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21.2.25

800 feuillets en deux ans

 

     Cracher seulement cracher

         

L'Histoire derrière l'Histoire

     Avec quatre bouquins en deux ans, si je ne peux encore me targuer du fameux « 10 000 mots minute » de Norman Mailer, j’ai craché 800 feuillets au moins (ensuite publiés en volumes brochés par des éditeurs respectables), sans accuser ni le coup, ni le contrecoup. Bien sûr, on pourra m’objecter que 400 d’entre eux appartiennent à mon « journalisme de romancier », et 200 sont autobiographiques, exigeant un moindre effort de création ex nihilo fusionnant imagination, style, cohérence et intrigue dans un effort global, comme c’est le cas avec un roman. Voire…Parce qu’à moins d’être strictement chronologique et mon cerveau s’y refuse, tous les aspects de mise en scène, de relief, d’ombre et d’ellipse, de montage enfin, sont convoqués avec autant d’effervescence que pour une œuvre de fiction. Faute de quoi, on obtient un ouvrage insipide, une banque de données, se succédant l’une après l’autre au même rythme, musique d’ascenseur, vite évacuées par l’esprit du lecteur qui ne retient qu’un magma d’informations indifférenciées. Sachant que chaque lecteur diffère de son voisin, il faut lui ménager de multiples issues vers ce qu’il attend ou ce qui le désarçonne. Garder le sens de la symphonie globale en louvoyant dans les accidents du reportage ou du récit, forcément chaotiques, et le sens du fracas nécessaire, distiller la dissonance en harmonie sans déperdition de force ni de rugosité du réel, comme un de ces grands alcools dont le feu brûle tout d’abord mais sans calciner, dont les vapeurs et parfums finissent par s’unir au firmament du goût. Un art délicat d’équilibre et de brutalité où l’adhésion aux normes narratives sert à créer les surprises. 

Traître à mon amie Kira Sapguir qui disait: "Il ne faut jamais écrire ses mémoires"

    Au titre des contraintes, on citera la tension de traiter d’une actualité brûlante sans la trahir, « l’atroce et vivante réalité » dans un paysage moderne uniformisé où les tabous foisonnent, écueils au ras des vagues, peser chaque mot sans en mâcher aucun, lâcher ses coups sans cesser d’esquiver. En abordant dans mes ouvrages l’Ukraine et la Russie, chaque minute d’écriture était chargée d’adrénaline. Cette tension ne le cède que de très peu à la tension imaginative du roman qui réclame un effort sur tous les fronts simultanément. Objectivité, mon beau souci. Je ne t’arrive pas à la cheville, Norman, mais j’ai pondu au moins 800 feuillets en deux ans.

Roman sur la désinformation, à paraître le 12 mars 2025.


         Inversons le miroir. 200 feuillets sur ces 800 appartiennent à la fiction, un drame surgi de l’imagination. Gros chantier : tout concevoir à la fois, la lumière du néon sur le chapeau de cette femme, la voix qui s’étrangle dans la gorge du traître, le brouillard sur l’aéroport, les statistiques de meurtres dans la capitale nordique, le style soutenu ou le style souteneur, le suspense dans la phrase, le mot de trop qui tombe juste. Comme on ne va pas s’embarrasser des foutaises de « l’inspiration », je suis un romancier réaliste, bricoleur éclairant d’un faux jour des faits avérés, insérés dans la trame. L’économie est instable dans cette entreprise, il faut trahir les faits en projetant sur eux une lueur révélatrice. C’est le travail inverse du précédent, où l’on colorait le réel d’une poésie étrangère. Jusqu’où aller trop loin en déformant l’Histoire pour en extraire la moelle ? 200 feuillets placés dans le cadre d’une affaire qui défraya la chronique, éminemment romanesque, puisqu’il s’agissait de désinformation. Celle-ci exige des talents d’auteur. Subjectivité, mon beau souci. Elle doit évoluer dans les contraintes du vraisemblable — mais celui-ci peut être absurde. C’est la mécanique des coups de théâtre, la dialectique des errements humains et « des eaux glacées du calcul égoïste ». J’ai pissé au moins 800 feuillets en deux ans, Norman, sous le coup d’émotions ne le cédant qu’à peine à celle de la mort de Benny Paret sur le ring en 1962, sous les coups d’Emil Griffith. J'avais serré sa meurtrière main droite un soir dans un bar appelé « Dix » du Times Square crapuleux d’alors (1994), où déambulaient des gouapes portoricaines tout juste sorties de taule, présenté au boxeur par l'écrivain Bruce Benderson dont c'était l'Eldorado. Au moins 800 feuillets en deux ans, j’ai craché.

