19.11.21
4.7.21
Terminal-Croisière, de Thierry Marignac
« Mais vois-tu, Conseiller, la mince note singulière d’un homme, d’une femme, se métamorphose au fil du temps en chambre d’échos cacophonique, peuplée des voix des morts. Heureusement, de nouveaux amis apparaissent pour couvrir ce boucan d’une parole vivante. »
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| © Placid La croisière, cette forme de voyage inscrite dans l'imaginaire moderne, revêt souvent la forme d'un répit du monde. Loisirs, rêveries, relations aimables avec des gens d'esprit. Mais dans le dernier roman de Thierry Marignac, Terminal-Croisière, se substitue à cette image traditionnelle de plaisir et d'insouciance, celle du danger et de l'infortune. On le dit parrain de l’antipolar. Il semblerait que, depuis le début, il contrôlait également le territoire de la littérature d’ « anti-voyage ». Quand les écrivains voyageurs ne gardent de l'exotisme que l'esthétique publicitaire et les décors de carte postale, Thierry Marignac choisit, en multipliant les stratégies obliques, d'en conserver l'esprit : surprise, impact inattendu, inquiétante étrangeté. Terminal-Croisière n’est donc pas, tout comme Cargo sobre en son temps, un roman sur les gréements et les bastingages ! Invité à participer à un symposium de « poésie juridique » sur une de ces croisières savantes accueillant également des séminaires de prospective et autres team building, Thomas Dessaignes, traducteur-juré dont les aventures transatlantiques sont bien connues, va se retrouver pris dans l'engrenage du manège que jouent entre eux journalistes, financiers et technocrates européens. À ses côtés, Bruxelles, Rotterdam, Anvers et la croisière deviennent des lieux d’exil déplaisants remplis d’hommes d’affaires dont le manque d’âme le laisse songeur. Mais au milieu des intrigues et de la gloutonnerie de la bureaucratie mondialisée, entre deux traductions de poésie russe, son « violon d'Ingres », surgit la beauté. Une créature brune aux yeux gris, le corps princier. Une femme, belle mais indifférente, dominant ses sentiments, prête à se dédier corps et âme au combat idéologique qu’elle mène quitte à disparaitre dans les brumes et les jeux de miroirs du business. Une de ces rencontres qui voit se cristalliser en elle tous les paradoxes des hommes comme d’une époque avant d'exploser, ne laissant derrière elle qu’une terre désolée de sentiments flous et de regrets. Entre la houle contenue des hanches d'une beauté slave et les dangereux remous d'un scandale politico-financier, il sera donc difficile pour Dessaignes - dans cet afflux de métaphores maritimes - de garder le cap. Suite logique de L'Icône - narration alternée, histoire d'amour tragique, poésie sensible et visuelle -, Terminal-Croisière mêle tous les thèmes et les obsessions chers à l’auteur avec une habileté et un charme fou. En faisant ainsi naviguer son personnage à travers « les eaux glacées du calcul égoïste », Thierry Marignac, toujours précis et juste, nous apporte le secret d'une chose merveilleuse, l'émotion brute, « brûlure que cent mille verres d'alcool pur ne sauraient égaler ». Santé ! Benjamin de Surmont, juillet 2021. Terminal—Croisière est trouvable aux liens suivants: https://reflechiretagir.com/ |



