et ne comprenait pas qu’il existait une propagande occidentale. Par exemple, Limonov raconte qu’en 1968, il avait écouté Radio-Liberté parler des tanks soviets à Prague, écrasant le soulèvement. Il était critique sur leur action en Tchécoslovaquie, mais il ne se rendit compte qu’après à quel point ces actualités occidentales étaient biaisées. Elles n’évoquaient jamais les crimes occidentaux comme le massacre de My Lai au Vietnam, un évènement bien plus violent qui s’était déroulé à peu près à la même époque.

         Pour Limonov, ce n’était qu’un exemple de quelque chose de très courant chez les baby boomers soviets, la génération qui devait démanteler l’URSS par la suite. Sa génération était d’une ignorance et d’une naïveté comiques sur l’Occident qu’elle ne connaissait qu’à travers les émissions de radio de la CIA, les quelques films hollywoodiens parvenant en URSS, les voyages limités de ses savants et bureaucrates où ceux-ci ne croisaient que les élites de la société occidentale : cercles académiques, gouvernementaux et industriels. Et ils traitaient de propagande toute critique de l’Occident émise par leur propre État soviétique. Le racisme, les politiques réactionnaires, les victimes innombrables des guerres étrangères, tout cela était vu par les Soviétiques comme des mensonges ou des exagérations. Même lorsque la critique de l’Amérique était pertinente. En bref, ils idéalisaient l’Occident et diabolisait leur propre société. Ils aimaient l’Occident et détestaient leur pays avec une pure passion, réservée à personne d’autre. Les gens aiment parler de désinformation, de nos jours. Eh bien, la génération de Limonov a été élevée par une désinformation occidentale massive. Ce qui les a conduits à démanteler leur propre société avance Limonov. En bref, l’Union Soviétique s’est éliminée elle-même par une opération psychologique.

         Limonov serait probablement resté un l’un de ces baby boomers désinformés s’il n’avait pas été forcé à émigrer vers l’Occident dans les années 1970. Il était chassé d’un monde quasi-socialiste oppressif-mais-sûr vers le monde libre capitaliste — un monde rêvé par tout le monde en URSS, sur lequel on lisait des livres. En Occident, il gagna une expérience réelle. Il en savait plus sur l’Occident que les réformateurs qui démantelèrent l’URSS, mus en partie par un authentique désir de la restructurer et de l’améliorer, la rendre plus démocratique et plus occidentale. Comme toute la population soviétique, ils ne comprenaient l’Occident que de loin. Ils ne connaissaient que le mythe, alors ils poursuivirent le mythe.



         Un des aperçus les plus perspicaces qu’un Limonov, déjà homme mûr, essaya de partager avec un public soviétique encore naïf à la fin des années 1980, était qu’une bonne partie de ce qu’il croyait être de la « propagande soviet » sur le capitalisme occidental, n’était pas du tout de la propagande. L’exploitation brutale du colonialisme européen, un système de classes rigide, la bourgeoisie au pouvoir, quel que soit le parti politique — tout était vrai. D’une certaine manière, avec l’émigration, en vivant aux États-Unis, Limonov avait découvert les « victimes du capitalisme » dont il n’avait aucune idée.

         Il écrivait :

         « L’intelligentsia soviétique continue à creuser pour trouver et exposer les crimes de son pays et détruit les fondements de l’État soviéto-russe. Élevée dans des théories politico-économiques antédiluviennes, elle ne connaît l’Occident qu’à travers livres, cartes postales, et voyages touristiques. L’intelligentsia nihiliste est ignorante et souvent obtuse. Elle accuse l’Union Soviétique de crimes communs à tous les États et tous les systèmes économiques. Son ignorance la conduit à assimiler son nihilisme à la démocratie. »

 

Roman sur la fin de l'URSS (2019!).

