Affichage des articles dont le libellé est Thierry Marignac. Zapoï. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Thierry Marignac. Zapoï. Afficher tous les articles
2.9.19
L'icône de Thierry Marignac à paraître le 4.09.2019
la bannière d’un irréductible
Les visiteurs du blog, même irréguliers, connaissent
diverses passions de Thierry Marignac : les langues d’abord (français,
anglais, russe) ; la boisson ; les bars mal famés, entrées
étroites et ampoules malingres, de préférence le long de voies en pente, ou
au-delà de la 145e rue ; la pègre, cupide, veule, violente,
bornée, en général incarnée par des gueules cassées en cravate et costumes à
fines rayures ; la conspiration – de quartier ou internationale –,
nécessitant un pacificateur véreux, ou un traducteur intègre ;
l’Atlantique aux teintes changeantes, tantôt cuivrés, tantôt d’étain ; la chute
des Empires, prévisible, irréversible, sauvage, sur le cadavre desquels se
ruent des dépeceurs au téléphone dernier cri ; le quart-monde, chaleureux
et méchant, vivant sur les limites, qu’elles soient celles du cadastre, ou des
drogues dures, mais qui sait se réconcilier autour d’un match de boxe, un
tonneau de Budweiser, du poulet grillé peu ragoûtant ; les amitiés
inattendues avec un tortionnaire repenti, sinon une mama bousculée de Harlem,
une babouchka estonienne, un libraire de sous-sol rescapé de la Révolution
culturelle chinoise, ou un leader, fiévreux, pugnace, montagne impressionnante
antitotalitaire, mais souffrant de l’estomac ; les soirées ploucs où on se
rend par obligation, rarement par intérêt, forcément interminables, dansantes,
chaotiques, mais d’où peut jaillir une beauté imprévisible, avant de s’achever
en eau de boudin ; les membres des services secrets, en appâteurs retors,
ou en soldats perdus ; la poésie d’Essenine, de Tchoubakov, et des muses à
la vie scandaleuse, dont on ne se remet jamais…
8.4.19
Piteuse déconfiture des accusations de "complot russe" orchestrées par les Démocrates et les médias euro-américains.
Journaliste américain d'origine russe et israélite, Yasha
Levine, est un des membres de la fraternité de feu le magazine eXile déjà publié dans ces pages :
un article sur la façon dont CNN avait inversé le récit en quelques heures lors
de la guerre de Géorgie en 2008, et un reportage au Donbass en 2014. Il est l’auteur
du remarquable et très informé ouvrage Surveillance
Valley : The Secret Military History of the Internet. Il revient
ci-dessous sur une actualité récente : la piteuse déconfiture du
RussiaGate Démocrate et ses conséquences dans l’avenir. Les médias de l'Hexagone, dont nous venons de signaler ici l'étrange silence dans l'affaire Integrity Initiative, puis le ridicule achevé et l'embarras dans l'affaire Battisti, ne s'étaient pas fait faute de relayer abondamment les infos bidons de CNN et du NYT — aura-t-on droit à des excuses cette fois encore, se souviendront-ils plus que leurs complices anglo-saxons que leur devoir est d'informer ?… On en doute autant que Yasha pour les médias US. Nous conseillons aux lecteurs anglophones de s'inscrire à la lettre d'information de Yasha: Yasha Levine's Influence Ops
Le RussiaGate ne fut pas un
« échec » des médias, mais un succès
Si
on le considère d’un œil dépassionné — comme pour analyser la politique d’un
pays lointain, un endroit comme feu la Russie des Romanov, disons, on se rend
facilement compte à quel point le RussiaGate a été une réussite.
(Traduit de l'américain par TM)
(Traduit de l'américain par TM)
| "Les Russes sont génétiquement programmés pour mentir et tricher" (Dessin de Yasha Levine) |
Pendant deux longues années, nos médias d’actualités ont
avancé une théorie du complot obsessionnelle et xénophobe sur la collusion
Russie-Trump.
Jour après jour nous n’entendions quasiment rien d’autre que
« collusion ». Que ce soit New
York Times, Washington Post, Mother « Alex »Jones, Atlantic, NPR,
MSNBC, ou CNN — nos médias présentait une façade complotiste unitaire. La
théorie en question a même permis au Parti Démocrate de lever des fonds. Tout
le monde avait la certitude absolue que « les Russes » étaient
derrière l’accession de Trump à la présidence. Tout le monde était sûr que
l’équipe de Robert Mueller allait émettre des accusations démontrant sans appel
ce que tout les espions et personnes sérieuses pensaient vrai : des sbires
haut placés de Trump, et Trump lui-même probablement, s’étaient livré à une
conspiration avec une puissance hostile et avaient passés toutes sortes de
marchés de haute trahison pour s’emparer du poste dirigeant le plus puissant du
monde. Comment Trump aurait-il pu gagner sans l’aide d’une ténébreuse menace
étrangère de l’Est ?