À paraître au joli mois de mai 2025: in vivo, au pays de l'hiver


         Bon, on est loin des « 10 000 mots minute » — un titre que j’envierai jusqu’à mon dernier souffle. Dans les théories productivistes de ma jeunesse, il s’agissait de balancer du feuillet à tour de bras et foin de la « littérature ». Elle viendrait tôt ou tard. À flux tendus, c’était inévitable, croyait-on chez nous autres, stakhanovistes.

         800 feuillets en deux ans.

         Thierry Marignac, février 2025.

28.12.21

La mort d'Albert Anatolievitch Likhanov

 

         Sans appel, sans larmes, sans regrets

         Pareil aux nuées blanches des pommiers tout s’enfuit.

         Déclin de dorures envahi

         Ma jeunesse ne reviendra jamais.

         Sergueï Essenine

        

         Не жалею, не зову, не плачу,

         Все пройдет, как с белых яблонь дым…

         Увяданья золотом охвачен,

         Я не буду больше Молодым.

         (Traduction © Thierry Marignacdans le recueil Des Chansons pour les Sirènes, Éditions l’Écarlate, 2012 )

        

         Le 30 novembre, dans le somptueux restaurant de l’hôtel Arbat, à Moscou, Albert Anatolievitch Likhanov m’invitait pour un déjeuner princier où il me parla longuement de son activisme en faveur des orphelins, au Fonds pour l’Enfance qu’il dirigeait. Il était chaleureux, amical, sincère, drôle. En juin 2021, son livre Naître personne, était paru aux éditions de la Manufacture de livres, traduit par votre serviteur. Dans ses manières, sa façon d’être, sa décontraction, aucune trace de la morgue de l’apparatchik. Il était pourtant bien placé depuis longtemps.

Un mois et demi auparavant, au cimetière où nous étions venus rendre hommage à Édouard Limonov, avec Sergueï Chargounov, député à la Douma fédérale, et Daniil Doubshine, ami et factotum d’Édouard, journaliste et auteur de documentaires, nous étions littéralement tombés sur Likhanov dans ce même cimetière. Il était venu pour sa part aux funérailles d’un de ses amis. Quelle ne fut pas ma surprise de voir Chargounov et Doubschine lui donner l’accolade. C’était la troisième fois qu’ils retrouvaient Likhanov en deux jours et lorsque je confiai mon étonnement à Sergueï, il me répondit : « Je ne crois pas que ce soit une coïncidence, mais plutôt… le destin ». Likhanov tint à se faire prendre en photo avec votre bien dévoué, me tenant familièrement par l’épaule et déclarant fièrement : « C’est mon traducteur !… ».

Le 25 décembre dans la journée, Lola Zvonareva, critique littéraire et directrice de plusieurs revues, m’apprenait que Likhanov venait de décéder des suites (infarctus) de la maladie, dont, cher lecteurs, vous n’avez que trop entendu parler depuis deux ans. Il était âgé de 86 ans, mais avec une gouaille de gamin et un esprit clair et vif. Ma timidité devant un tel personnage que je n’avais vu que quelquefois auparavant fin 2019, s’était, au cours de notre déjeuner, aussitôt évaporée devant son énergie amicale.

Son roman Naître personne mettait en scène un adolescent orphelin qu’un truand des tragiques années 1990 en Russie prenait sous son aile pour en faire son second… et dérivant vers le racket presque imperceptiblement. Un sacré polar bien ficelé, dont l’humanité, la sobriété à bien des égards, les coups de théâtre remettent à leur véritable place de médiocres, les soi-disant maîtres du roman noir des larmoyantes églises gauchistes. Le métier des conteurs de l’école soviet. La cuistrerie victimaire peut aller se rhabiller. Son expérience au Fonds pour l’Enfance, finançant et gérant des orphelinats s’y reflétait avec maestria.

