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4.1.25

Poésie sous les bombes 2

 

 

 

Véra Kobzar, est présidente de l’Union des Écrivains de Belgorod, poétesse publiée dans de nombreuses revues depuis une quinzaine d’années. Maxime Bessonov est directeur de la bibliothèque pour enfants de Belgorod Albert Likhanov, et poète récemment primé à Moscou.

Longues nuits d'hiver


 

Je ne te retiendrai pas chéri — à quoi ça sert

De, sur ses genoux, retenir le vent !

L’oiseau de nuit crie sans se taire,

Dans des veines tremblantes se glace le sang !

 

Que me raconte et que va prophétiser

De l’oiseau de hasard le chant anxieux ?

L’eau patiemment la pierre va user—

Ce que nous ignorons n’est connu que de Dieu.

 

Le ciel frémit par sa voie lactée,

Épineux et relié à toi et moi le chemin.

Si l’autre est plus jeune et plus en beauté,

Tu peux la rejoindre ! Mais de toi elle n’a pas besoin !

Véra Kobzar

 

Не стану держать тебя милый – что толку

Ветер держать у себя на коленах!

Птица ночная кричит без умолку,

Кровь даже стынет в трепещущих венах!

 

Что мне расскажет и что напророчит

Птицы случайной тревожная песня?

Камень вода терпеливая точит –

То, не знаем, лишь Богу известно!

 

Небо колышется звездою чашей

Путь наш с тобою тернист и завьюжен.

Если другая моложе и краше,

Можешь идти к ней! Но ты ей не нужен!

Вера Кобзарь

 

La fumée flotte, les veines étirant

De la ville, tressant des cordes avec elles

Destin exauce le caprice — n’importe lequel —

Fusse sans dextérité ni talent.

 

Faisons-le n’importe comment, voici les croix,

Ici on annule — on n’annule pas — les défis

Parce qu’il n’est point de lieu en Russie

Que dans son viseur infra-rouge Dieu ne regarde pas.

 

La dictature de la prunelle affamée.

Du bois grisonnant flotte la fumée.

Si la mort s’infiltre par les conduits,

Cela signifie-t-il que bien plus simple est la vie ?

Maxime Bessonov

 

 

Дым плывёт и тянет жилы из
города и вьёт из них верёвки.
Исполняй, судьба, – любой каприз –
пусть и без таланта и сноровки,

сдюжим по-любому, вот те крест,
здесь отмена – не отмена – вызов,
потому что нет в России мест,
где Господь не смотрит в тепловизор.

Диктатура жадного зрачка.
Дым плывёт из отсыревшей рощи.
Если смерть приходит с кондачка,
значит ли, что жизнь намного проще?

 

Максим Бессонов

 

27.12.24

Poésie sous les bombes

 

À Belgorod, près de la frontière ukrainienne, où j’étais la semaine dernière, les passants ne s’émeuvent plus trop lorsque retentissent les sirènes de la dizaine d’alertes aériennes quotidiennes, drones et missiles. Ils ne pressent le pas, ne piquent le sprint, que lorsque résonnent les déflagrations, sans savoir si les projectiles volants ont atteint leurs cibles, ou si c’est la DCA qu’on entend et qu’ils ont été abattus.

Pendant ce temps, certains, certaines écrivent des vers en scrutant le ciel…

Moloch-Baal, réalité de la guerre.


 

(Vers traduits du russe par Thierry Marignac)

 

 

 

Au son des sirènes

 

Tu dis « Dieu », mais ça sonne comme « aux abris ».

Mais la marmaille shoote dans la balle

Pendant qu’au-dessus de ton crâne à cet instant précis

La mort vole, et qu’importe comment tu te planques brutal.

 

Le smartphone, si profond que tu l’aies enfoncé,

Va ressortir et devant tes yeux se dresser.

La peur est ordinaire, dès l’instant

Où pour de la peur, plus on ne la prend :

 

De l’hirondelle — d’où qu’elle ait surgi —

Le ciel transmet l’esprit rapidement.

Sous la fenêtre, le concierge se tait pour sa vie

Regardant au-dessus de lui le plumage volant.

Maxime Bessonov.

 

Под музыку сирены

***

Скажешь «Бог», а слышится «отбой».
Впрочем, детвора пинает мяч
в этот миг, когда над головой
смерть летит, и как её ни прячь,

глубже ни заталкивай в смартфон,
выползает и стоит в глазах.
Страх обыден, если только он
не воспринимается как страх:

ласточки – откуда ни возьмись –
небо быстро переводит дух.
Дворник под окном молчит за жизнь,
глядя на летящий сверху пух.

 

 

Cartouche en réserve

Je ne suis pas en chargeur, mon tir est lent,

Dans une boîte pour l’instant je suis cachée,

La fusillade des disputes déjà va se calmer,

Le soleil plonge vite vers le couchant.

 

Je ne suis pas en réserve, mais à l’avant-garde sur le flanc

Le tireur se hâte, mon prix connaissant :

Je suis en réserve, peut-être la dernière !

C’est ainsi que mon chant n’est pas encore chanté, retardataire.

Véra Kobzar

 

 

 

 

Запасной патрон


Я – не в обойме, выстрел мой не скоро,
Я до поры в коробочку упрятан,
Уже стихают перестрелок споры,
И солнце быстро движется к закату.

Я - не в обойме, но на фланг передний
Спешит стрелок - моя цена известна:
Я запасной, а может быть последний!
Поэтому, моя не спета песня.



•       *  *