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8.8.22

Grinçant humour d'un caustique bolchévique à la veille de la purge

     Chez Antifixe, on aime bien Oleïnikov, dont on a publié une dizaine de poèmes au fil du temps. Ce 

personnage hautement mystérieux rappelle les idoles Dada, Vaché, entre autres. Auteur d'un recueil  

de poèmes au titre évocateur: Au diable la pudeur. Une amie nous envoie cette description du poète 

entomologiste, combattant de la Guerre Civile aux côtés des communistes, et fusillé en 1937 pour 

complot trotskiste. Dans la tradition énigmatique, elle ne nous envoie aucune indication des sources de 

ces informations. En cette époque de désolant conformisme, il est toutefois utile d'évoquer ce genre de 

fantômes…

Les services anthropométriques se perdent en conjectures sur l'identité de cette trogne…


("Biographie" du poète et vers traduits du russe par Thierry Marignac)

Nikolaï Oleïnikov, poète assassiné.

 

         Le 20 juillet 1937, l’acteur Anton Schwartz, cousin du poète Evguéni Schwartz rencontra Nikolaï Oleïnikov dans une rue de Pétersbourg, accompagné par deux inconnus.

         —Comment ça va, Nikolaï ?

         Nikolaï se retourna :

         —La vie est parfaite, Anton…

         Ce matin-là, Irakli Andronikov, le rencontra lui aussi flanqué des deux mêmes plantons, raconte-t-il :

         —Où vas-tu de si bonne heure ?

         Nikolaï Makarovitch ne répondit rien, se contentant, d’après Andronikov, de grimacer un sourire. Les deux types qui l’accompagnaient, se souvient-il, portaient des fusils.

         Ce qui, évidemment, ne semble pas très vraisemblable. Il était peu probable qu’un convoi armé escorte un suspect appréhendé jusqu’à la Grande Maison sur la rue Liteïniy. C’était contraire aux règles du jeu (la vie devenait meilleure et plus gaie).

         Mais un tel dédoublement du dernier acte de la vie énigmatique de Nikolaï Makarovitch Oleïnikov, qu’on dirait écrite pour le théâtre de l’absurde, semble prédestiné dans le tableau maladivement trouble et dédoublé, comme vu par l’œil de la diplopie. Oleïnikov le poète et Oleïnikov l'homme se dédoublent. Comment, en cinq ans environ, un railleur « intelligent et méchant comme un reptile » ( Marchak : «prends garde à toi Nikolaï Oleïnikov, dont la devise est de ne jamais avoir pitié de personne ») était-il né d’un « révolutionnaire enflammé » qui avait percé les lignes de Blancs à la veille d’être fusillé pour foncer chez les Rouges ? Et cinq ans plus tard, un sombre philosophe existentiel ?




         Toutes les questionnaires, autobiographies, procès-verbaux écrits et signés par lui contiennent les informations les plus variées sur sa famille, son appartenance au parti, son éducation, son métier. On ne sait rien d’établi sur son enfance. On sait qu’il haïssait son père, mais personne ne sait si le fils ulcéré a effectivement commis un parricide.

         « Nous avons écouté : l’affaire du membre du Parti depuis 1920, Nikolaï Makarevitch Oleïnikov. Il est né en 1898 dans la région du Don. Son père était employé. Il est lui-même employé. Éducation secondaire. À l’époque de la Guerre Civile, sur le fondement de désaccords politiques, il a tué son père. Il a servi dans l’Armée Rouge de la fin 1919 jusqu’en 1920. Il est dans un syndicat depuis 1920. Dans le parti depuis 1920. Maintenant directeur du service « La vie du Parti » à la rédaction du journal « Le Marteau ».(…). Nous avons décrété : il est considéré comme sûr. Son développement politique est satisfaisant. On propose d’approfondir ses connaissances. » (Rapport du procès-verbal d’inspection du personnel non travailleur de la cellule du Parti à la rédaction du journal « Le Marteau » de la ville de Rostov, le 15 juin 1925).