Nous avions évoqué la possibilité de faire publier en Phrance un second roman La Poupée cassée centré lui aussi sur les années 1990 dont l’Occident feint d’ignorer l’horreur pour les vaincus de la Guerre Froide. Son enthousiasme était communicatif.

Si La mort est un des risques du métier d’homme, comme l’écrivait feu Limonov en 2000, pour son premier Livre des morts, où il évoquait notamment Iossip Brodski (prix Nobel de littérature 1987) et Andy Warhol, parmi tant d’autres figures de sa vie vagabonde — on s’y habitue mal. Je garde l’image toute récente d’un grand vivant dévorant des Tempura  en dégustant un fameux Côte de Beaune sous mes yeux, de combien de projets possibles parlait-il — et il n’est plus là.

Cette tristesse impossible à dissiper, disait encore mon cher Essenine… fût-ce pour un virtuel inconnu, comme un écho à tous les deuils.

Thierry Marignac, fin décembre 2021.

16.12.21

Le pays où la mort est moins chère


     Dans  l’éclectisme dont je me flatte, je publierai ci-dessous deux poètes que tout sépare, un homme, une femme, une poétesse reconnue et un marginal, un révolté et une femme du monde. Les deux poèmes présentés ont cependant en commun de montrer le « système des objets » cher à Baudrillard, mais dans l’apesanteur poétique, échappant à la chape de plomb du raisonnement. Un univers tout proche de l'Occident maudit, non seulement géographiquement, mais par « l’abondance empoisonnée de la marchandise », dont l’universalité défie l’entendement… 

    Je dédie cette publication à mes jeunes camarades poètes, Benjamin de Surmont ( Blog: Dada-Spontex) et Tom Buron qui fait un malheur sur la scène poétique de Phrance !…

 

« Il ne s’agit plus de l’affrontement de deux systèmes différents, mais de la concurrence planétaire de deux systèmes identiques. »

TM, Terminal-Croisière, Auda Isarn éditions, 2021.

Ekaterinburg


(Vers de Karmadine et Arkatova traduits par Thierry Marignac) 


Paysage des zones industrielles assoupies

         Plus bas… Plus bas…

         Nous ne pouvons rompre ce sommeil poisseux de honte

         De notre fervent

         « Vive la Révolution »

         Lorsque, découpant les traits de leur propre horizon

         Les cheminées d’usine

         Consument de destins humains

         Le ciel rongé de vers des zones industrielles.

         Du cadavre de la liberté

         Pourrit la cité-dortoir,

         Un fardeau de soucis sur

         Les épaules des passants sans visage, appesantit la neige.

         Le samedi matin

         Aucun d’eux ne t’aidera

         Lorsqu’à ras de terre

         Un flic te tabasse.

         Car tu n’es pas de chez eux !

         Tu ne leur ressembles pas.

         Tu ne te réjouis même pas

         De la ronde des triomphes olympiques !

         Entre les nouveaux bâtiments

         Résonne un écho bétonné,

         Le flot des passants

         Continue sa course insensée,

         Et ton cri

         Noyé dans les hurlements d’un vent indifférent

         Sombre dans l’oubli,

         Il est possible qu’ainsi

         Il ne trouble pas

         Leur repos de chanvre indien.

         Mais souviens-toi :

         Plus tard

         En quête de poèmes et de défonce

         C’est chez nous que viendront leurs enfants adolescents.

         Arthème Karmadine 2014

 

         Пейзаж сонных промзон

         Тише… Тише…

         Нам не прервать этот липкий позорный сон

         Своим задорным

         «Вива ля Революсьён»

         Когда расчертив собой горизонт,

         Трубы заводов

Коптят человечьими судьбами

Червивое небо промзон.

Трупом свободы

Догнивает спальный район,

Грудой забот на

Плечи безликих прохожих ложиться снег.

Ведь ты – чужак!

Ты на них не похож.

Ты даже

Не рад череде Олимпийских побед!

Меж новостроек

Загудит бетонное эхо

Потомки прохожих

Продолжат свой бессмысленный бег,

А твой вопль,

Утонув в завываниях равнодушного ветра,

Канет в лет,

Быть может

Так и не потревожив

Их посконный покой.