         Dans l’un de ses articles de 1990, Limonov concède que Gorbatchev était honnête et voulait le bien commun, quoique mou. Gorbatchev voulait déstaliniser l’URSS — pour inaugurer « le socialisme à visage humain ». Mais c’était aussi un plouc de province « La première génération de sa famille à faire des études, quelqu’un qui avait plongé dans l’aquarium du Parti Communiste très jeune . »

Des décennies avant le très influent livre Effondrement de Vladislav Zubok, Limonov décrivait Gorbatchev de la même manière : très naïf et ignorant de la façon dont fonctionnaient les démocraties occidentales et dont fonctionnait le pouvoir dans une société aussi complexe et fragile que l’URSS. J’ajouterai, qu’il n’est pas étonnant que Gorbatchev ait fini défait, détrôné, et terminé dans une publicité pour Pizza Hut.

         Comme l’explique Limonov, une grande partie de l’intelligentsia — en compagnie de l’aristocratie du Parti Communiste — était dans un processus d’auto-flagellation. C’était masochiste et inepte, puisque Kroutschev avait déjà dénoncé Staline, trois ans après sa mort. Aucun intellectuel de gauche —sans parler des gens au pouvoir — en France ou en Amérique n’irait jusqu’à pousser son propre pays à l’extinction et au suicide aux nom de la réforme. Si l’URSS était si mauvaise, pourquoi vouloir la réformer ?

         En 1984, Limonov publia une courte politique-fiction dans le magazine français Zoulou. Le titre de son recueil d’articles en découle : « La Disparition des barbares ». Bien que l’histoire soit un peu rudimentaire, elle était très juste politiquement. C’est une histoire où l’Union Soviétique disparaît en une journée et où il ne reste plus que du gypse blanc sur toute sa surface. Ce qui mène les pays occidentaux à une grande confusion — perdre leur ennemi n’est pas dans leurs intérêts. Ils en ont besoin pour avoir de gros budgets militaires, soumettre leur population par la peur, etc. Alors ils essaient en sous-main de convaincre la Chine de devenir leur ennemi officiel, mais leur dirigeant décline l’offre, précisant qu’il serait heureux de se rendre aux Américains. Alors l’Occident est désespéré. Il avait besoin de l’Union Soviétique. Il a besoin de « l’autre » pour maintenir sa structure de pouvoir.

         Et est-ce que ça n’a pas fini par se passer comme ça ?  Après l’effondrement de l’URSS, l’Amérique ne pouvait supporter de n’avoir plus d’ennemi. Elle inventé la guerre contre le terrorisme, mais ça ne suffisait pas — il faut un adversaire égal à soi-même — à une machine militaire aussi gigantesque. Et on a réinventé la Russie comme menace — jusqu’à une nouvelle Guerre Froide, qui n’est plus froide mais très chaude et partagée par l’Europe. Ce qui prouve à quel point Limonov était prophétique dans son récit. Blâmer l’ennemi extérieur pour tous les problèmes du monde tout en ayant besoin de cet ennemi extérieur pour la stabilité intérieure est le modus operandi de l’empire américain.

         Comme l’avait prédit Limonov, la Nouvelle Guerre Froide n’est pas idéologique — la Russie n’est pas socialiste et n’offre pas un système économique et de valeurs différent. Cette fois-ci, la Guerre Froide est purement géopolitique et les masques sont tombés. Ayant soif de puissance et de ressources, l’empire américain ne peut plus cacher ses motivations derrière les slogans habituels : « liberté, démocratie ».

         Parmi les prédictions réalisées de Limonov, le nationalisme comme tendance. Il écrivait que si le supra-nationalisme de l’URSS s’éteignait, le nationalisme brutal des républiques soviétiques s’enflammerait. Il écrit : « Le nationalisme ukrainien peut facilement se réveiller et provoquer  le retour du nationalisme russe ». N’en n’est-il pas ainsi aujourd’hui ?

         (…)

         Dans un article de 1991, Limonov se montrait choqué de ce qu’il voyait autour de lui à Moscou. Selon lui, c’était « du masochisme superflu ». Il lui était étrange de voir l’URSS dans la repentance, tandis que les États-Unis entraient dans une phase de « gloire militariste mythomane ». Ce n’était pas la réaction d’un ami. Selon lui, il était clair que quelle que soit l’auto-flagellation soviet, l’Amérique n’aiderait pas la Russie à être prospère et à libérer sa population, il était idiot et naïf de la part des politiciens russes de croire qu’il en serait autrement.

