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23.11.25

L'affaire des toilettes en or

 


         Dans l’antiquité de la littérature noire, on retrouvait souvent un archétype d’intrigue où un journaliste, policier, détective, s’affairait à dévoiler la corruption, les liens occultes avec le milieu, voire les crimes en coulisses de telle ou telle personnalité publique pour la faire tomber lorsque la vérité éclaterait comme une bombe et restaurer le bon droit. Certains auteurs attardés se servent encore de cette idée qui paraît de nos jours d’une naïveté effarante. Il éclate des bombes toutes les semaines ou peu s’en faut et les dirigeants ricanent. Pire, sans une ou deux affaires bien sordides à leur actif, on les prend pour des truffes.

         C’est la présomption d’innocence dans son inviolabilité anglo-saxonne — la justice ayant la charge de la preuve à établir, ce qui coûte cher — qui a transformé la société américaine en société de l’espionnage permanent et de la provocation, d’une façon plus sophistiquée que l’URSS. Une enquête qui n’aboutit pas, c’est de l’argent jeté par les fenêtres, ça impose d’infiltrer et de ne frapper qu’à coup sûr. Du moins, telle est la théorie. Le résultat — qui s’impose un peu partout sur terre à mesure que le crime se mondialise et que le droit international s’américanise — est que plus ou moins tout le monde est sondé un jour ou l’autre et traîne des casseroles, ce qui les banalise. Un dirigeant moderne les ignore — sauf cas de force majeure. L’absolutisme du marché — et le pouvoir en est un — en imposant ses règles de concurrence acharnée, présuppose une certaine tolérance aux coups de hache dans le contrat. Début décembre 2025, on apprend que dans la sacro-sainte UE au-dessus de tout soupçon, des appels d'offres truqués "formaient notre diplomatie"…

         Aujourd’hui, nous nous intéresserons à ce que Peter Korotaev (blogueur australo-ukrainien connu de nos lecteurs, très critique) et Ruslan Bielov (blogueur russe partisan, mais très objectif dans ses compte-rendu) sans se concerter, ont baptisé L’Affaire des toilettes d’or. Hergé n’aurait pas osé. Mais la démesure oligarchique a des allures de décadence romaine.

         À l’heure qu’il est, tout le monde sait de quoi je parle, le détournement des sommes folles versées au titre de l’aide occidentale à l’Ukraine par les intimes du président en exercice. Peter Korotaev l’a exposé en détails — un article touffu mais complet récemment paru dans nos pages.

Zelenski/Mynditch

         Il y a quelques jours, le très sérieux Wall Street Journal l’évoquait à nouveau. Le titre en était le suivant :

         Kiev a exigé qu’on retire du « plan de paix » le point concernant une audit sur l’aide internationale obtenue

         « Notre publication se réfère aux propos d’un fonctionnaire américain anonyme. D’après lui, pour échapper à de nouvelles poursuites pour corruption dans le gouvernement, l’Ukraine a exigé un changement de formulation selon lequel les deux côtés bénéficieraient d’une « complète amnistie pour leurs actions pendant la guerre ». Ce qui signifie que les camps en présence ne pourraient émettre aucune prétention à caractère judiciaire dans le futur, y compris pour des crimes de guerre.

         D’après les informations du Wall Street Journal le document contenait au départ un projet d’audit sur l’aide internationale. Cependant, le camp ukrainien a insisté pour exclure cette formulation et pour une amnistie complète, nous a informé aux conditions de l’anonymat un haut fonctionnaire américain.

         Ce point (N° 26) figure effectivement dans la version du document publiée par le député du peuple Gontcharenko. De plus, on affirme que ce document a été rédigé par les représentants de Russie et des États-Unis sans la participation ni de l’UE, ni de l’Ukraine (…) »

        


         Depuis le sabotage de Nord Stream, on avait perdu l’habitude des confidences anonymes de personnages haut placés dans l’administration américaine. Au-delà du moyen de pression sur le régime ukrainien que représentent certainement ces « confidences », une des leçons de cette guerre restera peut-être que les secrets les mieux gardés sur les manœuvres et machinations en coulisses ne sont pas étanches…

         On soulignera la servilité abjecte des médias français qui ont le culot de prétendre dans un dossier aussi accablant que : « La démocratie marche puisqu’il y a une enquête ». Dans un article paru le 17 novembre intitulé « Notre fils de pute » (référence à une phrase de Franklin Roosevelt sur le dictateur du Nicaragua Anastasio Somoza) Peter Korotaev (Events in Ukraine, substack) répond de la manière suivante :

         « Ce n’est probablement pas grâce à son expérience inexistante en affaires que Mynditch est devenu le gérant occulte de FirePoint une entreprise de drones et missiles créée en 2023, qui fut récipiendaire d’un tiers des dépenses militaires ukrainiennes en 2024.

