30.8.19

RADIO.04, journal




La guerre des monnaies
en bas
au marché

Quand trop c'est trop
nous avons des armes fantastiques
nous allons briser tous les vases
nous sommes un peuple libre”

La vieille même opération
un rally secret

Les gens attendent dans une boîte
répètant les gestes
tu arrives
et ils sont prêts

Une boîte cassée
une rue oubliée
“…tu as toujours la même excuse!”

Un petit pays
morcelé
avec tous les cents kilomètres
une autre terre
d'autres fruits

Comme une baleine
à l'intérieur
un hall

Des figures connus
des personnages en vue
ayant appartenu
au monde de la rue

Pour parler d'humanité

il reste la fiction…
Mais… un héros solitaire dans un monde en réseau ?

Elle n'est pas exprès
venue
moi je cherchais sa silhouette
menue

 Un feu sur l'autre rive
le Météor remonte au lac


Vincent Deyveaux, 2019

textes et photos

25.8.19

RADIO.03, journal


 


Un endroit immense
où mettre le soleil

Et la flèche se fiche
"…seize ice-cream dans ma poche"  

Des sangliers sur les ronds-points
avec leurs bacilles
leurs marcassins

Les cris de la foule :
"Arrêtez-le, arrêtez-le !"

Il tombe recommence
il compte et il descend
il remonte et hésite
recompte redescend

Sortir d'ici partir
te lever prendre ton blouson
vestibule au revoir

Des plages dans la ville
en haut à gauche

Ils savent comment vivre
ça fait la différence

Il prend un pseudonyme
pour être reconnu

"…dans une autre langue,
quand on veut lui parler, 

elle répond 
dans une autre langue"

La coquille s'est refermée
mon chou
le démon est rentré chez lui
au trou

Une guitare rock
en deux-mille-dix-neuf
 
Vincent Deyveaux, 2019

22.8.19

RADIO.02, journal



A un moment
tu vas sauter dans le bain

avec tout le monde
et tu diras 
"Oui d'accord !”
avec tout le monde

Un pays trop grand
des gens petits
condamnés

Non t'es bien à ta place
avec les chanteurs les militaires
“…le rock, ici, c'est perdu d'avance!”

Il te faut donner ta parole
on te fait passer une épreuve :
cocher les cases avec automobiles

“…des divans alignés sous une véranda,
du bois et des tissus, le jardin grande table,
avec Gérard, qui va répondre à nos questions”

Des tomes et des tomes
d'aventures citadines
des dialectes inouïs
un peuple stupéfiant

Des vélos nous passent devant
au pied de la montagne

Coller au succès
les bras ouverts à l'avance

Une nouvelle planète
la leur évidemment,
à 16,2 strates de la nôtre

On n'a plus le même age !
ça c'est terminé

Un fou, un dingue, et qui vit parmi nous,
si vous le voyiez, dans l'escalier…”


Vincent Deyveaux, 2019



20.8.19

RADIO.01, journal




Des petites villes 
avec des petits noms
à traverser
en faisant attention
aux autorités

Les dossiers secrets
sur les traces du tueur
on traque à la télé
les artistes
les compositeurs

Des lieux immenses
abandonnés
des résidences

L'avant-guerre
cet autre fin
sur les photos de ma jeunesse, une étrange tendresse…”

Un grand film coûte cher
démiurge c'est millions

On ne demande rien
mais on n'a plus le choix
ceci cela

Autrefois on était libre
avant l'invention du papier

Mec, tu as dû en vivre
pour écrire des chansons comme ça!
Où t'avais disparu, nous on t'aimait ? …

Des impasses 
qui se nomment
squares ou villas
un restaurant chinois 
rez-de-chaussée
Qu'est-ce-que tu dirais, Jean,

si j'avais tué quelqu'un par accident ?
le coup est parti…”

Une petite vie indigne
avec beaucoup de monde

Oh le cigare du grand-père
l'ami l'a fumé
et le feu sous le gaz
et le pli sur le lit
que faire ?