         Limonov prédisait que la période de repentance russe finirait mal — c’est ce qui s’est passé. Et, à présent, c’est la Russie qui est dans sa phase militariste. Mais qui en est coupable ?

         Evguenia Kovda.

26.1.26

Méthode paranoïaque critique

 


« Paranos et poètes » titrait feu le célèbre éditeur Raphaël Sorin couronnant ainsi un article consacré à l’anthologie d’auteurs américains « Jungles d’Amérique » (éditions Arbre à Came, 1993) réalisée par votre humble serviteur à New York au cours du brûlant été 1992 — émeutes et incendies dans le quartier proche du Bronx de Washington Heights où je perchais. Les poètes sont-ils forcément paranos ? Faut-il être parano pour être visionnaire ? Salvador Dali semblait le croire avec sa « méthode paranoïaque critique »… Dans les vers ci-dessous, un Essenine encore adolescent et un Limonov déjà du 3e âge, semblent le confirmer. Le pressentiment de la mort, affiché chez le premier, allusif chez le second — le vieillissement est une ruse accumulée — dans sa version Sam Peckinpah : Rapportez-moi la tête de Lamartine !

 

(Vers traduits du Russe par Thierry Marignac)

 


 

Au-delà des brumeux lointains, on ne peut voir,

Ce qu’il en sera de moi plus tard,

Ce qu’il y a… le bonheur ou bien souffle la mélancolie,

Voire le repos pour ma poitrine démunie.

 

Ou bien ces brouillards grisonnants

À nouveau m’assombriront,

Portant au cœur de douloureuses lésions

Et se consumer encore sans feu brûlant.

 

Mais dans les brumeux lointains à travers le couchant

Flambe l’aurore, je le vois —

C’est la mort pour la terre s’attristant,

C’est la mort, mais le repos pour moi.

Essenine.

Avenue Lénine, Ekaterinburg, un soir d'hiver.


 

Не видать за туманною далью,
Что там будет со мной впереди,
Что там… счастье, иль веет печалью,
Или отдых для бедной груди.

Или эти седые туманы
Снова будут печалить меня,
Наносить сердцу скорбные раны
И опять снова жечь без огня.

Но сквозь сумрак в туманной дали́
Загорается, вижу, заря;
Это смерть для печальной земли,
Это смерть, но покой для меня.

 

Есенин

 

‹1911—1912›


 

Réveillé

Je me suis réveillé. Levé.

Mais il est cinq heures…

Impossible de dormir

Et rien à rêver…

 

Quand la vie, je pouvais entamer…

Depuis le tout début, est-ce que vous vous représentez ?

Ce lit, aurais-je désiré ?

Et cette couverture coagulée ?

 

Et Vous l’aurore, vous aurai-je souhaitée ?

Et Vous, crêtes et éperons des cieux ?…

Je me dresse seul à soixante-six années…

Qu’est-ce que je vaux, au seuil…

Édouard Limonov (Le Vieux Pirate, 2010)

 

Проснулся

    Проснулся. Встал,
    А время пять…
    И невозможно спать
    И не о чем мечтать…

Когда бы жизнь я смог начать…
Представьте, с самого начала,
Я б эту захотел кровать?
И этот сгусток одеяла?

    Я захотел бы Вас, рассвет?
    И Вас небес хребты, отроги..?
    Стою один в шейсят шесть лет…
    Стою чего-то на пороге…

 

Э. Лимонов ( Старый Пират, 2010)

 

 

 

20.10.25

Le grand art de la simplicité


Le chanteur et poète Alexandre Vertinski 1889-1957.


Outre la pure note cristalline de tristesse d'Essenine, évoquée récemment dans ces pages, c'est sa simplicité, qui attira tout d'abord le traducteur débutant en poésie que j'étais il y a une trentaine d'années. Avec le temps, sous le charme lascif  et lancinant, je finis par comprendre qu'elle était une arme dans l'arsenal du poète, produisant cette résonance unique.

