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24.4.20

Cuz I got cat's class and I got cat's style…

         Ce matin, dans ma cellule de confiné, brusquement les messages ont afflué — du monde entier, et surtout de Russie, où un esprit mal intentionné avait affiché ma date d'anniversaire sur un réseau social ! Combien de romanciers, de journalistes de poètes, mes frères et sœurs d'armes!… Ça m'a fait l'effet d'une coupe de champ' au réveil!… S'en fout la Phrance et ses glorioles rances, je suis vedette internationale !… Parmi tous ces messages, le plus marrant, le plus enthousiaste était celui de notre chère Kira, joli épigramme qui valait tout de même une traduction!… (et je suis confus car je lui en dois quelques-unes…). Quel dommage qu'Édouard L. ne soit plus là pour qu'on en rigole !…
La neige  de printemps dans l'Oural, aujourd'hui…


Ттерри! Ура!
И ты родился
И словно баобаб
произощел,
Ты в день весенний к нам явился
И целый мир в восторг привел!
Твои романы, переводы, оды
Читают просвещенные народы
И в восхищеньи восклицает всяк:
Виват,
Камарад
д“Арманьяк!!!
Кира Сапгир

Thierry ! Hourrah !
Tu es né
Et tel un baobab
Un jour printanier parmi nous a surgi
Et le monde entier était ravi !
Tes romans, tes traductions, tes odes
Lisent les peuples éclairés
Et, admiratif, s’exclame chaque :
Vivat
Pour le camarade
D’Armagnac !

Kira Sapguir

19.3.20

La mort d'Édouard Limonov


Édouard Limonov, Thierry Marignac, mai 2019, Paris.

Mon ami Édouard Limonov, était plutôt un joyeux drille aimant la vie, la picole, l'amitié, le rire et les jolies femmes. À l'heure où les vautours vont se répandre sur les réseaux sociaux pour le descendre ou le sanctifier dans ses auras de personnage historique, de poète soldat, de leader radical, de porteur d'une vision du monde, chacun avec son ordre du jour politico-utilitaire, et reparler de son lamentable biographe, figure de l'impuissance malheureuse d'un certain type de grand-bourgeois à complexes, ce sont quelques détails personnels que je souhaite rappeler comme je viens de le faire pour le magazine Marianne.
 Pour le lyrico-taratata, selon l'expression de Gérard Guégan, les Grandes Têtes Molles de tous les bords s'en chargeront avec leur vulgarité coutumière. Édouard, qui avait tiré le diable par la queue, ce qui lui arriva aussi à Paris quand il jonglait avec les imprévisibles avances des éditeurs, nous nourrissait toujours quand on passait chez lui, recommandant la patience devant son ragoût, à nos estomacs de vingt ans sautant les repas comme si c'était la mode. À notre dernière entrevue, il y a quelques mois à Moscou, dès que je suis arrivé avec son camarade-factotum, Danil Doubschine, il a foncé aux fourneaux, bien que l'âge ait considérablement réduit mon appétit. Il m'a accueilli avec une blague, et m'a dit adieu sur une plaisanterie. Il était généreux, plein de tact et d'humour, aussi loin de l'affreux nazi dépeint par les imbéciles vendus du polar à bonne conscience, que de l'homme de marbre dont une certaine droite dogmatique a fait son fétiche.
Il est temps que ça se sache, Édouard était un grand poète, peut-être son meilleur talent selon moi, pour certains le meilleur de l'underground moscovite des années 1960. La fausse simplicité de ses vers est trompeuse, et ses décrochages, toujours voulus, obéissent à une tradition remontant à Khlebnikov.  Brodski, et même l'ambigu Evtouchenko, souvent tourné en dérision, avaient pour lui le plus grand respect. Un respect tel, que Evtouchenko, le retrouvant à New York, chez un milliardaire où Édouard travaillait comme majordome, lui tomba dans les bras à la stupéfaction du maître des lieux. Pourtant, à Moscou, à l'Union des Écrivains, Édouard lui avait cassé une bouteille sur la tête, dix ans plus tôt. De même qu'il avait insulté Brodski parce qu'il était pourri d'honneurs et d'argent. Édouard ne cessa jamais d'écrire des poèmes. Dans un de ses derniers recueils, en 2015, Cendrillon Enceinte, il précisait dans l'avant-propos, je cite: 
" Il s'agit déjà de mon septième recueil de poèmes depuis ma sortie de prison à l'été 2003.
Tout en ayant conscience qu'écrire des vers est une occupation quasiment moyenâgeuse, une sorte de monstruosité au XXIe siècle, je m'y adonne néanmoins comme à un vice…"
Le poème qui suit est plus ancien, datant sans doute des années 1980, puisqu'il y est question de Paris. On y retrouve sa déconcertante simplicité, et cette mélancolie native dont il ne parlait jamais mais qui ne le quittait pas. 
De là où il est, il me pardonnera j'en suis sûr, la loi martiale d'un virus cybernétique ne me permet pas d'autres adieux plus intimes devant sa tombe.