         Quelles sont les forces derrière ce spectacle ? Quels sont les enjeux de ce théâtre ?

         Tout d’abord, une chose n’est pas en jeu — la corruption.

         Les NABOU et SAPO n’ont jamais rendu un verdict de peine de prison sur aucune des influentes figures qu’ils ont accusé de corruption. L’enquête sur la corruption du président alors en exercice Petro Poroshenko en 2019 a été l’occasion d’autant de révélations choquantes que le scandale Mynditch, et autant de peines de prison — PAS LA MOINDRE »

        Le second argument invoqué dans le même souffle est l'absence de répression de la corruption en Russie, répété en chœur par la classe politico/médiatique. Il s'agit là de  désinformation officielle occidentale: en été 2024, l'adjoint du ministre de la Défense russe Popov a été arrêté et jeté en cellule pour détournement de fonds et, au début décembre 2025, le banquier de la Banque de Russie, Andreev, également pour favoritisme dans l'attribution de crédits à des entreprises de construction en échange de pots-vin. Les deux hommes et leurs complices croupissent en cellule. Pour leur part, les deux principaux suspects du scandale ukrainien sont dans leur villa à Chypre ou en Israël.

          


    Je me permettrai ensuite de citer mon bouquin « La Guerre avant la guerre » (éditions Konfident, 2023) sur un scandale un peu plus ancien :

         « Quant à Avakov, dénoncé par son compatriote Roïtman, devenu gangster à Brooklyn, comme la preuve que Zélenski est lié au milieu, cet ancien Ministre de l’Intérieur jusqu’en 2021 est l’acheteur de 11 hélicoptères Airbus à la France. Dans l’un de ces appareils, son successeur et toute l’équipe qui l’accompagnait ont été victimes d’une catastrophe aérienne. La perquisition chez Avakov a permis de retrouver les contrats d’achat — on le soupçonne d’avoir perçu des rétrocommissions — non pas au Ministère de l’Intérieur mais au domicile de l’ancien ministre.

         Moltachanov (blogueur ukrainien en exil aux États-Unis, directeur de l’Institut des conséquences de la guerre) fait remarquer que dans l’histoire récente de l’Ukraine, très peu de suspects de corruption ont été condamnés à des peines de prison ferme. En général on se contente de les limoger »

         En effet, l’affaire Avakov n’a jamais eu de suites…

         C’est un président ukrainien bien mal informé ou très naïf qui s’entoure ainsi constamment d’escrocs, sans jamais s’en apercevoir, ni rien toucher, blanc comme neige… C’est pourtant la thèse des journaux parisiens…

         En réalité, l’État ukrainien étant aux mains de bandes depuis son origine — 34 ans — il est peu probable qu’on puisse survivre en n’étant pas soi-même un escroc, le plus vif à poignarder dans le dos.

         À son arrivée au pouvoir, le président ukrainien actuel était considéré comme la créature de Kolomoïski en lutte contre Poroshenko, propriétaire des studios de télévision où l’acteur avait connu la gloire et financier de sa campagne électorale. Kolomoïski, un des oligarques les plus puissants d’Ukraine, intimidait même Poroshenko. En mars 2015, lorsque l’oligarque avait tenté de faire main basse sur Transnaft, compagnie de pipe-lines dans un coup de main avec des volontaires des bataillons nationalistes qu’il finançait pour lutter contre les séparatistes au Donbass, c’est l’ambassade américaine qui avait été obligée d’intervenir auprès de Kolomoïski pour qu’il lâche prise. Un tel parrainage était certainement lourd à porter pour Zélenski. Lorsqu’on apprend par le site Grayzone, que son ami Mynditch, compromis dans l’affaire présente, était comptable de l’empire Kolomoïski, on comprend mieux comment l’oligarque a fini par se retrouver en prison. Mynditch en savait long. Une des traditions mafieuses les mieux établies quand on veut se débarrasser de quelqu’un, c’est de s’adresser à son meilleur ami. On murmure que Kolomoïski, depuis sa cellule, ne serait pas étranger aux récents ennuis de Mynditch et, au-delà de lui…

         Zelenski, élu sur un programme de paix était considéré comme populiste et suscitait la méfiance des libéraux/nationalistes qui forment l’ossature des NABOU et SAPO. Korotaev ajoute :

         « L’Occident l’a toujours trouvé suspect pour son imprévisible populisme et les médias occidentaux l’accusaient continuellement, pendant la période 2019-2021, d’être un agent russe. »

         RT, média russe, cite le NYT :

         « D’après une enquête du New York Times publiée le 15 novembre, Volodymyr Zelensky aurait eu connaissance des mécanismes de détournement de fonds publics dès 2022, et les aurait validés. Plusieurs anciens hauts responsables ukrainiens, interrogés sous couvert d’anonymat, confirment que « Zelensky ne ressent aucune gêne, même lorsqu’une enquête pour corruption est en cours ».