Chez feu mon ami Limonov, la mélancolie était souvent plus déguisée, surtout dans sa dernière période, après les grandes odes au désespoir des années 1970. Et plus grinçante, plus adepte d'une certaine cruauté. Mais Édouard était lui aussi d'une simplicité de fer, dans la vie comme dans ses œuvres. Dans le dernier des quelques poèmes traduits ci-dessous, il est tentant de reconnaître Natalia Medvedeva dans ce portait d'une délurée du Moulin Rouge, à la large bouche peinte dans laquelle est vissée une cigarette. En tout cas ça colle au souvenir que j'ai d'elle… Elle était plus châtain-roux que blonde, mais à ses lèvres pulpeuses défilaient les cigarettes américaines…




(Vers traduits du russe par Thierry Marignac
 )

 VERTINSKI 
 En poète, il commença sa vie, 
 En musicien il la finit. 
 En duettiste, il se produisait, 
 Avec un énorme ruban, se dressait. 

 Dans les griffes de la cocaïne 
 Il s’enfonçait souvent. 
 Silhouette longue et fine
 Dandy coquettement. 

 Ce n’était pas une épopée, 
 Mais un tourbillon blanc. 
 Vers lui volait la fée
 Les queues de billard point n’évitant. 

 Dans les salles de billard, il errait, 
 Traînant dans les estaminets.   
Et de rhum de contrebandier 
 Plus d’une fois son estomac a réchauffé… 
 E. Limonov (Le vieux Pirate) 

 Вертински 
 Он начал жизнь поэтом, 
 Закончил музыкантом. 
 Он выступал дуэтом, 
 Стоял с огромным бантом. 

 Подногти кокаином 
 Он забивал нередко, 
 Был силуэтом длинным 
 Был денди и кокетка. 

 Он был не эпопея 
 Но бледная стихия. 
 К нему слетала фея, 
 Он не чуждался кия. 

 Блуждал по биллиардным, 
 По рюмочным сидел 
 И ромом контрабандным 
 Не раз желудок грел… 
 Э. Лимонов (Старый Пират) 


 




L’ONDINE AU NOUVEL AN 
 Tu ne m’aimes plus, mon doux pigeon, 
 Tu roucoules avec une autre, plus avec moi. 
 Ah, je vais à la rivière sous les monts, 
 Me jetant de la rive dans un trou noir sans joie. 

 Personne ne retrouvera mes os, 
 En ondine, au printemps je reviens. 
 Tu amèneras ton cheval au point d’eau, 
 Je ferai boire ton cheval au creux des mains. 

 En sourdine, je te ferai boire aussi 
 Que je vis en princesse, que je m’ennuie, 
 Je t’ensorcelle, je t’attire,
 Dans le courant, ton cheval par la bride je tire. 

 Oh, comme le terem s’élève sous-marin, — 
C’est là que jouent ondines et défunts — 
 Il est fait de glace, mais les fenêtres de cette niche-là 
 Dans leurs cadres bleuâtres brûlent sous le mica. 

 Sur la couche, des herbes j’apporterai, 
 À côté de moi, je t’allongerai. 
 De mon regard, je t’amuserai, 
 Je t’embrasserai, te caresserai ! 
 Essenine 

 Русалка под Новый год 

 Ты не любишь меня, милый голубь, 
Не со мной ты воркуешь, с другою. 
Ах, пойду я к реке под горою, 
Кинусь с берега в черную прорубь. 

 Не отыщет никто мои кости, 
Я русалкой вернуся весною. 
Приведешь ты коня к водопою, 
И коня напою я из горсти. 

 Запою я тебе втихомолку, 
Как живу я царевной, тоскую, 
Заману я тебя, заколдую, 
Уведу коня в струи за холку! 

 Ой, как терем стоит под водою — 
Там играют русалочки в жмурки,— 
Изо льда он, а окна-конурки 
В сизых рамах горят под слюдою. 