         Le décret le considérait comme sûr. Cependant, personne ne vérifia. Et personne, cela tombe sous le sens, ne pensa à vérifier sa version du parricide. Nikolaï lui-même déclara à différentes époques que son père l’avait flanqué dehors, ou bien qu’il s’était précipité sur le front par dégoût de son ascendance cosaque ; on dit tour à tour que le père était employé, ou paysan, ou cosaque du Don, ou encore « habitué du débit de boissons ».



         Nikolaï Makarevitch fut un joueur toute sa vie. Son théâtre intérieur de parodie totale le rapprochait naturellement des Obériouts (Union de l'art réel, groupe de Leningrad comprenant des écrivains et des activistes de la culture dans les années 1920-30) et de leur manifeste du carnaval. Mais il ne se joignit jamais au groupe de l’art réel. Jacob Drouskine écrivait : « Kharms jouait son propre personnage, mais quel personnage jouait Oleïnikov — je ne sais pas ». À la différence des Obériouts, toutes leurs folies et absurdités, Oleïnikov s’exprimait moins dans son personnage qu’il ne se cachait derrière celui-ci.

         Nikolaï Oleïnikov tua-t-il son père Makar ? Personne ne peut l’affirmer à cent pour cent. Était-il capable de tuer ? Probablement. Cholokhov, l’auteur du « Don paisible » a parlé de ça. Et Oleïnikov faisait partie des personnages du « Don paisible », le fils d’un cruel cosaque illettré : avec un plaisir étrange, Oleïnikov montrait à tous ceux qui le souhaitaient son dos couvert de cicatrices des raclées à coups de baguettes grâce auxquelles, insistait-il, son père « l’élevait ». Lorsqu’en 1918 les Allemands coupèrent le Don des détachements des Rouges, Oleïnikov, qui avait déjà choisi les bolchéviques, décida de choisir son salut et la protection du domicile dans sa bourgade natale. Mais son père féroce le dénonça. On battit Nikolaï presque à mort. Il parvint par miracle à s’enfuir du sous-sol qui servait de cellule des condamnés à mort, rampa littéralement jusqu’à la bourgade voisine, chez son oncle. Celui-ci le prit en pitié, l'hébergea.



         Oleïnikov était « intelligent, fort et surtout passionné. Il aimait avec passion son métier, ses amis, les femmes et — essence fatale de la passion — se dégrisait aussi brutalement, dès qu’il aimait… Il vécut beaucoup plus longtemps dégrisé qu’amoureux ou ravi. Par conséquent, c’était un puissant destructeur… Et il ne pardonnait jamais rien… » (Schwartz).

         Et il prit le pseudonyme qui convenait : Makar Enragé. Bonjour Papa. Ce Makar Enragé était le fiévreux cavalier rouge, héros des bandes dessinées publiées  dans les magazines pour enfants qu'il dirigeait « Tchij » et « Iej » — ce fut l’unique legs de l’expérience guerrière de l’ancien soldat rouge. À la différence de beaucoup, Oleïnikov se taisait sur le temps passé au front. Il appelait avec mépris les descriptions des horreurs de la guerre de la « merde ». La réalité était pour Oleïnikov avant tout un objet de parodie. Aucune de ses liaisons amoureuses importantes (et Oleïnikov était spécialiste en la matière) ne connut jamais d’incarnation littéraire. Les nombreuses dédicaces aux dames de ses poèmes étaient exclusivement des canulars, aucune des destinataires n’eut jamais de liaison réelle avec Oleïnikov.



 

         L’amour passe. La passion trompe. Mais de tromperie exempt

         Est l’enchanteresse structure du rat.

         Ô les pattes étalées, il y en a six, du rat !

         Elles disent quelque chose, dans l’atmosphère, elles écrivent en astrakan,

         Leurs contours sont plein d’un sens secret…

         Oui, dans les rats quelque chose résidait,

         Lorsqu’il bouge les pattes et que sa moustache frémit.

         Et où sont les dames, demandez-vous, où sont les amies chéries,

         Partageant avec moi les loisirs de la nuit,

         Dont les corps rappellent des baignoires, des amphores

         Où sont-elles tout à coup parties ?