Vincent Deyveaux, 2019
textes et photos

10.8.19

Saison des amours

Konstantin Komarov

         L’amour, la poésie… On croirait une rengaine d’André Breton, dit Dédé-les amourettes, à sa mauvaise période… Mais c’est un thème estival, et la parité exige que nous nous consacrions un peu à nos lectrices… Nous connaissons à peine Konstantin Komarov, lauréat de plusieurs prix,  poète publié dans de grandes revues russes, telles que « Znamia » et « Novi Mir ». C’est un spécialiste de Maïakovski, vivant et travaillant à Ekaterinbourg, croisé fugitivement un soir d’ivresse où tout semblait possible au Centre Eltsine, laissant cette touchante dédicace sur son recueil « Bons baisers de Sverdlovsk » (Sverdlovsk est l'ancien nom d'Ekaterinbourg à l'époque soviet). Nous le connaissons aussi peu que Sémione Piégov,  poètes entrevus en un clin d’œil, dont les vers cryptés résonnent plus tard dans la mémoire. Quelle chance que cette vie « universellement hâtive », quelle chance que la poésie en terre russe, un des derniers bastions !…

Poème de Konstantin Komarov
(Traduit du russe par Thierry Marignac)
Je suis sorti de la chambre comme on sort du coma,
Comme parfois le matin d’un mauvais rêve de gueule de bois,
Je suis allé en ville et tant de visages connus j’ai vu
Je voulais leur dire,  m’en suis abstenu et n’en parlerai plus.

On se tait, on observe, on fume, genre fardeau allégé,
On se sent presque dans le monde, comme en paix,
Comme si l’avant-bras luxé provisoirement se remettait
L’espace est adroit, quoique chirurgien sans pitié.

De plus je crois, par quelque ridicule hasard
Lorsque régresse, déversée grappe à grappe ma langueur,
Que nous nous croiserons demain, que tu es quelque part,
Que pour ton propre usage je te lis par cœur.

Et chante l’été, et à chaque fenêtre une moustiquaire,
Et comme toujours c’est là que ça tourne à la sinistrose
Voilà que les toxicos se détachent de l’aiguille somptuaire
Et que le manque les renvoie aussitôt au dealer pour leur dose.

Et si j’étais avec toi on se promènerait main dans la main
On mangerait de la barbe à papa, on irait au ciné et dans les jardins
Tu sais, j’arrive sans croire de mon cœur le battement,
Comme si j’étais vivant,  mais ce n’est pas mon cœur pourtant.

Et à nouveau comme d’habitude les murailles se mélangent avec la vérité,
Et à nouveau l’acide du mélange s’écoule dans les yeux fatigués
Et prend la relève de la douleur, clairvoyance coutumière :
Laisser deux rimes — et retourner en arrière.

Je ne souhaite pas à mon ennemi, de partager un tel destin,
Ligne à ligne se referme un axe mortel,
Je te recouvrirai d’une couverture si tu viens,
Grande et belle pour que nous dormions mieux sous elle.

Et nous nous étonnerons, par un léger chatouillement, éveillés,
Des italiques fresques du matin surgies à nos lèvres à l'instant.
Ainsi, je ne réveillerai pas des derniers pincements ,
Les blessures, qu’à la pointe du crayon je fais seul à mon cœur dépouillé.
Constantin Komarov.


 Я вышел из комнаты так, как выходят из комы,
как утром порой из похмельного сна выхожу,
я в город пошёл и увидел там много знакомых,
хотел им сказать, но не стал и уже не скажу.

Молчишь, наблюдаешь и куришь, и будто бы легче,
и в мире себя ощущаешь почти, как в миру,
как будто бы времени вправило вывих предплечья
пространство – умелый, но очень жестокий хирург.

К тому же я верю с каким-то нелепым азартом,
когда отпадает, налившись, как гроздь моя грусть,
что ты где-то есть, что с тобою мы встретимся завтра,
что я прочитаю тебя для тебя наизусть.

А лето поёт, и на каждом окне накомарник,
и вот как всегда мне становится муторно тут,
вот так вот наивно слезают с иглы наркоманы
и с первой же ломки за дозой к барыге бегут.

А будь я с тобой, мы б ещё погуляли за руку,
поели бы сахарной ваты, сходили бы в парк и в кино,
ты знаешь, вот я прихожу и не верю сердечному стуку:
как будто живой, а стучит всё равно не оно.

И снова привычно мешаются с истиной стены,
и вновь кислота этой смеси течёт по усталым глазам,
и боли привычной прозренье приходит на смену:
две рифмы оставит и тут же уходит назад.

Врагу не желаю, чтоб этим судьба оделяла,
строка за строкой замыкается смертная ось,
когда ты придёшь, я укрою тебя одеялом,
большим и красивым, чтоб нам под ним крепче спалось.

И мы удивимся, проснувшись от лёгкой щекотки,
от росписи утра курсивом по нашим губам.
Поэтому я и не сыплю последней щепотки
на раны, что грифелем делаю на сердце сам.


Константин Комаров.