На постель я травы натаскаю, 
Положу я тебя с собой рядом. 
Буду тешить тебя своим взглядом, 
Зацелую тебя, заласкаю! 
  <1915>Есенин  







"Le Sang du poète"


 LE POÈTE 
 À mon ami Gricha ardemment aimé 
 
Ce poète qui détruit ses ennemis 
 Dont la vérité fondamentale est la mère, 
 Qui aime les gens comme des frères
 Il est prêt à souffrir pour eux 
 Il fait tout librement, lui, 
 Ce qu’aucun autre ne peut, 
 C’est un poète, poète populaire, 
 C’est un poète de sa maternelle terre ! 
 Essenine 

 ПОЭТ
 Горячо любимому другу Грише 

 Тот поэт, врагов кто губит, 
 Чья родная правда — мать, 
 Кто людей как братьев любит. И готов за них страдать. 
 Он все сделает свободно, 
 Что другие не могли. Он поэт, поэт народный, 
 Он поэт родной земли! 
 Эсенин 






 *** 
 Dans le silence nocturne tu pleurais, 
 Et tes larmes amères sur la terre tombaient, 
 Et c’était lourd et mélancolique pour moi, 
 Nous ne nous comprenions pas, quoi qu’il en soit. 
 Tu as filé dans de lointaines contrées, 
Tous les rêves se sont flétris sans fleur, 
 Et à nouveau seul je suis resté 
 Sans salut ni caresse souffrir du cœur. 
 Et souvent pendant les soirées
 Des rencontres intimes, je marche vers les lieux 
 Je vois en rêve ton image aimée, 
 J’entends dans le silence des sanglots cafardeux. 
 Essenine 

 Ты плакала в вечерней тишине, 
 И слезы горькие на землю упадали, 
 И было тяжело и так печально мне, 
 И все же мы друг друга не поняли. 
 Умчалась ты в далекие края, 
 И все мечты мои увянули без цвета, 
 И вновь опять один остался я 
 Страдать душой без ласки и привета. 
 И часто я вечернею порой Хожу к местам заветного свиданья, 
 И вижу я в мечтах мне милый образ твой, 
 И слышу в тишине тоскливые рыданья. 
 Эсенин 
 

Georges Stein, vers 1910

 

    Moulin Rouge

         En veston croisé

         Un verre au poing

         S’approche en méchante autorité

         Et pour lui de limites, il n’est point…

 

         Une énorme bouche, elle a

         Ovale maquillé,

         Le mégot remarquablement lui va

         Comme si quelqu’un l’y avait dessiné.

 

         Elle est debout dans un coin

         Elle écrase, du soulier

         Le mégot par elle, dans la cendre, craché

         Il s’approche et la prend par la main…

 

         Leur grande liaison commença ainsi —

         La blonde et lui

         Le gredin, solitaire,

         C’est là que le Cancan gronda son tonnerre…

 

         Et les jupes au plafond.

         De culottes toute une rangée vive,

         Aux gangsters un sourire d’incisives

         Aux tempes un flot de sang bat à fond…

 

         C’est ainsi ! C’est ainsi !

         Que s’accomplit un effrayant gâchis

         Dans ce Moulin qui est Rouge

         Fonçait chaque mari

         En week-end, en vacances où ça bouge !

     

    E. Limonov (Le vieux Pirate)

 

         Мулен Руж

         В двубортном пиджаке

         С стаканом в кулаке

         Подходит, словно злой авторитет

         И никаких пределов нет…

 

         У ней большущий рот –

         Накрашенный овал

         Окурок замечательно идёт

         Как будто кто его пририсовал…

 

         Она стоит в углу

         И туфельскою трет

         Окурок, ею сплёванный, в золу

         А он подходит, за руку берёт…

 

         Так начинался их большой роман –

         Блондинки и его,

         Мерзавца, одного,

         А в это время грохотал канкан…

 

         И юбки к потолку,

         И целый ряд трусов,

         У гангстеров улыбки до резцов

         И бьется струйка крови по виску…

        

Вот тат! Вот так!

Там совершался страшный кавардак

И в ту Мулен, что Руж,

Стремился каждый муж

На свой уикенд, и если в отпуску!

Э. Лимонов (Старый пират)






17.3.25

Mort de Limonov: 5e anniversaire.