(Vers traduits du russe, par Thierry Marignac)

Le voisin anglais a mis sa veste de daim
Empoigné sa copine, est parti au ciné
Et n’est pas rentré avant deux heures du matin
J’ai vu par la fenêtre, à deux, ils sont rentrés




Dans Paris  si intense est le froid
Qu’on dirait la Sibérie — de Krasnoïarsk les confins
Et pas dans mon pays. « Je rentre chez moi ! »
Je me dirige moi-même vers une remise à rondins

Je vis comme un loup comme un loup je mourrai
J’ai mal à l’estomac, hier, je me suis goinfré
Le porc que j’ai mangé, de la soie me semblait
Mais je souffre à présent, j’en ai beaucoup mangé

Si j’avais une femme pour me dire  « Ça suffit !
Tu as assez mangé. Attends demain matin »
Mais puisqu’en tête-à-tête avec moi-même, je vis
Je ne mange qu’une fois par jour, un seau de bouffe à moitié plein

Vers quoi cette vie va-t-elle me mener
Comme tous vers ma fin, mais une fin solitaire
Je vois comme me balance sans manières
Dans une grande valise, un Monsieur étranger

Non il n’étend pas mes membres un à un
Pour qu’ils reposent légèrement sans frotter.
Son syndicat, vu qu’ils sont mal payés
Est en grève contre le destin…
Édouard Limonov
          *    *   
Сосед англичанин надел кожух
Подругу взял и пошел в кино
И не возвращался часов до двух
Вернулись вдвоем, я видал в окно 

В Париже холод такой густой 
Как будто Сибирь - Красноярский край
И нету дома. "Пойду ДОмой!"
А сам идешь в дровяной сарай 

Живу как волк и умру как волк
Вчера пережрал и болит живот
Свинину ел и была как шелк
Но много съел и страдаю вот 

Была бы жена, чтоб сказать:"Постой!
Довольно съел. Потерпи до утра". 
Но так как живу я вдвоем с собой
Так ем раз в дель и по полведра 

К чему эта жизнь меня приведет
Как всех к концу, а конец один
Я вижу как грубо мой труп кладет
В большой чемодан чужой господин 

Нет он не поправит за членом член
Чтоб мягко лежали,не терлись бы
Его профсоюз ввиду низких цен
Ведет забастовку против судьбы....
Эдуард Лимонов





22.12.19

L'Armée des Invalides de l'amour

El Greco

Souleïman Krymov avait une gueule émaciée, du genre que j’ai vu mille fois chez les camés d’Ukraine, à l’époque de « Vint, le Roman noir des drogues en Ukraine. », mon livre reportage sur la came en Ukraine, qui n’intéressait pas la politcorrectitude, à l’époque où l’Ukraine n’était pas sur la carte bobo-OTAN de l’information, en 2006. Non seulement la poésie de Souleïman était d’une puissance inédite, mais il m’était personnellement sympathique — mes antennes d’ancien camé localisait un « frère ». En réalité, je n’en savais rien ce n’était qu’une intuition. À la « saison intellectuelle » de Saki en Crimée, concours de poésie où participaient des Ukrainiens d’Ukraine ( je précise pour la politcorrectitude bobo-OTAN), il avait négligé de s’inscrire. Membre honoraire du jury, j’aurais voté pour lui. Il m’en fit le reproche, à l’époque, d’une façon véhémente, privé de toute récompense. Puis je lui dis qu’il  valait tous les participants réunis, mais qu’il fallait remplir les formulaires. Souleïman se calma. En 2019, il remporta le même concours, où je pus voter pour lui avec ce poème ébouriffant —, cette fois, il s’était inscrit :


INVALIDES DE L’ARMÉE DE L’AMOUR
Dans ce monde sans repos, éternellement :
Querelles, disputes, engueulades, en pleine tête les coups en pluie …
Dans les villas des riches, les appartements,
Les gens entre eux sont en conflit.
Pleurent les greluches, les hommes boivent de la vodka,
Et l’un l’autre se pourrissent le sang amicalement.
Et une unique raison pour tout cela —
N’ayant en vue, frère, individuellement,
Que ses propres malheurs et contentements.
Mais…
Tous dans ce monde, invalides, faisons les frais,
Invalides de l’amour, l’armée.