         D’autres, il n’y en a pas. Et celles-ci sont plus loin encore.

         Elles se sont toutes consumées, comme des bougies.

         Mais je suis consumé par un désir différent —

         L’émulation et le travail de choc violent !

         Nikolaï Oleïnikov.

 

Любовь пройдет. Обманет страсть. Но лишена обмана
Волшебная структура таракана.
О, тараканьи растопыренные ножки, которых шесть!
Они о чем-то говорят, они по воздуху каракулями пишут,
Их очертания полны значенья тайного...
                     Да, в таракане что-то есть,
Когда он лапкой двигает и усиком колышет.
А где же дамочки, вы спросите, где милые подружки,
Делившие со мною мой ночной досуг,
Телосложением напоминавшие графинчики, кадушки,—
Куда они девались вдруг?
Иных уж нет. А те далече.
Сгорели все они, как свечи.
А я горю иным огнем, другим желаньем —
Ударничеством и соревнованьем!

Николай Олейников



31.1.21

Grivoiserie contre-révolutionnaire

Three Figures, ©Roberto Matta 1958

 Nous avons eu ici l'occasion de parler de Nikolaï Oleïnikov, combattant de la Guerre Civile aux côtés des bolcheviques, mathématicien, scientifique, éditeur, poète et farceur, fusillé en 1937 avec comme chef d'accusation "complot trotskiste", nous croyons qu'il fut purgé en réalité pour "déviationnisme humoristique" et "grivoiserie contre-révolutionnaire".

(Vers traduits du russe ©ThierryMarignac)

Message fustigeant le port des vêtements 

Me surprend, m’emplit d’admiration 
De la nature le beau vêtement : 
Comme la mouche, vole le vent,
 Et comme des étoiles, brillent les poissons. 
 
Mais que la mouche, plus intéressante, 
Que le poisson, plus attirante, 
 Est ma Lisa délicieuse — 
Comme un serpent, elle est merveilleuse. 
 
Dépêche, de ma main empare-toi, 
Penche la tête vers moi, 
Crois-moi, ton commissaire politique, serpent,
 C’est moi, intérieurement et extérieurement. 
 
Nos voiles nous gênent soir et matin, 
Déchirons-les, à la grande peur des gredins ! 
Qu’avons-nous à craindre ? Notre santé apparente,
 La minceur de nos torses aux aigles s’apparente. 
 
Celui qui vit en sage observateur, 
Comprend à demi-mot de la nature les allusions
 Le philistin se balade en pantalon, 
Sans pantalon vole le rossignol chanteur. 
 
Je veux être rossignol, je veux être moucheron, 
Je veux voleter au-dessus de ton front, 
Culotte, pantalon et chemise jetant — 
Tout ce qui nous empêche d’être ardents. 
 
Les vaches de costumes se dispensent, 
Sans jupes vivent les chameaux 
Se peut-il qu’en amour nous soyons plus idiots, 
Que le chameau accablé de malchance ? 
 
Crois bien que la robe ne cache point, 
Ce qui se cache en notre sein, 
Surtout si sous ce voile à la mode s’attise, 
Se consume du diamant la convoitise. …

Entends, comme bouillonne le sang ? 
Mon valeureux sang ! 
De nos étreintes croît tous les jours 
La fleur qu’on appelle Notre Amour. 
Nikolaï Oleïnikov, 1932. 

Two girls or the beautiful Rosine, © Wiertz



 Послание, бичующее ношение одежды 
Меня изумляет, меня восхищает 
 Природы красивый наряд: 
 И ветер, как муха, летает, 
 И звезды, как рыбки, блестят. 

 Но мух интересней, 
 Но рыбок прелестней 
 Прелестная Лиза моя — 
 Она хороша, как змея! 
 
Возьми поскорей мою руку, 
 Склонись головою ко мне, 
 Доверься, змея, политруку — 
 Я твой изнутри и извне! 
 
Мешают нам наши покровы, 
 Сорвем их на страх подлецам! 
Чего нам бояться? Мы внешне здоровы, 
 А стройностью торсов мы близки к орлам. 
 
