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5.7.26

Carl Watson, Benoît Laudier et votre serviteur

 

                  



        HÔTEL DES ACTES IRRÉVOCABLES

 

         L’écrivain Jérôme Leroy et un des rares poètes lisibles en langue française, qui consomme parfois ce genre de publications, m’avertit hier soir, qu’un grand quotidien du soir parisien, organe de désinformation officielle, a fait la une de son supplément littéraire sur le dernier livre de Carl Watson, traduit par Benoît Laudier. Surprise, surprise, Benoît avec qui j’ai fait connaissance il y a plus de vingt ans, n’était pas de ce bord-là, venu de la rédaction de la revue « Réaction », des éditions du Rocher tendance néo-hussard. Bon, les hommes changent aussi vite que les villes sur lesquelles se lamentait le grand Baudelaire. Par ailleurs, j’y reviendrai, Benoît est aussi traducteur que moi je suis bouddhiste. Bon, on ne vit plus dans un monde où la compétence est requise.

         J’ai fait la connaissance de Carl Watson en été 1992, dans un New York surchauffé en préparant l’anthologie « Jungles d’Amérique » pour les éditions de l’Arbre à came, anthologie plus tard publiée en poche par 10/18. Le premier texte qu’il me donna « La Chambre d’Harry » était si violent, si bouleversant, que je décidai, à sa grande déception, de ne pas l’inclure dans l’anthologie — il allait écraser tous les autres par la pure beauté de son lyrisme, dés la première phrase : « Il faisait des rêves très intenses de ponts jetés par-dessus les années, de ponts jetés loin dans le Southside… »



         Je promis néanmoins à Carl une publication en France à tout prix et il ne me crut sans doute pas, dans son scepticisme natif. Mais ce texte m’obsédait. Il s’agissait de l’errance et des ruminations sans repos d’Harry à la recherche d’une chambre propre et nette — lui qui vivait dans un hôtel-cage pour déshérités — qu’il se représentait ainsi : « Il n’y aurait pas de miroir ». Cette chambre dont il avait une vision si nette, il l’avait peut-être déjà louée dans un passé brumeux. Et Harry traversait sans fin les bas-fonds du Southside avec ses monstres jaillis du bitume, ses marchés en faillite, toujours si près de la chambre qu’il ne trouvait jamais. Sans doute — le lieu magique de l’écriture. À Paris, je confiai avec ferveur à Daniel Mallerin, éditeur du Dernier Terrain Vague : « J’ai trouvé un génie littéraire ». Je n’avais pas encore traduit une ligne, mais il me crut, ma fièvre était contagieuse. Je ferraillais quelque temps avec le style ornementé et déroutant de Carl Watson, un petit homme maigre et saisissant, qui vivait dans le Bas-Manhattan, Carnell Street, je crois, sous Houston et Alphabet City. Chez lui, on entendait gueuler les dealers portoricains dans la rue. Puis, je m’habituai à son style, très caractéristique de Chicago où il avait vécu longtemps, originaire de Gary, Indiana. En traduisant, quelque temps plus tard, « Un Fils de l’Amérique » de Nelson Algren, l’amant de Simone de Beauvoir, je reconnus certaines tournures architecturales, découvertes chez Carl Watson. Le Dernier Terrain Vague publia bientôt « La Chambre d’Harry » dans une très belle édition introuvable aujourd’hui, avec une couverture et des illustrations de Philippe Gerbaud. Watson, toujours vagabond, fit le déplacement jusqu’à Paris. Nous nous retrouvâmes dans un vernissage rue du Temple, un soir d’hiver. Une très belle jeune femme s'était ausi dérangée, attirant tous les regards. C’était une collaboratrice de la défunte revue « Digraphe » qui s’était prise de passion pour les textes de Carl. Elle avait publié dans la revue une autre nouvelle de Watson, traduite par votre serviteur, « Le Sang sur la plaine est un piège », où il étalait son obsession du quadrillage territorial, lignes télégraphiques, découpage du terrain, routes, voies de chemin de fer… jusqu’à un filet de sang sur la carte par l’auteur qui se tranchait les veines. Carl semblait se conformer à l’antique définition de la littérature : « The Ancient Art of Madness ». La belle jeune femme s’était enflammée. La rumeur lui attribuait des relations intimes avec le patron Gallimard. Quoi qu’il en soit, peu de temps après, je décrochais un contrat de la Grande Maison pour traduire le premier roman de Watson, inédit aux États-Unis : « Hôtel des Actes Irrévocables », qui sortit en 1997.