Но запомни:

Позже

За стихами и наркотой

К нам уйдут их подросшие дети.

Артём Кармадин, 2014.




 

         ***

         Le monde des accolades et des baisers

         Des ferroviaires accompagnatrices et des marchepieds

         Des occupations ambulantes du matin

         Des œufs durs sur le chemin

 

         Le monde promis au levant

         Les livres rendus au bout d’un an

         Au conseil pédiatrique les parents

         Les cerfs-volants au firmament

 

         Le monde des sous-tasses tremblant

         Trahison du fonds des puits

         De nos profonds taillis les discours impuissants

         Sur les souches, les gabardines qu’on crucifie

 

         Le monde des hommes et des femmes, des chiens et des chats

 

         Contre les balivernes toute la vérité

         Comme thermomètre et stadiomètre en soi

         Et mon papa aussi est officier

 

         La vie est divisée en classes sociales

         La foule se presse aux caisses théâtrales

         À la soupe et tout de suite la limonade

         D’accord pour du pepsi, c’est bon

         Sur les réécrites chansons

 

         À Koktebel et Léningrad

         De ce putain de Sotchi, aux olympiades

         Vers ton sous-sol et mon grenier

         Nous n’étions alors pas très liés

         Et maintenant comme ci comme ça

         À celle en retard pas une seule fois

         À celui qui alors ne fit que se taire

 

         Au sanitizer ou tangeyser

         Et c’est tout

         Et voilà c’est super

         Anna Arkatova



 

         Мир поцелуев и объятий

         Перронов и бортпроводниц

         С утра прогулянных занятий

         В дорогу сваренных яиц

 

         Мир обещаний на рассвете

         Книг возвращённых через год

         Родителей на педсовете

         Воланчиков  под небосвод

 

         Мир подстаканников дрожащих

         Измен колодезных на дне

         Речей бессильных кущей чащей

         Плащей распяленных на пне

 

         Мир М и Ж, собак и кошек

 

         Всей правды против понарошек

         Как градусник и ростомер

         И папа тоже офицер

 

         Жизнь разделенная на классы

         Толпу у театральной кассы

         На суп и сразу лимонад

         Ну хорошо пускай на пепси

 

         На Коктебель и Ленинград

         На олимпийский х… с ним Сочи

         На твой подвал и мой чердак

         На то что мы тогда не очень

         А вот сейчас бы только так

         На опоздавшую ни разу

         На промолчавшего тогда

 

Тангейзер или санитайзер

И это все

Вот это да

Анна Аркатова

11.9.21

Terminal-croisière: critiques et recensions du dernier roman de TM.



            Embarquement et commandes au lien suivant (ou en librairie,) Auda Isarn, 12 €, 167 pages et des broquilles:

                https://amzn.to/3DKuqyf



Chers lecteurs d’Antifixion,

Ces pages étant destinées, au moins en théorie — outre l'organisation clandestine d’une secte conspirative d’amateurs de poésie russe — à faire la promotion des œuvres de leurs auteurs (en l’occurrence surtout de l’un d’eux : Thierry Marignac. Vincent Deyveaux est toujours vivant, je vous rassure, mais il ne fout rien !… Un recueil de poésie toutes les années bissextiles, et à quoi notre poète maison est-il occupé le reste du temps ?… La Direction des Ressources Humaines compte le convoquer prochainement à ce sujet…), nous aurons l’outrecuidance de vous faire un recueil des plus évocatrices citations des critiques qui ont bien voulu lire mon dernier roman : Terminal-Croisière, chez Auda Isarn. Elles sont illustrées par Placid (https://toutplacid.tumblr.com/), un ami depuis la Révocation de l’Édit de Nantes !…



 

Depuis quelques années déjà, je l’exhortais à utiliser sa connaissance de la capitale de l’Union européenne dans un roman. C’est chose faite, et de façon plus qu’originale, puisque l’intrigue ne se passe ni aux alentours du Parlement ou de la Commission, ni dans ces pubs irlandais ou ces trattorias de luxe où surnagent chargés de communication et trafiquants d’influence, attachés parlementaires et barbouzes – « cette ambiance de sac et de corde ».