         Puis, plus loin, un média polonais :

         « Les critiques ne se limitent plus à l’Ukraine. Dans un article publié le 16 novembre, le média polonais Mysl Polska s’interroge ouvertement : « Est-il possible que les services de renseignement occidentaux, capables de suivre chaque transfert ou conversation, aient pu ignorer un tel système de corruption ? ». Pour le journal, la responsabilité ne repose pas seulement sur les élites ukrainiennes, mais aussi sur leurs alliés.

    L’Europe est accusée d’avoir « fermé les yeux » et injecté des milliards d’euros d’argent public sans réel contrôle. « Ce ne sont pas des fonds privés, mais des ressources publiques. Les gouvernements occidentaux doivent rendre des comptes à leurs citoyens », écrit Mysl Polska. L’article appelle à des sanctions non seulement contre les auteurs des détournements, mais aussi contre ceux qui les ont couverts, par négligence ou par complicité. »



         Si l’on admet cette hypothèse, pour le moins vraisemblable, et les rumeurs de blanchiment abondent, la proposition d’un plan de paix alternatif réclamé par l’Ukraine ET ses alliés européens prend peut-être un autre sens. Dans les « amendements » proposés par ce camp-là et son exigence de participation aux négociations figure certainement la « formulation » de l’article 26 proposant une « amnistie complète pour les actions pendant la guerre » peut-être pas uniquement avancée et soutenue par l’Ukraine seule.

         Thierry Marignac, novembre 2025.

 

 

        

        

        

29.7.25

Les lois scélérates de Zelenski par Peter Korotaev

 Les fans d'Anitifixion connaissent déjà Peter Korotaev, blogueur d'élite ukraino-australien. Voici comment cet homme qui connaît bien le terrain décrypte la crise récente qui a ébranlé l'Ukraine.

( traduit de l'anglais par Thierry Marignac)



         Tout n’est pas perdu — mais pas mal quand même. Opération Figure de Proue contre Zelenski. Crise parlementaire ? Kolomoïski en train comploter ? Déchiffrer les disques durs encodés.

 

         Penchons-nous sur le drame entre Zelenski et l’opposition libérale-nationaliste. Une journée seulement après avoir tenté de soumettre les organes anti-corruption créés par l’Occident avec sa loi 12414 du 22 juillet, Zelenski a flanché — le 23 il a annoncé une nouvelle loi pour inverser la première. Celle-ci doit être votée la semaine prochaine.

         Une coalition libérale-nationaliste s’est formée contre Zelenski. Elle comprend l’ex-président Piotr Porochenko, menacé de prison par Zelenski pour la supposée réception de 10 valises de billets de banque venues de Moscou.

         Selon Alexandre Dubinski, un parlementaire du parti de Zelenski emprisonné (Il tient un blog YT depuis sa prison, ndt), d’après la rumeur, Porochenko sera officiellement accusé de trahison le 31 juillet. C’est censé être le jour où le parlement votera la nouvelle loi inversant la loi 12414 et restaurer l’indépendance des NABU/SAPO. Dubinski écrit que Zelenski et sa coterie croient que l’implication de Porochenko dans la campagne Russiagate contre Trump lui assurera le silence de Washington.

         Les manifestations contre 12414 ont été marquées par la présence d’un certain nombre de politiciens du parti de Porochenko, d’influenceurs qui lui sont associés (tels que le meurtrier Serhiy Sternenko) et des membres des organisations de jeunesse de Porochenko.

         Par ailleurs, l’ex-président Porochenko est allié aux ONG, aux organes anti-corruption financés (autrefois) par l’USAID, Tomas Fiala et Alexandre Soros (présentement toujours actifs). J’ai raconté en détail les menacesde Zelenski de sanctionner Fiala et ses pressions contre divers membres de cette communauté qu’on appeler soit « des guerriers anti-corruption » ou des « Sorosites » suivant ses convictions.





         La robuste société civile ukrainienne (selon la formule copiée-collée de la presse occidentale) s’est montrée très active dans l’opposition aux dernières bouffonneries de Zelenski.