         Le pouvoir hypnotique de Watson ne se démentait pas, puisqu’en 1999, j’obtins une bourse du CNL pour traduire son plus beau recueil de récits : « Sous l’Empire des oiseaux ». On y retournait dans le Southside de Chicago dans les cercles de l’enfer des bas-quartiers, sous les nuées inaccessibles. Chaque texte de ce recueil était une tentative de style particulière. Ce titre devint bientôt pour moi une ritournelle, une définition des bas-fonds.



         Le recueil fut quelque temps optionné par les éditions de l’Olivier qui ne le retinrent finalement pas. C’est là que surgit Benoît Laudier, dont les éditions Vagabonde n’avaient à leur actif à l’époque qu’une seule publication : « Roger Nimier, le Grand d’Espagne » de Pol Vandromme. J’hésitai à lui refiler le bébé, c’était un jeune éditeur peu fortuné, je craignais de creuser son déficit. Mais il était très enthousiaste et finit par le publier. Ce recueil eut droit à une chronique élogieuse de Jean-Marc Parisis dans le Figaro et se vendit correctement, à ma grande surprise.

         Il y eut ensuite « Une Vie psychosomatique » où, de mon point de vue, Watson commençait à se répéter, à se servir de ficelles, même si le bouquin était encore éblouissant. Benoît Laudier prenait très mal mes critiques, devenant soupçonneux. Classique avec Carl, il suscitait l’idolâtrie.

         Puis survint la pénible aventure de « À contre-courant rêvent les noyés », 2019, où Watson démontait les mécanismes de l’identification aux vedettes — Billie Holliday, Janis Joplin, Edith Piaf — autour de l’histoire de bâtardise pas très bien ficelée d’une jeune femme, chanteuse de rock ratée. Il voulait vendre, me confia-t-il. Il restait dans ce texte quelques-unes des fulgurances du passé, mais l’ensemble était branlant. Benoît Laudier était fou de rage que j’ose confier mes doutes au Génie. Persuadé que je sabotais, il récrivit ma traduction et m’envoya sa version. Las ! L’anglais hillbilly du nord de Watson lui échappait complètement, faux-sens et contresens abondaient. Il prenait par exemple une interjection du vocabulaire des ploucs comme « why », qui sert simplement à ponctuer une phrase, pour l’interrogation : « Pourquoi ? ». Je rétablis ma version en lui expliquant ses erreurs et en me tournant vers Carl pour confirmer. Ce fut finalement ma traduction qui fut publiée avec le soutien de l’auteur. L’épisode était suffisamment désagréable, pour que je dise à Benoît Laudier : « Dorénavant, fais ce que tu veux avec Carl ».

         Aujourd’hui, le traducteur comme moi je suis astronome, a décroché le pompon, avec l’organe de la désinformation officielle. Carl va peut-être vendre un peu plus. C’est tout le mal que je leur souhaite. Je note qu’à mon époque, celle des plus beaux textes de Watson, ce torchon bobo n’avait jamais entendu parler de lui et s’abstenait soigneusement de signaler ma présence.

         C’est la seconde fois qu’un de mes poulains américains apparaît chez les désinformateurs. Lors de la première, en 1996, une critique grandiloquente du chef-d’œuvre de Bruce Benderson « Toxico » signée par un certain Abescat — pas un mot sur la traduction.

         Faut-il en concevoir de l’amertume ? Finalement, non. Que ces gens-là restent entre eux : ils se méritent les uns les autres. Rétablir la vérité historique suffit.

         Thierry Marignac, juillet 2026.