 

        

         On parle aujourd’hui d’un sondage sur les « souvenirs du confinement », puisque la foule du Smartphone est amnésique. Parmi les nombreux souvenirs de l’enfermement chez soi (lecture de Racine, écriture de « Terminal-croisière », la superbe poésie des « Chronotes du confinement » de Philippe Gerbaud et les éclats de rire qu’elle nous arrachait), je retiendrai le premier, le jour de l’annonce de l’enfermement : la mort d’Édouard Limonov, un ami de 40 ans. Et, claquemuré, je ne pouvais lui faire mes adieux à son enterrement.

Dans l’année, mon ami Danila Doubschine fit publier ses derniers vers. Voici la postface du recueil, écrit par lui, et un poème d’Édouard à Natacha Medvedeva, qu’il n’avait jamais cessé d’aimer :

         (Traduit du russe par Thierry Marignac)  

 

Couverture du dernier recueil de Limonov

 

« J’ai horreur des avant-propos »

ou

Comment nous avons travaillé avec Limonov sur ce recueil

Danila Doubschine devant le portrait de Limonov


 

         « J’ai horreur des avant-propos » m’écrivit Édouard Limonov dans une lettre envoyée le 9 mars 2020, huit jours avant sa mort, lorsque je lui transmis la requête de l’éditeur Sandalov, de lui fournir le livre « Le Vieux voyage » tel quel.

         Il ne supportait pas l’intervention des autres dans les briques de papier de sa littérature. Avant-propos, postfaces, commentaires – tout cela agaçait Limonov au plus haut point. Surtout s’il était question d’ajouts écrits par d’autres gens.

Pour sa part, il agrémentait fréquemment ses propres livres d’avertissements de l’auteur. Parfois, il avait envie d’expliquer son livre, parfois, c’était un jeu. Un exemple remarquable en est fourni par l’avant-propos au recueil de nouvelles « Vacances américaines » publié à la fin des années 1990 (en Russie, ndt) : « C’est la septième année que nous souffrons d’une épidémie de Limonov… » ainsi commençait ce texte apologétique sur la création de E. Limonov, modestement signé « E.V. Savenko ».

         C’était son style, son sens du comique absurde : « J’ai horreur des avant-propos… »

         Rusant, j’écris non un avant-propos à son recueil, mais une postface. C’est nécessaire. En fait, vous avez devant vous le dernier recueil de poèmes d’Édouard Limonov. Et les circonstances de son apparition sont importantes. Au minimum, pour l’histoire de la poésie russe. Et personne, en dehors de moi, ne connaît ces circonstances.

         J’ai connu Limonov pendant trente ans. Depuis 1989, lorsque deux heures après son premier atterrissage de l’émigration, je vis Édouard à une soirée du journal de Julian Semenov et m’approchai pour faire connaissance. Et jusqu’à ses derniers jours au glacial mois de mars 2020. Nous nous liâmes plus étroitement après les évènements d’octobre 1993 auquel nous avions tous les deux participés, au début de l’année suivante. Nous créâmes le parti que tout le monde connaît très bien, conçûmes et réalisâmes le splendide journal Limonka.

Natalia Medvdeva et Danila Doubschine, 1994, 1ère édition du journal "Limonka".


Édouard m’intéressait prodigieusement, plus peut-être que tous ceux que j’ai croisé durant une vie riche en rencontres. Visiblement ma compagnie lui était moins ennuyeuse que celles de la plupart de son entourage. J’entrai dans le cercle des proches de Limonov, le cercle de ceux qu’il fréquentait en dehors de ses affaires. Dans les années 2000, après son séjour en prison, nous nous vîmes plus rarement à une certaine période, quelques fois par an autour d’une bouteille de vodka ou de deux bouteilles de vin. En 2010, lors d’une de ces retrouvailles (notre ami commun, l’écrivain Thierry Marignac, était à la table), il me proposa de l’assister en permanence pour ses livres. C’est ainsi que je devins son secrétaire littéraire. Les neuf années suivantes de travail commun furent pour moi une école et un bonheur. La possibilité d’être le premier lecteur de Limonov m’apparaissait comme un privilège éclatant. En riant, il appelait notre équipe « les ouvriers ». Il m’advint d’être co-auteur pour deux de ses livres.