    Non, Thierry Marignac nous décrit ce petit monde aussi corrompu que condescendant de façon indirecte, sur un paquebot de luxe et dans des containers de la police des douanes.

Christopher Gérard


Tout tient la route dans la vitesse haletante et la suspension du temps à laquelle se confronte le narrateur, l’auteur et le lecteur découvrant ce livre à couverture de carte postale (au prix d’un livre de poche) en plein milieu de l’été 2021, une « fixion » dont l’action se déroule avant la grande peste comme si le temps avait fait un saut vertigineux, irrémédiable, en nous retranchant de notre propre passé  - autre troublant paradoxe de TC.

Daniel Mallerin




 

            Un roman gris, comme les yeux de Svetlana, comme son pull en cachemire, comme le ciel de pluie, comme le costume des eurocrates... Tant de gris. Le gris serait-il une couleur ? Oui, une couleur multiple, changeante, aux nuances et aux reflets infinis, à l'éclat tour à tour tranchant et sensuel. Si le gris est tout cela, alors Terminal Croisière est à son image.

Velda, le blogdupolar

 

 

     Le jeune policier belge chargé de l’enquête se montre très pugnace, mais saura-t-il dénouer l'affaire à tiroirs qui se présente devant lui ? Thomas Dessaignes restera-t-il amoureusement transi devant le charme slave ? Pour le savoir, il vous faudra lire le dernier roman de Thierry Marignac qui ajoute ici une nouvelle pépite à son œuvre.

Johan Hardoy



 

Roman d’atmosphère maritime (on pense, justement, à À quai), narration subtile qui se joue des temporalités – temps du récit et temps de l’intrigue –, style précis aux métaphores raffinées, on retrouve là toute l’élégante manière de Thierry Marignac.

Arnaud Bordes

 

 

Le traducteur-narrateur est un nouveau personnage dans l’univers du roman policier. Je ne lui connais pas de précédent. Mais dans un monde où la criminalité s’internationalise… Ce type de héros est promis à un grand avenir !

Francis Bergeron

 

Suite logique de L'Icône - narration alternée, histoire d'amour tragique, poésie sensible et visuelle -, Terminal-Croisière mêle tous les thèmes et les obsessions chers à l’auteur avec une habileté et un charme fou.

Benjamin de Surmont




    Une exégèse venue de Russie
Le Rosaire de la fortune 

Notes sur Marignac

 

         J’aurais dû les écrire il y a longtemps, quand j’ai lu le roman. Quand je suis tombée sous son charme, sans comprendre encore les lois présidant à sa création.

 

         Terminal-Croisière peut se traduire en russe de diverses manières. Le terme Terminal des vaisseaux de lignes de croisière est entré dans la nouvelle langue russe post-soviétique.

         Mais il y a encore un élément de férocité, venu de Terminator.

 

         Ainsi, le nouveau roman de Thierry Marignac — auteur aux multiples incarnations — serait classé aujourd’hui comme un journal de voyage, une histoire d’amour avec des éléments de romans policier et comme un roman d’aventures. Et aussi comme intellectuel philologique : parmi les héros apparaît l’ombre non du père d'Hamlet, mais l’ombre du parrain de Pouchkine, le poète Gavril Derjavine bénissant son talent juvénile. TC n’est pas un roman en 3D (très populaire de nos jours). Mais en 4D. Tous ces aspects créent un certain équilibre, des facettes subtiles qui retiennent l’attention du lecteur. D’autre part ces aspects sont les facettes du cristal magique à travers lequel Pouchkine, apercevait l’horizon du roman libre.



 

A.  C. Pouchkine

Evguéni Onéguine

 

Chapitre VIII

 

                  Strophe L

Excuse-moi, mon compagnon inhabituel

Et toi, mon idéal fidèle,

Et toi, mon vivant et permanent

Quoique petit labeur. J’ai su avec vous

Tout ce qui est enviable pour le poète :

L’oubli de la vie et du monde les tempêtes,

La conversation avec des amis doux.

Tant et tant de jours j’ai traversé

Depuis, que Tatiana juvénile

Et avec elle Onéguine dans un rêve indéfini

Me sont apparus en premier —

Et l’horizon d’une romance en liberté

Je n’ai pas à travers un cristal enchanté,

Encore clairement distingué.