25.12.23

Les nobles Voyageurs, de Christopher Gérard

 

Christopher Gérard, portrait de l'artiste en anglomane… 




    Culture générale 

     Christopher Gérard et votre serviteur sommes (déjà !) de vieux amis. Nos rituels gastronomiques s’étendent des tavernes bruxelloises qu’il hante, enfant de la capitale, depuis toujours et qu’il me fait découvrir, à un certain repas à la russe que je prépare sous mon toit, à base de caviar rouge, de harengs marinés dans le lait — onctuosité unique — de salade, d’une poêlée de champignons… J’ai bon espoir que cette table, fréquentée par quelques auteurs et polémistes outre Christopher, devienne un jour une légende littéraire de notre ville septentrionale… Il y a en général peu d’absents à ce rendez-vous très fréquenté de la dissidence… Combien de bons mots inavouables et de déclarations sulfureuses dans notre cercle conspiratif!… Christopher oublie rarement de venir avec « la pièce du Tsar », saumon délectable. "Du Tsar" était aussi le nom de la marque de vodka impériale dont j’imbibais mes hôtes, jusqu’à ce que certains évènements récents la rende très difficile à trouver… J’en ai déniché une autre, presque aussi respectable… 
    

    En recevant « Les nobles Voyageurs », formidable pan de culture générale et dernier ouvrage paru de mon ami, j’étais donc fort mal à l’aise. Outre certaines objections assez radicales sur tel ou tel auteur, ce qui n’a pas une importance fondamentale, le projet, par son ampleur et la diversité des 122 auteurs (!) évoqués, dépassait de loin mes compétences, débordant sur la philosophie, le paganisme, certaines considérations esthétiques qui me sont certes plus abordables. C’est la mesure d’une intelligence très vaste, d’une curiosité insatiable, qualités rares à une époque de « spécialistes »… Et d’une certaine audace refusant de renier ses partis-pris. Christopher est un gentleman. 


     Nous entamerons donc la fresque des fastes évocatoires, « Les Chasses du brigadier Gérard », par deux des derniers billets de cette somme colossale qui soulignent les filiations et affinités de Christopher, son attachement à son pays et ce qui le distingue : Frédéric Saenen et Pol Vandromme. Commençons par ce dernier, en dépit de l’ordre alphabétique. 
     En effet, le malicieux Christopher — bien que non dépourvu d’élans lyriques — semble descendre en droite ligne de l’homme donnant ses lettres de noblesse à la critique au point d’en faire un art. On lit Vandromme comme on lit le plus fougueux des romans, celui de la littérature, vue comme un club de gentilshommes où des faussaires présentent des titres achetés au rabais à la foire aux structuralistes, pour ne pas se faire chasser à coups de pied sur le perron. Dès qu’on a lu Vandromme, on s’épargne pour toujours, souligne Christopher, les laborieux pensums modernistes, explicatifs jusqu’à la nausée : « Fariboles de pédants ». La citation qui ouvre les pages Vandromme pourrait servir d’exergue aux «nobles Voyageurs »: 
    « La littérature ne sert à rien, affranchie qu’elle est de la norme utilitaire — politique, morale, sociale, mercantile — se bornant à être une incitation au plus voluptueux des plaisirs ». 
    Que les tâcherons en prennent de la graine. 
     Christopher relève la beauté et la justesse des pastiches, où Vandromme se glissait sous la peau d’auteurs qu’il aimait… avec son ironie altière et sa passion jamais démentie. Et la beauté des éreintements du grand Pol. Personnellement, bien que fanatique de Malraux, notamment des « Conquérants », j’ai rarement autant ri, que lorsque Vandromme le brocardait dans un essai intitulé quelque chose comme : « Du farfelu au mirobolant ». Le grand Pol démontait, avec son humour décapant, ce que Drieu appelait en parlant de Malraux « cette concision qui tourne à l’obscur », les arnaques au style de Dédé de Vilmorin… 
    La morale du billet Vandromme tombe à pic pour définir ce géant de la critique et Christopher lui-même : « Un seul dogme : l’écriture doit être allègre, jamais aguicheuse, commandée par le seul naturel ». 
Frédéric Saenen