         « La carte verte de l’épiscopat pliée en deux » le dernier recueil de poèmes d’Édouard Limonov, fut achevé par l’auteur en automne 2019. Au matin du 12 septembre je reçus un courriel de Limonov :

         Salut Danila !

         De façon inattendue pour moi-même, j’ai fini mon livre de poèmes aujourd’hui. Le titre est long « La carte verte de l’épiscopat pliée en deux ». Je considérais que ce livre ne présentait pas d’intérêt particulier. Mais je l’ai lu aujourd’hui, il en a, et il comporte de nouvelles notes. Il nous faut à présent trouver un éditeur.

         Je lui répondis aussitôt :

         Salut à vous, Édouard !

         Ravi de lire ça, je suis carrément content. Je m’occuperai de sa composition. Pour l’éditeur, je réfléchis.

Réponse de Limonov :

         Il s’avère que j’y avais fait allusion avec toi, mais mon Dieu, je n’y pensais plus. Je me suis juste souvenu que tu m’as demandé à plusieurs reprises, ce qu’il en était des vers. Eh bien, voilà.

         Dans la lettre suivante, qui portait sur tout autre chose, Édouard considéra soudain qu’il fallait qu’il s’exprime sur le recueil dont il m’avait confié la tâche :

         …il y a ici beaucoup de choses sur la mort. Mais, en tant que professionnel, j’ai pensé que ça pouvait intéresser d’autres lecteurs, en effet, nous y passerons tous.

         Bientôt, je me mis à travailler sur la composition du livre, distinguant et décollant laborieusement des lettres d’habitude compréhensibles, mais l’écriture de Limonov, son trait, avaient dramatiquement minci. Au prix de ces efforts, je lui envoyai un dossier prêt, le 8 octobre.

         Dans la lettre qui l’accompagnait, je posai la question :

         …le poème « On donne tout de même des oscars » est répété deux fois, ce qui a attiré mon attention, page 56 et page 59. Il y a juste quelques petites différences de ponctuation. C’est voulu ou c’est une maladresse ?

Limonov :

    Ça arrive. Ma mémoire est merdique, et je suis devenu inattentif. Il faut réfléchir à ce qu’on va en faire. Je vais résoudre ça.

         Finalement, le doublon du poème fut remplacé par le splendide « Portez des vêtements modestes… ». Lorsqu’en septembre 2020, nous organisâmes une soirée à la mémoire d’Édouard, je le reproduisis à l’intérieur du fac-simile de l’invitation ­– dans l’idée, il sonnait comme une adresse de Limonov aux participants à la soirée en son honneur.

         La clarification et la correction du texte se poursuivaient.

    Dans la lettre suivante je fis cette tentative :

         … Semblable à un correcteur-psychopathe, je demanderai pourquoi : « prèle » et « chiure » sont écrits avec le signe mou[1] ? Il ne se prononce pas, et d’après la prononciation habituelle, il n’est absolument pas nécessaire.

         Et puis, dans le poème « Le temps passé… » il y a le mot « momento », c’est fait exprès ? En principe, l’expression s’écrit « memento mori ».

        

 Doubschine et Limonov.

 

Limonov :

         Pour « prèle » et « chiure » – oui c’est fait exprès, pour souligner la juteuse succulence de la prèle et le caractère merdique de la chiure. Sur momento tu as tout à fait raison, c’est moi qui ai fait la faute. Corrige, s’il te plaît.

         Je ne me calmais pas :

         Sir Edward, dans le texte « Sur ce recueil », les mots : « Je ne peux rien dire de particulier. J’ai honnêtement vu le monde sens dessus dessous. Il est ainsi. » –  C’est un hommage à notre bien-aimé Khodassevitch, c’est bien ça ? (je sous-entends par là le vers de Khodassevitch « Heureux qui tombe la tête en bas : le monde est pour lui, ne fut-ce qu’un instant — différent »)

         Limonov :

         Non, c’est inconsciemment…

         La dernière correction apportée par Limonov témoigne de l’attention portée au contenu et à la composition du recueil de poèmes :

         Cher Danila ! Il faut enlever le poème « Pour la foi » il est obscur, et le remplacer par le suivant :

 

         Je ne sais pas, l’esprit va me manquer

         D’un espace de verticalité

         Pour vers le ciel m’élancer

         Là où tout est sec et ensoleillé

 

         Là où les avions volant

         Le Seigneur marche courageusement

         Ses flancs sont les nuages

         Protection camouflage…

        

Bien à toi

         E.L.