Et puis toute cette savante construction s’est écroulée…
À la suite de l'évaporation du RussiaGate, certains journalistes qui avaient couvert cette affaire avec un œil critique (et il n'y en avait qu'une poignée) se sont mis à espérer que cette catastrophe de proportions dantesques sur le plan journalistique servirait de leçon à ceux qui dirigent nos médias. Les journalistes allaient sans doute un peu oublier leur espionnite aigüe, la "menace russe" et se concentrer sur les questions importantes qui font sentir leurs effets sur la vie des Américains.
Eh bien, je ne partage pas cet optimisme.
Eh bien, je ne partage pas cet optimisme.
Comme je l’ai confié à Katie Halper qui écrivait un article
pour FAIR, sur l’avenir du RussiaGate et du journalisme dans un monde
post-Mueller, je ne vois pas l’obsession conspirationniste xénophobe de la
Russie, comme un « échec » de la profession — en tout cas pas au sens
où la plupart des gens entendent « échec ».
Voici ce que je lui ai déclaré :
L’obsession des médias américains sur la Menace Russe — l’idée que la Russie est la menace la plus
grave pesant sur la civilisation libérale —est antérieure à l’enquête de
Mueller. Elle est antérieure à l’élection de 2016, et antérieure à Trump. Il ne
s’agissait donc pas d’une « erreur » soudaine sur une enquête isolée,
mais d’un processus à l’œuvre en Amérique depuis plus d’une décennie. La Menace
Russe s’est révélée une opération lucrative — payant les crédits immobiliers et
automobiles, l’éducation des enfants à des milliers d’experts, de
sous-traitants de la Défense Nationale, de professeurs et de journalistes.
Après Trump, l’hystérie antirusse a atteint des degrés
inédits de paranoïa et de sectarisme. Il y avait une nécessité d’imputer la
faute des troubles politiques domestiques américains, et l’échec de sa classe
politique à quelqu’un ou quelque chose d'autre — pour esquiver la responsabilité de ce
qui s’était passé. Alors tout à coup, les médias de centre-gauche se sont mis à
voir « les Russes » dans tous les coins — un complot ténébreux visant
à miner l’Amérique de l’intérieur.
Ils ne menaçaient pas seulement l’Europe et l’OTAN. Ils
étaient présents à la Maison Blanche, dans les bureaux de vote américains, dans
les réseaux électriques, dans les dessins animés pour les enfants. Ils
s’introduisaient dans l’esprit des citoyens. Ils contrôlaient à la fois la
gauche et la droite internationale — contre le centrisme politique respectable.
Voilà à quel point ils étaient sournois et dévoyés. À quel point ils désiraient
détruire la démocratie libérale américaine.
Le rapport Mueller nous permettra sans doute de jouir d’un
répit bien mérité de ce délire de persécution pendant quelques semaines ou
quelques mois, mais l’idée fixe de la Menace Russe ne disparaîtra pas pour
autant. On voit déjà que le comportement douteux de Joe Biden à l’égard des
femmes est attribué à un perfide complot russe pour aider l’élection de Bernie
Sanders. À mesure que nous allons approcher des élections, ce genre
d’allégations va revenir en force à la une.
Présenter cette question comme un problème de média que nous
pouvons résoudre et arranger dans l’avenir est trop optimiste, selon moi. Cela
supposerait que les dirigeants politiques et ceux des médias en aient le désir.
Que signifie résoudre cette question alors que le problème à arranger, c’est
eux ? Pour la résoudre, il faudrait qu’ils admettent qu’ils avaient tort —
pas seulement en ce qui concerne Mueller, mais aussi les décennies de
politiques néolibérales en faillite menées en Amérique et dans le monde avec
leur complicité. Pour le résoudre, l’élite politico-médiatique devrait
s’auto-sacrifier volontairement. J’ai du mal à voir ça se profiler dans un
futur proche.
Si on prend de la distance et que l’on observe tout ça sans
passion, — comme pour analyser la
politique d’un pays lointain, un endroit comme feu la Russie des Romanov on
voit facilement que le RussiaGate est une réussite. Au lieu d’imputer Trump à
une classe dominante dégénérée qui a présidé à un déclin national, une
dégradation d’un niveau stupéfiant on a reporté le blâme sur un ennemi situé à l'étranger fabriqué de toutes pièces et indéchiffrable.
C’est loin d’être une surprise, l’équipe de campagne d’Hillary avait prévu de faire porter le chapeau de sa défaite à la Russie dès le lendemain de l’élection (cf. les mémoires de campagne de Mamie Clinton).