    Frédéric Saenen, un auteur liégeois que j’ai la chance de connaître grâce à Christopher, a sans doute lui aussi subi l’influence de Vandromme. Cet étincelant critique, dont j’ai fait l’éloge dans ces pages pour son remarquable essai « Drieu face à son œuvre », brillant et sans complaisance, ouvre une autre question : Vandromme, Gérard, Saenen, la Belgique serait-elle le refuge de la seule critique qui vaille, celle du cœur, à contre-courant de la cérébralité qui nous accable ? Se distinguerait-elle, à rebours des clichés, par une déontologie du goût émancipée des modes, chère terre d’exil à mille lieux d’une Phrance où la vulgarité américanisée s’est installée à demeure ? 
     Saenen, auteur d’un « Dictionnaire du pamphlet » qu’on lui envie, poète et romancier, outre ses incursions d’exégète affuté, de Céline au Slam, est ainsi défini par Christopher : « Un outsider résolu, fêlé drolatique, aristocrate prolétarien. Et quel lettré ! ». Saenen, qui nous confia un soir que son père faisait les frites à la graisse de bœuf, vient en effet des zones suburbaines liégeoises, évoquées dans son premier roman « La Danse de Pluton ». Je cède la place à Christopher pour en parler : « …polyphonie : elle se lira comme l’analyse clinique du délitement d’une certaine Wallonie ravagée par la misère économique, esthétique et spirituelle ». 


     Le second roman de Saenen « Stay Behind », a pour sujet les troubles sanglants provoqués par les réseaux Gladio de la CIA, « …quand la Belgique servit — une fois de plus — de laboratoire d’une stratégie de la tension : groupuscules terroristes plus ou moins bidons, abjectes tueries dans les supermarchés, égorgements et pendaisons « érotiques » de témoins gênants, vols d’armes dans des casernes, ballets multicolores… ». 
    Et dans la gamme de Saenen, bien des registres, du style élevé de la critique, à la langue slammée des malfrats, jusqu’au « Wallon, ce latin hypervulgaire… ». 

    
Félicien Marceau

    Lorsqu’il évoque Félicien Marceau, compromis pour avoir travaillé à la radio belge sous l’Occupation et blanchi par De Gaulle, Christopher décrit avec précision une situation bien plus complexe et déchirée qu’il ne semble à nos modernes réécriveurs de l’Histoire qui n’ont jamais sauté un repas de leur vie : « …avec l’aval de son ministre, jusqu’à sa démission en raison de l’étouffante mainmise allemande… le dossier était vide ». Dans la bibliothèque familiale, je me souviens avoir adoré « Creezy » de Marceau. Plus tard, j’appris qu’il était un des mentors à l’Académie de la romancière africaine Calixte Beyala (auteur du superbe « C’est le Soleil qui m’a brûlée »), ce qui ne me paraît pas tellement nazi jusqu’à preuve du contraire… Christopher lui rend justice. 
Gabriel Matzneff


    Lorsqu’il évoque enfin Gabriel Matzneff, pour en finir avec la liste des maudits, Christopher le fait avec les précautions d’usage. Lui et moi avons en commun un passé d’ados malmenés, solitude et errance — quoique dans des circonstances différentes — avons croisé les prédateurs, apprenant le coup de boule tout jeune, bien obligés. Nulle complaisance donc chez Christopher pour les turpitudes connues de cet auteur sur lequel hurle la meute — mais nul acharnement, une certaine admiration pour l’héritier de Byron et des stoïciens, le style léché de l’esthète. 
    De surcroît, ses perversions "gréco-latines", exploitation des mineurs de tous les sexes, répugnent à Christopher autant qu'à moi. 
    Cependant, André Gide traînait, paraît-il, une sinistre réputation dans ce domaine au Maghreb colonisé des années 1920-30, comparable aux rumeurs  persistantes entachant celles de certains anciens ministres ou caciques socialistes à notre époque — qui ne s'en portent pas plus mal, toujours récipiendaires des prébendes d'État …— et Maurice Sachs en racontait de belles sur Marcel Proust dans les maisons de tolérance homosexuelles…Toutefois, on les lit toujours. 
    Si, Parisien, je ne partage absolument pas son goût pour le germanopratinisme du personnage Matzneff et le côté insupportablement ampoulé de cet écrivain, Christopher avance, en helléniste émérite, un certain nombre d’arguments valables en termes de qualité littéraire. Et on ne peut qu’admirer son courage — nuancer, ne pas hurler avec les loups. 