        

Bon, quoi encore ? Dans une de ces lettres très techniques envoyées pendant la préparation du recueil, je lâchai cette phrase :

         Je me suis réveillé, j’ai regardé mon courrier électronique et j’ai découvert votre lettre. Et je ne dors pas, j’écris des vers. En un mot, je déraille…

         La réponse de Limonov est remarquable en ce sens qu’il y communique les détails de sa cuisine poétique :

         Tu ne dérailles pas particulièrement.

         Il m’arrive de me réveiller, j’écris quelque chose en une demi-heure et retourne me coucher.

         À mes yeux, c’est tout à fait normal. Les vers viennent directement, évitant les filtres du jour.

         À ce moment-là le recueil « La carte verte de l’épiscopat pliée en deux » était prêt.

Limonov au Donbass


         Dans ce recueil – Limonov poète est dans une forme guerrière exceptionnelle, créateur d’étrangeté, sensuel, audacieux, sans craindre de « mal » écrire, veillant soigneusement à éviter tout enjolivement inutile.

    Tout en s’envolant vers une grande beauté des syllabes et une clarté pénétrante des sensations. Les meilleurs poèmes de « L’Épiscopat… » portent sur lui-même et ses amis disparus. Sur l’agonie.

Devant une maladie mortelle Édouard Limonov se tenait aussi bravement que devant tous les défis passés de sa vie. Sauf qu’à présent, il n’avait plus la moindre chance, « il s’était déjà transformé en squelette gelé ». Et bien que, conjurant le destin du bout des dents, Édouard laisse une lueur « et peut-être que non ? » le résultat du combat est su d’avance. Mais Limonov fait de sa mort une œuvre d’art. Dans la chronique, le texte.

        Car il savait que l’immortalité n’existe pas en dehors de l’art, du texte.

         Des semaines, des mois passèrent. Des éditeurs manifestèrent leur intérêt, mais il n’y eut pas d’instructions de Limonov pour les négociations. Édouard souffrait cruellement de sa maladie et je décidai qu’il avait peut-être oublié ce livre. Je lui rappelai, après les fêtes de fin d’année :

         … Et notre recueil ? le livre est prêt depuis deux mois, il faut le publier. Qu’en dites-vous ?

        Telle fut la réponse de Limonov :

         Sir Danila. J’ai décidé de ne pas le faire publier. Il est trop sombre. Et je suis encore vivant. Quand je ne serai plus là, tu le feras imprimer. Pour l’instant, je ne veux pas.

         Bien à toi,

         E.L.

 

         Mais non, ce n’est pas sombre.

         C’est un adieu qu’il nous adresse.

         Voici, lecteur, nous le publions à présent. Tu tiens dans tes mains le dernier livre de poèmes d’Édouard Limonov.

         « The rest is silence ».

Danila Doubschine, mars 2023.

 

N. Medvedeva dans sa jeunesse.

         Natacha

         Que je suis vite sorti de prison, elle ne sait pas

         Que j’ai eu deux enfants, elle ne sait pas

Ni les exploits des natsbols des années suivantes

Elle ne les a pas vus, elle n’était plus vivante

Le cours de ma vie se présentait à ses yeux

Comme plutôt malheureux.

 

En effet notre monde elle a quitté

Quand le procureur, 14 ans de régime sévère pour moi, a réclamé

En 2003, dans la nuit du 2 au 3 février…

 

Et je n’aurai pas dû affirmer

Là-bas rue de Turenne en parlant avec elle

Que la mort la plus facile, la plus belle

C’était d’héroine overdoser.

 

Édouard Limonov.

        

        



[1] 29e lettre de l’alphabet cyrillique, indiquant une prononciation « mouillée ».