(Traduction © TM)

 

Mais Pouchkine et Marignac n’ont pas les mêmes cristaux de clairvoyance : chez le premier il s’agit d’un attribut magique, chez le second une production créative.



 

Le style de Thierry est celui d’une écriture sonore, elle est construite sur une harmonie intérieure, invisible, mais qu’on capte à l’oreille ; ainsi une symphonie ou un morceau d’orgue appelle des images en masse, des instantanés de visions sur l’écran azuré de l’atmosphère ; elle lui donne un volume holographique et lui fournit un espace pour différents effets sonores : les échos pour celui qui survole les labyrinthes, le clapotis des vagues à bord du vaisseau, les voix, les murmures, les cris.

 

Marignac est un compositeur de prose, il s’agit d’une partition littéraire, il faut la traduire comme un livret d’opéra : " à rythme égal" ou, pour parler plus justement, en mesure ou en assonance avec l’original. Sinon l’œuvre ne résonnera pas correctement dans la langue de la traduction. Et tant qu’une telle parenté n’apparaîtra pas chez un traducteur ou une traductrice, on pourra dire que sa prose est intraduisible. C’est-à-dire qu’il ne s’agirait dans ce cas-là  que d’un brouillon, et non d’une œuvre d’art, comme il conviendrait. J’ai découvert le romancier Marignac, en lisant ses œuvres en français.

Margarita Sosnitskaïa, Belle de lettres.

(Traduit par TM)



 

Заметки о Мариньяке

 

Давно надо было их начать записывать, еще когда читала роман. Когда попала под его гипноз, но еще не поняла, по каким законам он создается.

 

«Терминал Круазье» - можно перевести по-разному, там, если опираться на морфологию, несколько смыслов: это и Конечный круиз, и Порт круизов, и Гавань круизов, и еще Терминал круизных лайнеров, т.к. это слово вошло в постсоветский российский новояз. Но есть еще и что-то зловещее от Терминатора.

Итак, данный роман многоликого Тьерри Мариньяка -  сегодня классифицируется как травелог, любовная история с элементами детектива и как приключенческий роман. А еще интеллектуально-филологический: среди героев появляется не тень отца Гамлета, а тень крестного отца Пушкина, благословившего его молодое дарование, - поэта Гавриила Державина. «Терминал круизных лайнеров» - это роман даже не в формате 3D (очень  популярном сегодня), a 4 D. Все эти аспекты создают некое равновесие, тонкую грань, на которой держится внимание читателя. С другой стороны эти аспекты -являются гранями того магического кристалла, сквозь который Пушкин прозревал даль свободного романа.

 



А. С. Пушкин
Роман в стихах
Евгений Онегин

Глава VIII

Строфа L

Прости ж и ты, мой спутник странный,1
И ты, мой верный идеал,2
И ты, живой и постоянный,
Хоть малый труд. Я с вами знал
Все, что завидно для поэта:
Забвенье жизни в бурях света,
Беседу сладкую друзей.
Промчалось много, много дней
С тех пор, как юная Татьяна
И с ней Онегин в смутном сне
Явилися впервые мне —
И даль свободного романа
Я сквозь магический кристалл3
Еще не ясно различал.)

 

 

Но у Пушкина и Мариньяка это разные кристаллы: у первого это атрибут магии, у второго –  произведение его творчества.

 

Стиль Тьерри – это зукопись, она построена на внутренней гармонии, которая невидима, но улавливаема слухом; так симфония или игра на органе вызывает массу образов, картин видений на эфирном экране воздуха; она делает текст объемным, как голограмма и предоставляет ему пространство для разных звуковых эффектов: эха, летящему по лабиринтам, плеска волны о борт судна, голосов, шепотов, крика.

Мариньяк – он композитор прозы, это литературная партитура, переводить ее надо, как оперное либретто: экворитмично или, говоря по-русски, соразмерно и созвучно оригиналу. Иначе произведение не зазвучит на языке перевода. И пока не появится такой конгениальный переводчик/переводчица, его прозу можно назвать непереводимой. Т.е. это будет уровень подстрочника, а не произведения искусства. Я открыла писателя Мариньяка, прочитав его вещь по-французски.

                                                                      Маргарита Сосницкая, Belle de lettres