    J’ai rencontré Christopher en 2011 grâce au « Bloc » de Jérôme Leroy, parce qu’il avait relevé que j’avais traité le même thème, un quart de siècle auparavant : la Nuit des Longs Couteaux, me confia Jérôme à l’époque, faisant preuve, comme toujours, d’à-propos et d’humour. Touché, je pris contact avec Monsieur Gérard. À notre première entrevue, il apporta, vieilli, corné, jauni — bien que Christopher prenne grand soin de ses livres — un exemplaire de mon « Fasciste », acheté en 1989… Il tenait à ce que je lui signe mon best-seller personnel, livre-culte à travers 3 éditions. Quoi qu’il en soit, Christopher signe une des meilleures exégèses de l’œuvre de Jérôme Leroy qu’il m’ait été donnée de lire. Il souligne, dans les thèmes de Jérôme, ce que Serge Quadruppani, un autre de mes amis inattendus, appelait « Littérature de la catastrophe » — que Leroy, par populisme d’après moi, prétend inspirée de Phillip K. Dick. Je la crois plutôt résultat d’une lucidité et d’une mélancolie d’origine. « Leroy n’a guère d’égal aujourd’hui pour décrire la faune de notre Bas-Empire climatisé », écrit Christopher. « Un univers poétique et glaçant ». Si Christopher souligne la continuité de cette ligne depuis le « Monnaie bleue », où tant de belles pages sont consacrées à notre chère Chimay bleue — « bière hallucinogène » me confia un jour, l’ex-trafiquant et taulard américain Richard Stratton — je trouve qu’il sous-estime «Le Cimetière des plaisirs », récit autobiographique, où d’un chagrin d’amour fondateur, Leroy fait un pur chef-d’œuvre de mélancolie divine. L’homme est par ailleurs un excellent poète de langue française, c’est très rare de nos jours. 
    J’éluderai ici les pages très amicales et très fines que me consacre Christopher. 

    

    Je note que Christopher m’a pompé l’analyse de la belle prose de Pierric Guittaut — ça, c’est deux apéros de plus sur son compte : « … transposer dans la campagne française en pleine mutation des années 2000, mondialisée et hyperconnectée, l’esprit sauvage de ses prédécesseurs… ». 
    Mais Christopher parle de mon roman préféré de Guittaut : « D’Ombres et de flammes » avec sa propre éloquence païenne : « Un tableau d’une parfaite cruauté ». Puis : « …Pierric Guittaut rend avec un étrange talent cette magie paysanne à l’obsédante présence, avec ses sorts et ses rituel… ». Enfin : « …Bien davantage qu’un polar dans la veine paysanne : un roman antimoderne servi par un style d’une belle netteté, une évocation panthéiste du monde invisible par un authentique écrivain ». 
    Une bonne partie des "nobles Voyageurs" dépasse mes compétences, écrivais-je en préambule, s’inscrivant dans un paysage plus vaste que la stricte littérature. Un Jünger, avec ses à-côtés pagano-philosophiques, une Jacqueline de Romilly, helléniste et latiniste, avec ses points de vue sur la culture, pour moi qui détestais le latin, langue des curés, torture imposée par la famille dont je n’appris même pas la première déclinaison… Ayant le ferme parti-pris « antimoderne » selon le mot de Christopher, de ne parler que de ce que je connais, je déclare mon ignorance. 
     Cependant, « Les nobles Voyageurs » constitue une encyclopédie exceptionnelle, où Christopher Gérard démontre une fois de plus grâce et ironie, un style aérien, une érudition qu’on ne peut qu’envier. 

    Thierry Marignac, décembre 2023.