         Des combattants anti-corruption de premier plan, comme la dirigeante du Centre pour la Prévention de la Corruption, Daria Kaleniuk ont averti que l’intégration de l’Ukraine à l’UE était menacée pour l’attaque contre les organes anti-corruption. Elle a même prétendu que le statut de candidat à l’UE de l’Ukraine avait été obtenu justement grâce aux avancées réalisées dans la sphère des structures anti—corruption. Ben voyons.

         Pendant ce temps, le dirigeant de la Fondation Internationale Renaissance (Filiale locale de la Fondation Open Society) Oleksandr Shushko s’inquiétait que la loi 12414 ne soit un signe que Kiev n’adopte « le scénario géorgien » Il prétend qu’il n’y a pas que l’intégration à l’UE qui soit en jeu.

         J’ai écrit au sujet de cet épouvantable scénario géorgien. En bref, il comprend la détente avec la Russie, l’affaiblissement des néo-libéraux ethnonationalistes et la paix. Une perspective terrifiante pour les guerriers anti-corruption financés par l’étranger.

         Mais, à long terme, Zelenski a commis une lourde erreur en montrant une telle indécision et une telle faiblesse pendant toute cette affaire. Il n’a pas seulement mis ses opposants libéraux-nationalistes en colère, mais l’inversion de la loi 12414 est considérée comme une trahison par ses partisans.

Porochenko


         La publication ukrainienne strana .ua  a appelé cette histoire : « La pire défaite politico-stratégique de Zelenski depuis son accession à la présidence ». Ils rappellent que c’est lorsque Ianoukovitch a accédé aux exigences des manifestants en 2013-14 qu’ils se sont enhardis. Ce qui n’était au départ qu’une manifestation en faveur de l’adhésion à l’Europe est devenue une manifestation pour renverser Ianoukovitch et prendre le pouvoir.

         Zelenski a toujours été terrifié  par les manifestations de rue — c’est en réaction à de relativement petites manifestations des nationalistes en 2019-2020 « contre la capitulation » que Zelenski a cédé à leurs exigences et abandonné la plate-forme de paix pour laquelle 70% du pays avait voté.

         Je suppose que c’est le show-business — un désir désespéré de l’attention du public — ceux qui huent, pas les autres.

         Cependant, à court terme, il semble hautement improbable que Zelenski soit chassé du pouvoir. Bien qu’une série de sénateurs américains aient critiqué Zelenski, la Maison-Blanche, le Département d’État et l’ambassadeur américain ont gardé le silence. Ce qui a toujours été clairement le pari de Zelenski — il sait que Trump déteste le NABU pour son rôle dans le déclenchement du « Russiagate » de Manafort en 2016.

         Seuls les faucons s’expriment — Lindsay Graham, par exemple. Où la fille de l’antirusse Keith Kellog, quoique Kellog lui-même n’ait rien dit.



        

         Opération Figure de Proue

         Pour comprendre ce qui se passe, nous devons retourner à une citation célèbre du président.

         Dans une conférence de presse fameuse de décembre 2023, Zelenski a déclaré aux journalistes qu’il dépendait de « 5-6 gestionnaires efficaces ». Quand on lui a demandé s’ils étaient tous innocents de toute corruption, il a répondu que limoger n’importe lequel d’entre eux affaiblirait le pays.

         Les ennemis libéraux de Zelenski ne tentent pas de s’en débarrasser. Mais ils sont fixé la mission de faire lui une figure de proue sans pouvoir. Leur but est de virer les bien aimés 5-6 gestionnaires soit en les accusant de corruption avec le NABU, soit de les forcer à quitter leur poste à cause du contrecoup de la loi 12414.

         Pour commencer, un média sponsorisé par Fiala comme Ukraïnskaya  Pravda et des politiciens alliés à Porochenko comme Youri Lutsenko ont constamment appelé au limogeage des deux gestionnaires les plus puissants de Zelenski — le chef de cabinet du président Andriy Yermak et son adjoint, le tsar du maintien de l’ordre Oleh Tatarov.

         Un autre gestionnaire prépondérant est Timour Myndich, ami de longue date de Zelenski. Myndich est l’un des propriétaires de Kvartal 95,  l’empire de la comédie de Zelenski. On en a souvent parlé comme du « portefeuille de Zelenski », qui aurait accru apparemment son influence en 2022.



         Les médias prétendent que les raids contre NABU/SAPO ont eu lieu à la suite d’un avertissement reçu selon lequel ces deux organes respectifs mèneraient une enquête sur la corruption de Myndich. C’est Ukraïnskaya Pravda qui a émis cette hypothèse le 21 juillet, le jour des descentes du SBU sur NABU/SAPO.