Dans la pauvre nature que peut-il se créer ?
 Seul le printemps ce qui est sien s’approprie,
Et s’ouvre la bataille pour les petites amies
Entre bêtes fauves abruties.
Qui des cornes, des sabots ou des ailes,
Diffusant, dépose sur l’autel —
Les fauves sont aussi invalides,
De l’armée de l’amour invalides.
Jette un œil, sur la fidèle perdition
À l’étang, soit l’étang — vers sa portée vient l’esturgeon.
Égaré, se noie le poisson —
Invalides de l’amour, l’armée.
(En effet, nous eussions pu y goûter).

En littérature, jette un œil, à présent :
Les personnages des livres sans itinéraire
Certains souffrent, certains font feu stupidement
D’amoureuses intrigues finalement funéraires.

Retour à la case départ, grand-mère
On a emmené aux urgences le grand-père.
Les héros de livres sont des invalides,
De l’armée de l’amour les invalides.

Combien de fois me suis-je enflammé,
Résultat, gueule de bois pour l’éternité !
À présent, pour la bouteille adorée,
Je rassemble mes roubles déchirés.
La dame de cœur sera à nouveau abattue,
Et le valet en roi jamais ne se mue…

P.S. Citoyens, donnez aux invalides,
De l’armée de l’amour, les invalides.
         1994, Kamtchatka, Elizobo.
Souleïman Krymov (ville de Saki, république de Crimée, Russie) Membre de l’organisation littéraire LITO de Saki et du club d’artistes « Février » (ville de Saki), auteur de livres de poèmes. Lauréat de plusieurs concours. Lauréat du concours international littéraire et musical «  Saison intellectuelle » dans la catégorie poésie et sous-catégorie « Amour » (Première place).
El Greco


Сулейман КРЫМОВ (г. Саки, Республика Крым, Россия) — поэт, член ЛИТО «Сакские  родники»  и   арт-клуба  «Февраль» (г. Саки), автор книги стихов. Победитель нескольких литературных конкурсов. Лауреат V Международного литературно-музыкального фестиваля «Интеллигентный сезон» в номинации «Поэзия», подноминация «Любовь» (1 место).

КУРС «ВСЕМИРНО-АМУРНО-АЛКОГОЛЬНОЙ И НЕ ТОЛЬКО, А ДАЖЕ БОЛЕЕ ВСЕОБЩЕЙ АЛЬТЕРНАТИВНОЙ ИСТОРИИ»
Пролог
ИНВАЛИДЫ АРМИИ ЛЮБВИ
Вечно неспокойно в этом мире:
Ссоры, склоки, свары, мордобой…
На богатой вилле и в квартире
Конфликтуют  люди  меж  собой.
Бабы плачут, водку пьют мужчины,
И друг другу дружно портят кровь.
А всему тому одна причина —
Это несчастливая любовь.
Только с виду, брат, у индивида 
Радости и горести свои.
Но... 
Все мы в этом мире инвалиды,
Инвалиды армии любви.

А в природе бедной что творится?
Только лишь весна берёт своё,
За подружек начинает биться 
Меж собою глупое зверьё.
Кто рога, кто крылья, кто копыта
Сообща кладут на алтари —
Звери, они тоже инвалиды,
Инвалиды армии любви.
Погляди, на верную погибель
Прёт осётр на нерест — пруд пруди.
Не по делу пропадают рыбы —
Инвалиды армии любви.
(Мы ведь ею закусить могли).

Загляни теперь в литературу:
Персонажи непутёвых книг 
То страдают, то стреляют сдуру
От амурных пагубных интриг.
Бабка у разбитого корыта,
Деда в неотложку увезли.
Книжные герои — инвалиды,
Инвалиды армии любви.

Сколько раз и я влюблялся пылко,
В результате — вечно на мели!
Нынче на заветную бутылку 
Собираю рваные рубли.
Дама бубен снова будет бита,
А валет не выйдет в короли...

P. S.
Граждане, подайте инвалиду,
Инвалиду армии любви.
                              1994 год.  Камчатка, Елизово