24.8.26

Séminaire de poésie comparée

 

         Dans cette adresse à titre posthume à l’un de ses Grands Anciens, l’énigmatique Khodassevicth, le jeune poète Ryjii (21 ans) le couronne des pouvoirs de l’ellipse au bord de l’abîme. La tentation d’instaurer un dialogue imaginaire entre le poète des bas-fonds d’Ekaterinbourg et le dandy de Pétersbourg (de Capri où il rejoignit Gorki) était trop forte ! Chez l’un et l’autre, l’obsession de la mort est un moteur poétique, Chez Ryjii elle est souvent criante, chez Khodassevitch, elle est plus en sourdine. Plus qu’un exercice d’admiration du cadet, son poème semble une volonté d’entrer dans les pas de son illustre prédécesseur. À Ekaterinbourg, on regarde beaucoup vers Pétersbourg et ses enluminures. Ryjii ne cachait pas sa fascination pour la ville. Le poème suivant du recueil est un portrait d’Alexandre Blok. Ci-dessous, le grondement étouffé de Khodassevitch, fait écho à l’ironie grinçante de Ryjii.

 

(Vers traduits par Thierry Marignac)

 

Vladislav Khodassevitch.

 

Khodassevitch

 

…Ainsi vous avez commencé, sévère —

         Comme déjà trépassé.

Si imposant vous vous taisiez

         À l’ultime frontière.

 

—Non avec compassion — vos vers

         Je regarde avec froideur extraordinaire.

Ce que par le silence vous disiez,

         À personne ne vais le révéler.

 

Mais lorsque, marchant vers les tourments,

         J’entrerai dans un enfer élégant,

Je vous dirai : « Donnez-moi la main,

         Comme je suis content, donnez-moi la main. —

 

Vous avez su, en Dieu croyant

         Si justement et légèrement,

Haïr aussi cruellement

         Ses anges blancs… »

         Boris Ryjii, novembre 1995

 

Ходасевич (...Так вы строго начинали...)

...Так вы строго начинали –
Будто умерли уже.
Вы так важно замолчали
На последнем рубеже

На стихи – не с состраданьем –
С дивным холодом гляжу.
Что сказали Вы молчаньем,
Никому я не скажу.

Но когда, идя на муку,
Я войду в шикарный ад,
Я скажу Вам: «Дайте руку,
Дайте руку, как я рад, –

Вы умели, веря в Бога
Так правдиво и легко,
Ненавидеть так жестоко
Белых ангелов его...»

 Борис Рыжий 1995

 

 


         Crépuscule

 

La neige s’est accumulée. Tout s’est tu, assourdi.

Le long des ruelles s’alignent les maisons désertées.

Un humain marche. Comme un couteau il s’est enfoncé —

Contre une barrière s’est appuyé et n’a pas gémi.

Et du vent, le souffle neigeux,

Et du soir, l’imperceptible fumée —

Précurseurs du repos bienheureux —

Tourbillonnent librement au-dessus de lui.

Et noirs, les gens courent comme des fourmis

Des rues, des cours, entre nous dressés —

Et demanderont comment pourquoi on l’a tué —

Personne ne saisira comme je l’ai aimé.

Khodassevitch, 1921.`

 

Снег навалил. Всё затихает, глохнет.
Пустынный тянется вдоль переулка дом.
Вот человек идет. Пырнуть его ножом —
К забору прислонится и не охнет.
Потом опустится и ляжет вниз лицом.
И ветерка дыханье снеговое,
И вечера чуть уловимый дым —
Предвестники прекрасного покоя —
Свободно так закружатся над ним.
А люди черными сбегутся муравьями
Из улиц, со дворов, и станут между нами.
И будут спрашивать, за что и как убил, —
И не поймет никто, как я его любил.

 

Ходасевич  1921