Тому, кто живет как мудрец-наблюдатель, 
 Намеки природы понятны без слов: 
Проходит в штанах обыватель, 
 Летит соловей — без штанов. 
 
Хочу соловьем быть, хочу быть букашкой,
 Хочу над тобою летать, 
Отбросивши брюки, штаны и рубашку — 
 Все то, что мешает пылать. 
 
Коровы костюмов не носят. 
 Верблюды без юбок живут. 
 Ужель мы глупее в любовном вопросе, 
 Чем тот же несчастный верблюд? 
 
Поверь, облаченье не скроет 
 Того, что скрывается в нас, 
Особенно если под модным покроем 
 Горит вожделенья алмаз. ... 

Ты слышишь, как кровь закипает? 
 Моя полноценная кровь! 
 Из наших объятий цветок вырастает 
 По имени Наша Любовь. 
Николай Олейников, 1932.

10.3.20

Le traducteur le plus fort du monde


         Dans une chambre d'hôtel  minable d'une ville étrangère où tout le monde porte un masque, où Chinatown est déserte, dans des pubs vides, où l'alcool ne rapproche plus et le quidam se tient à distance respectable, on a le temps de rêver. Nuit du monde sinistré de l'utopie marchande — ces lendemains radieux où tout le monde aurait des actions en bourse, issues de la bio-diversité — certains phénomènes avaient tendance à dérégler l'horloge cybernétique par contagion. Les calculs impeccables de cette mécanique au-dessus de tout soupçon, mise au point logiquement pour le bonheur universel, ressemblaient tout à coup, selon l'expression d'un ami mort depuis des lustres, au «trouble imposteur de l'alcool». L'hyperclasse elle-même, si faraude qu'elle s'avance, y voyait certains enjeux de l'effarant poker menteur mené depuis plus de trente ans sur la planète, bouleversés. Ou bien était-elle confortée dans son désir de mort fétichiste et grandiose ?…
         Mais de même qu'à Byzance, on dissertait sur le sexe des anges, sourd aux coups de bélier des ottomans, le retour du destin comme un retour de flamme nous précipitait chez les poètes, comme on va au bistrot pour noyer un deuil. "Nuits aux bouges" disait Mac Orlan…

      
  
 (Vers traduits du russe par Thierry Marignac)

Le sommeil j'ai perdu,
Et cessé toute nourriture, —
Amoureux éperdu,
D'une tendre créature.

Mais cette créature est postée,
À une fenêtre brûlante.
Pour elle, mon allure passionnée
N'est en rien signifiante.

Cette créature en tête,
Il n'en est de plus belle, de plus chérie,
Elle a tant de facettes
Notre Lydia chérie.

Lorsque pour la première fois,
Je vous ai entraperçue,
Toutes les belles qui me laissaient pantois,
Sur l'heure, je détestais, impromptu…
En dehors de vous, dans les nues.

De toutes parts, je m'enflammais
Dans ma poitrine je le sentais,
Et depuis lors du génie
Le cœur mutilé ne guérit.

Quelque chose dans le cœur a cédé,
Quelque chose s'est déchiré,
Le bouchon du vin a sauté,
Aux oreilles a résonné.

Depuis lors quels ne sont mes tourments,
Vous, me remémorant,
Toute-puissante beauté,
La force de vos yeux pour me hanter.

Vos noirs sourcils,
Comme de lourds nuages assombris,
Marques de naissance — cassis,
Vos mains à embrasser tactiles.

Dans une sauvage concupiscence
Je consume la nuit —
La passer en patience,
Plus avant, je ne puis.

Lydia, compatissez,
Pour le nouvel Ovide,
Dans mon ventricule torride
Votre clémence goutte à goutte déversez.

Pour que ta conscience
Soudain soit éclairée,
Pour que de mon alimentation l'échéance,
À nouveau soit restaurée.
Nikolaï Oleïnikov, 1931.




Потерял я сон,
Прекратил питание, —
Очень я влюблен
В нежное создание. 

То создание сидит
На окне горячем.
Для него мой страстный вид
Ничего не значит.