Le RussiaGate a fonctionné comme prévu, au moins à court
terme. Il ne chassera pas Trump de son poste, mais cela n’a jamais été son véritable but.
Yasha Levine
30.1.19
Le sponsor maléfique
![]() |
| © Robert Mc Ginnis, le champion du pulp. |
TENTER LE DIABLE…
AUX COPAINS DE PÉTERSBOURG
Sur
la ville basse de Taguil[1],
la pluie tombe,
Il vaudrait mieux gésir dans la tombe,
Il vaudrait mieux qu’on m’ait tué
Tonton en imperméable rutilant
Avec un tonton d’une robe grise
enveloppé
Il vaudrait mieux être dans la tombe
pourrissant.
De lieux pour la méchanceté ou bonté,
Dans la fosse on ne peut trouver.
Il était une fois, un écolier,
De l’honneur, un prisonnier
Il composa un syllabique poème :
Je vous aime,
Et vous êtes passés-partis,
Et où êtes-vous arrivés ?
Nulle part n’êtes arrivés,
Dans la ville de Taguil, la pluie.
Du seuil jusqu’à Dieu le père,
Le chemin est vide et solitaire
Aucun bruit n’y retentit
Aucun réverbère ne luit.
Mes flancs sont devenus les piécettes,
Mon chant est entonné.
De moi n’est pas sorti le poète,
Le diable m’a emporté !
Boris Ryjii[2],
1998
(Traduction TM)
Au
beau temps de notre ivresse[3],
insolence de la jeunesse, la poésie nous paraissait : remplie d’une notable
quantité d’importance nulle[4], une
occupation ridicule… Tant dans ses déclinaisons officielles, les caciques Maison de la Poésie et leurs subventions,
que dans les transgressions bidons des universitaires poststructuralistes,
leurs laborieux efforts pour nous persuader, sémiotique aidant, que le langage
avait pour fonction de ne rien dire que lui-même. Sans parler des tourments et
malédictions de rimbaldiens attardés, ne suscitant chez notre matérialisme
dialectique d’auteurs ou éditeurs concrets vivant dans un monde tridimensionnel
comme un poing dans la gueule — que l’hilarité.
Et puis, plus tard, l’univers mental se réduisant toujours
plus à l’emballage déprimant de la marchandise si propice au rêve en vitrine,
et ordure dès qu’elle est sortie de son écrin, la poésie reprit à nos yeux du
prestige — plus près du ciel. Mais pas n’importe laquelle.
À l’inverse de ce qui se pratiquait majoritairement en
Occident, les exercices de style des uns, la sémantique des autres, se
réduisant au fond à une abstraction mercantile (It’s all about money, Ain’t a damn thing funny, scandait le rapper
du Bronx Grand Master Flash en… 1982,
dans The Message), la poésie russe
parlait de quelque chose !… Quelle découverte !…
La terre des bagnards
contemple le ciel des dieux. Les aléas de la traduction jouaient ici un
rôle. La simplicité en trompe-l’œil d’Essenine[5]
était plus facile à transmettre. Incontrôlable et sans doute assassiné par les
Bolchéviques parce qu’il avait écrit le poème épique Pougatchev, récit d’une révolte paysanne à l’heure d’une
collectivisation provoquant la révolte des campagnes contre les communistes, il
avait sa part de malédiction concrète.
Et, ineffable, la profondeur subjective d’un paysan râblé devenu castagneur de
rues, dont le coup de boule était légendaire dans les cabarets louches de
l’époque de la NEP[6], où
foisonnaient les bandits :
La vie est une tromperie d’une
tristesse envoûtante,
Et que d’une main brutale,
Elle nous rédige des lettres fatales,
C’est ce qui la rend si puissante…
(Traduction TM)![]() |
| Portrait de Sergueï Essennine |
Les messages cryptés d’un
Sergueï Tchoudakov[7], fils
d’un directeur de camp du Goulag et d’une schizophrène avérée, poète-voyou de
l’ère Kroutschev ( !) né en 1935, plus d’une fois interné dans les
hôpitaux psychiatriques soviets et mort dans des circonstances mystérieuses (de
froid, semble-t-il, dans une entrée d’immeuble où il avait trouvé refuge) au
cours des années 1990, avaient eux aussi un fondement concret, ancré dans le totalitarisme soviétique :
Les motos de la milice
Vérifient l'identité
Sur la pente sur la pente
Je roule sur la pente
Je suis authentique, je suis
régulier,
Ultralumpenprolétaire
À part les chocottes et la
trique
Je n'ai aucun sentiment civique.
(Traduction TM)
(Traduction TM)
![]() |
| Sergueï Tchoudakov, à l'époque de la fac, où il confectionnait de faux diplômes. |
Puis vint une dernière figure énigmatique, Boris Ryjii, le
poète phare d’Ekaterinbourg jusqu’au jour d’aujourd‘hui.