Renaissance Society à Kiev


         Ukraïnskaya Pravda prétend que Myndich est impliqué dans le sujet hautement explosif (politiquement) de la corruption sur la production de drones. L’armée serait sans aucun doute ravie de savoir pourquoi elle perd la guerre de drones contre la Russie.

         Ensuite, on trouve un autre ami proche de Zelenski, Oleksiy Chernyshov. L’enquête du NABU sur ses malversations menée depuis un mois et demi a été considérée par Ukraïnskaya Pravda comme l’étincelle majeure ayant provoqué les énergiques mesures de Zelenski.

         Chernyshov, censé être le « ministre de l’Unité » qui ramène les Ukrainiens de l’étranger a fini par ne pas revenir d’un voyage en Europe en juin. Quand, naturellement le scandale a éclaté, il est finalement rentré en Ukraine — mais accompagné par une équipe d’agents du HUR (Direction générale du renseignement ukrainien) et du SBU (Service de sécurité ukrainien) pour le protéger du NABU.

Yermak et son adjoint



    Enfin, Rotislav Shurma, adjoint du bureau du président de novembre 2021 à septembre 2024. Bihus, une organisation financée par l’USAID a révélé en 2023 que Shurma et son frère Oleh avaient reçu 320 millions de Grivnya de « tarifs verts » de l’État pour de l’énergie produite par des panneaux solaires, se trouvant sur le territoire contrôlé par la Fédération Russe.

         D’après le libéral Ukraïnskaya Pravda, le Département d’État de Biden considérait sérieusement la mise en œuvre de sanctions contre Shurma après les raids menés contre lui en mai 2024. Shurma a démissionné lorsqu’il a découvert les intentions de Washington et Zelenski a gardé une dent contre ces « répressions politiques américaines ». Shurma reste un proche de Zelenski et continue a être membre du Conseil de contrôle de la grande compagnie gazière et pétrolière « Naftogaz Ukraine ». Ceci, bien qu’il vive en Allemagne avec sa famille depuis sa démission.

         L’ancien parlementaire de premier plan (ex-porte-parole du groupe ultra-nationaliste Secteur Droit) Borislav Bereza a expliqué en détail quelles actions il proposait dans la conjoncture présente dans un post sur Facebook du 26 juillet. Beaucoup d’autres politiciens libéraux anti-Zelenski et médias partagent sa vision de la stratégie à employer. Au lieu de se débarrasser de Zelenski, l’idée est de neutraliser sa mainmise et de se défaire de ses « gestionnaires efficaces », le véritable pouvoir étant alors détenu par les libéraux militaristes :

 

         « Je ne soutiens absolument pas le président Zelenski ou le Parlement actuel (Rada). Quoique, pour être juste, il existe encore quelques personnes intelligentes et satisfaisantes à la Rada — mais de jour en jour, de moins en moins. Cependant, malgré mon opinion négative sur cette clique dans sa totalité, je suis contre la démission de Zelenski et contre la dissolution du Parlement. Or, les appels à l’une comme l’autre, sont de plus en plus sonores. Si on ne comprend pas ce que cela implique, il faut se poser la question. Qui deviendra le Chef d’État d’après la Constitution si Zelenski démissionne ? Personne ne sait ? Je vais vous le dire : Rouslan Stefanchuk ( le porte-parole de Zelenski au parlement) qui pourrait être sous pression  par nos services de sécurité et ceux de l’étranger de devenir un pantin. Imaginez les conséquences. Et si la Rada est dissoute qui poursuivra la loi martiale ? Qui financera les forces armées ? Qu’on ne se berce pas d’illusions, c’est maintenant un risque énorme."

         

Chernyshov

 

         …« Alors, que devrions-nous faire ? Détaillons.

         1.Il est temps d’admettre que la mono-coalition n’existe plus. Les votes le prouvent. (Mono-coalition signifie que lorsque Zelenski a pris le pouvoir en 2019, son parti Serviteur du Peuple avait une majorité à la Rada, lui permettant d’adopter des lois sans avoir besoin de se coaliser avec d’autres partis)

         2.Une nouvelle coalition doit être formée à la Rada. Il ne s’agit pas de l’alliance de facto entre les Serviteurs du Peuple et le parti d’Opposition pour la Vie (parti jugé pro-russe interdit existant jusqu’aujourd’hui sous un autre nom, aujourd’hui l’allié principal de Zelenski à la Rada. Il a fourni un nombre important de votes pour la loi 12414)

         3.Après ça, la direction de la Rada doit être remplacée par un représentant de l’opposition. Sefanchuk avait fait assez de dégâts — il ne méritait pas d’être recteur à l’université de Ternopil, encore moins un leader. Il doit répondre de ses crimes. D’ailleurs, quiconque ayant voté pour la loi 12414 devrait être tenu à l’écart des postes dominants à la Rada. Tout a un prix, y compris ce vote.