Этого создания
Нет милей и краше,
Нету многограннее
Милой Лиды нашей. 

Первый раз, когда я Вас
Только лишь увидел,
Всех красавиц в тот же час
Я возненавидел.
Кроме Вас. 

Мною было жжение
У себя в груди замечено,
И с тех пор у гения
Сердце искалечено. 

Что-то в сердце лопнуло,
Что-то оборвалось,
Пробкой винной хлопнуло,
В ухе отозвалось. 

И с тех пор я мучаюсь,
Вспоминая Вас,
Красоту могучую,
Силу Ваших глаз. 

Ваши брови черные,
Хмурые, как тучки,
Родинки — смородинки,
Ручки — поцелуйчики. 

В диком вожделении
Провожу я ночь —
Проводить в терпении
Больше мне невмочь. 

Пожалейте, Лидия,
Нового Овидия.
На мое предсердие
Капни милосердия! 

Чтоб твое сознание
Вдруг бы прояснилося,
Чтоб мое питание
Вновь восстановилося.
Н. О. 1931.


La tendresse dans mes vers n'est pas suffisante,
Et je veux que la tendresse soit présente —
Comme fatalité ou comme négligence.
Et je t'embrasse de toute urgence.

Ô ma muse insensée!
Te détournant, tes larmes tu vas cacher.
Pathétique, cette prose me fait hurler,
Sans faire fondre mon cœur, ni mon visage dissimuler.

À ta joue, gamine, je me suis collé.
Comme les vieux, comme les anges, comme les enfants.
Seuls dans le monde entier, nous serons vivants.
Tu pleurniches, et le sanglot, je vais rimer.
Boris Ryjii, 1999.

Мне не хватает нежности в стихах,
а я хочу, чтоб получалась нежность —
как неизбежность или как небрежность.
И я тебя целую впопыхах,

О муза бестолковая моя!
Ты, отворачиваясь, прячешь слёзы.
А я реву от этой жалкой прозы,
лица не пряча, сердца не тая.

Пацанка, я к щеке твоей прилип.
Как старики, как ангелы, как дети,
мы станем жить одни на целом свете.
Ты всхлипываешь, я рифмую «всхлип».
БР, 1999.
Paranos ou poètes par une nuit détrempée


Tout est devenu soudain si sombre,
Le Gulf Stream s’est affaibli
Froides nous sont les nuits
On ne peut plus traverser Londres,

La longue blouse à ceinture ne peut nous aider,
Le parka ne peut nous réchauffer
C’est malaisé et froid,
Il faisait chaud autrefois…

De partout flambent les incendies,
De partout se déversent les pluies,
Le vent sur la vieille Tamise fossile
Est acide comme un crocodile…

À la manche d’Hamlet se collant :
« Clerc, où vas-tu aller ? »
Dans toute l’Europe l’été
Tu ne trouveras plus à présent…
Édouard Limonov, 2015.


Всё стало вдруг печально,
Ослабевает Гольфстрим,
Холодно нам ночами,
Лондон непроходим,

Не помогает толстовка,
Не помогает парка,
Холодно и неловко,
Раньше же было жарко…

Всюду горят пожары,
Всюду идут дожди,
Ветер над Темзой старой
Кислый как крокоди…

Льнёт к рукаву Хамлета:
«Клерк, ты куда идёшь?»
На всей Европе лета
Нынче ты не найдёшь
Э. Л. 2015
Zèbres à Buckingham Palace.



29.2.20

Trois poètes avant l'apocalypse programmée


Darkmobile

(Vers de Limonov, Oleïnikov, Ryjii, traduits par Thierry Marignac)

Lorsque s’interrompent les vols réguliers
Au début de la guerre civile
Lorsque la princesse Grâce va s’échapper
De ce pays maudit et vil,

Lorsque les ambassades étrangères odieuses
Seront froides et ténébreuses
Lorsque les provisions en supermarché
Ne seront déjà plus livrées…

Alors des bandes de jeunes apparaîtront
Hordes d’adolescents patibulaires en cavale
Et comme du Noir Ouganda les cannibales
D’un bout à l’autre de l’année se déchaîneront.