![]() |
| Boris Ryjji avec sa femme et son fils. |
Il s’agit de la ville où l’on exécuta la famille du tsar,
celle où Sverdlovsk, voyant en 1918 un jeune soldat hésiter avant de tirer sur
une petite fille de la famille impériale, lui arracha le fusil des mains pour
abattre la gamine. Plus tard, en 1946, lorsqu'un des participants de l'assassinat du tsar Koudrine, dit Medvedev, qui donna au Musée de l'URSS le flingue avec lequel il avait tué le tsar (et non Sverdlosk comme l'a fait remarquer à juste titre un commentateur du même article sur Causeur
3.1.19
Les poètes sont incorrigiblement en faveur du peuple…
Peut-être parce qu'il avait participé à la répression de la jacquerie Pougatchev, laquelle n'était pas sans excès "révolutionnaires" décrits par son ami Pouchkine auquel il servit de conseiller pour les scènes de bataille (La Fille du capitaine, roman), l'officier Gavril Derjavine (1743-1816), sujet de tant d'études érudites, et dont nous n'avons, dans notre bienheureuse ignorance, entendu parler que par hasard, devint par la suite compatissant —remords, illumination tardive?… — bâtisseur d'hôpitaux, d'écoles, de théâtres populaires… .
(Vers traduits du russe par TM)
(Vers traduits du russe par TM)
![]() |
| Gavril Derjavine en arbre de Noël, avec toutes ses décorations… |
AUX PRINCES ET AUX JUGES
Dieu le Très-Haut s’est élevé, et a jugé
Les Dieux terrestres dans leur doute familier ;
Jusqu’à quand, fleuves, jusqu’à quand
Protégerez-vous les injustes et les méchants ?
Protéger les lois est votre
devoir,
Sans au visage des puissants accorder un
seul regard,
Sans secours, sans défense vous ne pouvez,
La veuve et l'orphelin abandonner.
Votre devoir: sauver du malheur les
innocents,
Aux malheureux votre protection accorder;
Defendre les faibles contre les puissants,
Les pauvres à leurs chaînes arracher.
On n‘écoute pas ! On voit— et continue d’ignorer !
Par les pots-de-vin la
lorgnette embuée :
Les malfaisants la Terre vont ébranler,
Le mensonge les cieux fait vaciller.
Princes ! À vous j’ai songé, dieux de l’autorité,
Que personne ne va juger,
Mais vous, semblables à moi, passionnels,
Tout autant que moi, vous êtes mortels.
Et semblablement, vous tomberez,
Comme de l’arbre tombe la feuille flétrie !
Et, semblablement ainsi vous mourrez
Comme votre plus humble esclave mourra aussi !
Ressuscite, ô Dieu, Dieu justicier !
Écoute leurs prières
Reviens, juges et punis les roués,
Sois l’unique prince sur la terre !
Gavril Derjavine, 1782.
ВЛАСТИТЕЛЯМ И СУДИЯМ
Восстал
всевышний бог, да судит
Земных богов во сонме их;
Доколе, рек, доколь вам будет
Щадить неправедных и злых?
Земных богов во сонме их;
Доколе, рек, доколь вам будет
Щадить неправедных и злых?
Ваш долг есть: сохранять законы,
На лица сильных не взирать,
Без помощи, без обороны
Сирот и вдов не оставлять.
На лица сильных не взирать,
Без помощи, без обороны
Сирот и вдов не оставлять.
Ваш долг: спасать от бед невинных.
Несчастливым подать покров;
От сильных защищать бессильных,
Исторгнуть бедных из оков.
Несчастливым подать покров;
От сильных защищать бессильных,
Исторгнуть бедных из оков.
Не внемлют! видят — и не знают!
Покрыты мздою очеса:
Злодействы землю потрясают,
Неправда зыблет небеса.
Покрыты мздою очеса:
Злодействы землю потрясают,
Неправда зыблет небеса.
Цари! Я мнил, вы боги властны,
Никто над вами не судья,
Но вы, как я подобно, страстны,
И так же смертны, как и я.
Никто над вами не судья,
Но вы, как я подобно, страстны,
И так же смертны, как и я.
И вы подобно так падете,
Как с древ увядший лист падет!
И вы подобно так умрете,
Как ваш последний раб умрет!
Как с древ увядший лист падет!
И вы подобно так умрете,
Как ваш последний раб умрет!
Воскресни, боже! боже правых!
И их молению внемли:
Приди, суди, карай лукавых,
И будь един царем земли!
И их молению внемли:
Приди, суди, карай лукавых,
И будь един царем земли!
Гаврил Державин, 1782.
Inscription à :
Articles (Atom)