         4.Un Conseil de l’Unité nationale devrait être créé — pas avec 5-6 gestionnaires « efficaces » de Zelenski ou encore d’autres « serviteurs », mais avec des figures de l’opposition parlementaire ou non-parlementaire et tous ceux dont l’expérience, le savoir et les compétences peuvent être utiles à l’Ukraine.

         5.Zelenski doit annoncer publiquement qu’il n’est pas un menteur et ne cherchera pas un second mandat, fidèle à ses promesses. Ce qui serait une victoire pour tout le monde — surtout l’Ukraine. Cela lui permettrait d’oublier les sondages et de se focaliser sur les problèmes réels — comme la mobilisation.

         Ce sont juste les cinq points-clés — brossés à larges traits. Mais c’est un chemin vers la sortie de crise. Évidemment, on peut choisir de ne rien faire. Et, si rien n’est fait, nous perdrons la guerre — à cause des dirigeants du pays qui, après trois ans d’invasion du pays, ne sont toujours pas capables de résoudre les questions des fournitures au front, de la mobilisation, de la démobilisation et de l’armée professionnelle, continuant d’ignorer la lutte contre la corruption, à cause de l’obsession de gagner les élections.

         Comme on le voit, l’enjeu n’est pas un changement de régime. Ce qui a lieu, c’est un marchandage entre Porochenko et Fiala d’un côté, et Zelenskiet Yermak de l’autre.

         Les exigences maximum des premiers sont le limogeage de Yermak, ce que Zelenski ne fera très probablement pas. D’après un article récent, les deux dorment dans le même bunker si c’est nécessaire. Yermak n’a ni femme ni enfants et est apparemment entièrement dévoué au travail pour Zelenski, trimant 24 heures par jour.

         Les exigences minimums sont de diminuer les persécutions de Porochenko et de Fiala à coup de sanctions et de poursuites judiciaires, de même que d’installer le candidat des « Sorosites » Oleksandr Tsyvinski au poste de responsable du Bureau de la Sécurité Économique et également de diriger la sélection des officiels des Douanes. Zelenski pourrait accepter tout cela. Quoi qu’il en soit, dans l’avenir, tout peut être inversé.



         Loyalistes qui grognent.

 

         La question- clé est de savoir pourquoi Zelenski a même décidé d’inverser la direction sur le front anti-corruption.

         Comme je l’ai signalé, les États-Unis n’ont pas joué un rôle significatif, dans cette histoire. La pression principale sur l’État ukrainien vient de l’UE, qui a diminué son financement et coupé la route de l’Ukraine pour l’adhésion à l’UE, à cause de ses attaques contre NABU/SAPO.

         Dans la mesure où chacun sait que l’Ukraine ne fera jamais partie de l’UE, c’est assez ironique. L’UE a elle-même imposé de durs tarifs douaniers  contre les produits ukrainiens il y a plusieurs mois, une disposition dont les officiels ukrainiens ont dit qu’elle mènerait à des milliards de pertes. En dépit de tout ça, Zelenski a encore déclaré aujourd’hui qu’il s’était mis d’accord avec Ursula Von Der Leyen au téléphone pour que le Parlement approuve la nouvelle loi annulant 12414.

         Nous partageons la même vision. Il est important que la nouvelle loi soit adoptée la semaine prochaine.

         Il est très démocratique qu’un dirigeant étranger et un président aient un contrôle total sur la façon dont vote le Parlement, je suppose.

         Quoi qu’il en soit, ceci aura de sérieuses conséquences sur le contrôle par Zelenski du Parlement. Comme je l’ai déjà écrit de nombreuses fois, le président a lentement perdu toute poigne sur les parlementaires en temps de guerre. Ce qui fut autrefois une majorité sans précédent, historique, de Zelenski sur le Parlement s’est lentement érodée, avec des députés de plus en plus mal à l’aise à voter des lois impopulaires monumentalement, malgré la pression du président. Beaucoup d’entre eux ne viennent plus voter et un certain nombre d’entre eux ont même fui le pays.

Arakhamia


         J’ai aussi parlé du conflit entre le chef de la fraction parlementaire de Zelenski, David Arakhamia et le gestionnaire en chef du président, Andriy Yermak. Est-ce que Arakhamia pourrait s’allier avec les libéraux-nationalistes contre Yermak ? C’est sans doute improbable, mais à considérer.