La ville jonchée de cadavres frais,
Et un troupeau de chiens errants,
« Aux portes les touloupes, les capotes, les gilets »
Impossible qu’il en soit autrement…
Edward Limonov, 2015.

Когда прекращаются авиарейсы
С началом гражданской войны,
Когда убегают принцессы Грейсы
«Из этой проклятой страны»,

Когда иностранные злые посольства
Стоят холодны и темны,
Когда в супермаркеты продовольства
Уже не завезены...

Тогда появляются юные банды,
Подростков угрюмых орда,
И, как людоеды из чёрной Уганды,
Бесчинствуют сквозь года.

Разбросаны в городе свежие трупы,
И стаи бродячих собак,
«А в двери бушлаты, шинели, тулупы»,
Иначе нельзя никак...
Claudia Lennear qui inspira "Brown Sugar"



LA MORT DU HÉROS
Bruissent les fraises des bois sur le scarabée décédé,
Dans l’herbe, ses pattes sont étalées.
Il pensait à cela, il pensait à ceci, —
À présent toute réflexion est arrachée à lui.

Et voilà qu’en boîte vide, il gît,
Par le sabot du cheval écrasé
Le cartilage de la conscience ne frémit plus chez lui,
La flamme l’a quitté.

Il est mort, oublié, héros anonyme,
Ses amis sont occupés à leurs affaires intimes.

D’une chaleur effrayante tourmentée, l’araignée
Ne tient qu’à un fil séparé.
Retentissent de l’oignon, les cliquetis,
Et sur la canneberge le papillon est assis.

Le bonheur l’empêche de voler,
Il balbutie, balbutie,
Il veut chanter, il veut pleurer,
De désir, de luxure tout empli.

Voilà, la baie est tombée,
Le silence les gouttes vont rythmer,
L’acide formique des pucerons court à côté,
Les mouches dans leur sommeil ne cessent de murmurer.

Et là-bas, où bruissent les fraises des bois,
Où siffle l’aneth de bon aloi,
Ne retentit ni le cri, ni le chant —
Gît un trépassé indifférent.
Nikolaï Oleïnikov, 1933.

Шумит земляника над мертвым жуком,
В траве его лапки раскинуты.
Он думал о том, и он думал о сем,-
Теперь из него размышления вынуты.
И вот он коробкой пустою лежит,
Раздавлен копытом коня,
И хрящик сознания в нем не дрожит,
И нету в нем больше огня.
Он умер, и он позабыт, незаметный герой,
Друзья его заняты сами собой.
От страшной жары изнывая, паук
На нитке отдельной висит.
Гремит погремушками лук,
И бабочка в клюкве сидит.
Не в силах от счастья лететь,
Лепечет, лепечет она,
Ей хочется плакать, ей хочется петь,
Она вожделенья полна.
Вот ягода падает вниз,
И капля стучит в тишине,
И тля муравьиная бегает близ,
И мухи бормочут во сне.
А там, где шумит земляника,
Где свищет укроп-молодец,
Не слышно ни пенья, ни крика —
Лежит равнодушный мертвец.
Николай Олейников, 1933.

Jayne Mansfield


.
…Il y avait l’espoir du génie. Il y avait
Et l’espoir du génie s’estompait.

—Nulle nécessaire tragédie, chérie
T’était la vie. Accident et non fatalité, la poésie.

         —Mais dans tout ça évidemment
et la tragédie, la tendresse la fureur dorée
Parce que ce n’est pas l’éternité, mais une heure, un instant seulement.
Oui, l’espoir, la tragédie, la fatalité.
Boris Ryjii, 1997.
Pam Grier



...А была надежда на гениальность. Была
да сплыла надежда на гениальность.
– Нет трагедии необходимой, мила
тебе жизнь. А поэзия – это случайность,
а не неизбежность.
– Но в этом как раз
и трагедия, злость золотая и нежность.
Потому что не вечность, а миг только, час.
Да, надежда, трагедия, неизбежность.
1997 Рыжий