         Ce qui est plus probable, c’est que les parlementaires seront moins enclins à voter pour la législation de Zelenski. Ukraïnskaya Strana a échangé avec un parlementaire mécontent qui avait voté la loi controversée :

         « Les conséquences du retour en arrière sont absolument claires – un effondrement de la possibilité de gérer le système tout entier, une vague d’affaires criminelles contre le cercle intérieur du président soulevées par le NABU, et la perte de contrôle de la situation dans le pays par le cabinet du président. Mais la question principale est : pourquoi est-ce que Zelenski a fait des concessions ? parce que Petia (l’ancien président Porochenko qui, selon le cabinet de Zelenski,  aurait participé à l’organisation des manifestations) et aurait poussé quelques milliers de gens avec des pancartes en carton dans les rues ? Parce que les Européens s’inquiètent ? Parce que Starmer et Macron lui ont passé un coup de fil ? Et qu’est-ce que leur inquiétude peut changer ? Quelqu’un croit-il sérieusement que l’Europe aurait cessé d’envoyer de l’argent et arrêté les fournitures d’armes, parce que le NABU aurait vu ses pouvoirs entravés ? Personnellement, je n’y crois pas. C’est inimaginable. Et, c’est notable, Trump et le Département d’État restent silencieux. Pourquoi ? Parce que le NABU est une entreprise du parti Démocrate. Toutes les actions NABU et celles de leur groupe de soutien ont été développées durant l’administration Biden. Et, à présent, ce système ressemble à un cavalier sans tête. Trump l’a déjà décapité à Washington mais le corps – L’USAID mondial — continue à se mouvoir dans une direction prédéterminée. En se servant de son influence dans les médias occidentaux, des structures de l’UE, de la verticalité anti-corruption et du groupe de soutien en Ukraine. Mais il n’a plus de tête. Alors tout ce qui survient à présent est une attaque psychologique. Et je ne comprends pas pourquoi Zelenski a décidé de reculer » a dit un membre du Parlement.

         Strana et d’autres, comme Dubinski, le parlementaire en taule ont aussi soulevé l’idée que Zelenski pourrait secrètement ordonner à ses députés de voter contre la nouvelle loi. Il prétendrait ensuite ceci : « Je voulais restaurer l’indépendance  de NABU/SAPO, mais le Parlement a saboté mon initiative ». Dans l’espoir que les manifestations de rue s’éteindraient, manquant d’une cible claire.

         La Rada

         Cependant, les sources de  Strana doutent d’un tel scénario. D’après ce média, Zelenski a ordonné à ses parlementaires de voter pour la nouvelle loi restaurant l’indépendance de NABU/SAPO.

         « Pour l’instant, on n’attend aucune surprise. L’ordre est déjà donné de se rassembler la semaine prochaine et de voter. Qui plus est, après que le cabinet du président ait forcé les députés à voter pour dépouiller NABU de ses pouvoirs  — tout ça pour que Zelenski retourne sa veste et déclare que ceux-ci devaient être restaurés, blâmant la Rada pour ce qui s’est passé, il y aura peu de parlementaires souhaitant jouer le jeu « le président soutient l’indépendance de NABU, tandis que les députés s’y opposent » a dit un parlementaire.



         Alors comment est-ce que Zelenski obtiendra les votes annulant la loi 12414 ? Les vacances du Parlement jusqu’au 20 août ont été annoncées juste après que la loi 12414 ait été adoptée. Et les sources de Strana pensent que si les manifestations s’amenuisent, le Parlement pourrait « oublier » de voter pour la nouvelle loi — comme ça s’est passé plusieurs fois auparavant, pendant des mois, en ce qui concerne des lois dont Zelenski n’avait rien à secouer.

         Les sources de Strana disent les choses suivantes sur la loi inversant 12414 :

         « Certains se sentent trahis parce qu’on les a persuadés de voter pour la loi 12414, et ça a tourné comme ça. Mais des sentiments analogues sont partagés par ceux qui l’ont voté avec enthousiasme : pour eux, c’est également une trahison. Ils ne veulent pas voter sous pression. Certains disent qu’ils ne reviendront pas de leurs vacances à la mer. Peut-être que leurs votes seront remplacés par ceux des partisans de Porochenko et de Holos (le parti le plus atlantiste) et d’autres groupes parlementaires. Mais les 263 votes pour la précédente loi sont très improbables »

         Cependant, d’autres sources parlementaires croient que la nouvelle loi passera à la Rada.

Yermak


         En dehors des députés du parti Serviteur du Peuple de Zelenski et des vestiges  de la Plate-forme pour la Vie pro-russe, son alliée, l’autre groupe qui a voté pour 12414, était composé de députés du parti populiste de gauche Batkivshchyna, dirigé par l’inévitable Ioulia Tymoshenko (Princesse Orange de 2004, ndt)

Oleksyi Kuherenko, un député du parti qui a voté en faveur de 12414 a dit ceci à Strana :

          Batkivshchyna mènera une discussion interne sur la nouvelle loi présidentielle. Ma position personnelle est que je n’ai pas honte de mon vote, et j’ai beaucoup d’arguments pour le défendre. Malheureusement, dans une atmosphère d’hystérie, il est presque impossible de discuter des questions sérieuses — en particulier avec les démagogues et les opportunistes. Néanmoins, je crois en la possibilité d’un compromis. L’essentiel est qu’il doit être effectif et s’assurer d’une véritable vérification mutuelle entre des institutions d’État.

         En dehors des parlementaires assiégés de Zelenski, d’autres forces relèvent la tête. À savoir Igor Kolomoïski, l’oligarque-requin qui a autrefois terrorisé l’Ukraine, mais est emprisonné depuis 2023 par son ancien protégé Zelenski. Strana cite la source suivante :

         « Le problème n’est même pas que tout le monde voit qu’il est possible maintenant de manifester et que cela se produira sur tous les sujets petits ou grands. Et qu’ils soient devenus à présent un prétexte de rassemblement. Il y a des tas de gens désireux de se « joindre à la lutte » contre le président, à commencer par le prisonnier principal, (référence à l’affairiste Igor Kolomoïski, détenu en préventive à Askold Lane) et toute la liste », dit une source ayant accès à Bankova, (La rue où se trouvent les bureaux du président).

La Rada

     Enfin, un post sur telegram du relativement intéressant compte anonyme Krippa’s Hole a donné une vision de la situation dans la fraction parlementaire de Zelenski aujourd’hui (28 juillet). La question de l’immunité est évoquée en référence aux nombreuses rumeurs selon lesquelles de nombreux députés ayant voté pour 12414 ne veulent pas voter pour son annulation, craignant des représailles de NABU.

         Au sein de la faction « Serviteur du Peuple » on constate une révolte. Environ 70 députés exigent le retour des « enveloppes » — paiements en liquide qui ont cessé au début de la guerre — de même que des garanties d’immunité contre les poursuites pénales. Le chef de cabinet Yermak menace les mécontents de visites personnelles du chef du SBU Maliuk, tandis que David Arakhamia, le contremaître de cette faction envoie des SMS promettant la sécurité à ceux qui « reviennent à la raison » — ou du moins y prétendent  d’une façon convaincante.

         Données décisives

         Quoique Zelenski ait l’air assez idiot en l’occurrence, il semble aussi qu’il ait réussi à y gagner quelque chose. À savoir, la possibilité, ces derniers jours ; de s’emparer de quantités considérables d’information sur son cercle rapproché. Le parlementaire Volodymyr Kourenoi a spéculé à ce sujet sur Face book le 25 juillet :

         « Une chose supplémentaire : selon les rumeurs, pendant la courte période où la « nouvelle » loi s’appliquait, certaines affaires très proches du cabinet du président auraient été transférées de NABU au bureau du Procureur Général. Je ne sais pas si c’est vrai. Il serait par exemple intéressant de déterminer si l’affaire Myndich est toujours confiée à NABU ou non. »

         Il faut noter que les enquêtes sur Myndich étaient très complètes ( il a été arrêté en juin 2025 pour une corruption sur appel d’offres d’État se montant à 664 millions de Gryvnias) comprenant une mise sous écoutes de son appartement. Zelenski était connu pour fréquenter souvent cet endroit et parler avec de la vie avec lui, d’après Ukraïnskaya Pravda.

         Cette même publication a écrit croire que Zelenski figurait dans une écoute de l’appartement de Myndich — apparemment, celui dans lequel s’était rendu le président pour son anniversaire en 2021 (malgré la quarantaine COVID). En bref, l’enregistrement pourrait mettre le feu aux poudres.

         L’analyste libéral lié à Fiala, Mykola Davidiuk a également évoqué les tentatives de décoder les données de l’enquête NBU sur Myndich dans une interview du 27 juillet.

         « Le disque dur est encodé, chiffré. L’information est protégée… ON m’a parlé de 800, certains disent 700 (policiers fidèles à Zelenski déchiffrant les données) d’autres 650, j’ai encore entendu 930. Je crois qu’on a donné des chiffres différents à différents endroits pour découvrir qui les révélait. Une feuille Excel — qui a fuité quoi, quel témoignage a été donné.

         Quelle époque excitante ! Je tiendrai mes lecteurs au courant.

         Peter Korotaev.

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