29.10.19

RADIO 09, journal



D'abord officier de police
il devient acteur 

Un héros trouble 
une famille petite ville 
tu fais dix pages et tu t'arrêtes 
vas voir tes personnages à la fenêtre :  
"… sur leurs visages à tous, 
se dessinait l'élan impulsé par les dieux." 

Le bon ou le vilain
également heureux
ou malchanceux

Une issue au malheur :
la bonne vie
la fabrique du héros qui renonce

Douce
simple 
paisible
une maison
il possédait la bonne vie 
le bonheur domestique

Ils avaient raison
tous ceux qui disaient que
 
"Tu as besoin de gens comme moi, 
alors souhaite une bonne nuit au sale type…"


Vincent Deyveaux, 2019

20.10.19

RADIO 08, journal


Un voyage en Allemagne 
avec des filles jeunes 

 "Parce que c'est elle qui va rester 
auprès de vous toute une vie, 
pour ça on a le slow, 
pour écouter le coeur de votre partenaire" 

J'ai acheté des enceintes 
deux petites femmes 
à disposer 
à droite à gauche 

Mais dans l'escalier 
on le pousse 
guitare et cuivres 
il doit se mettre à la musique
il doit faire partie d'un groupe 

La cause perdue 
il choisit
la cause perdue 

Le Japon est trop loin
île du Pacifique

Un grand rêve érotique 
avec beaucoup d'actrices 
de moyens 
d'assistants
 “… trés intellectuel, beaucoup à regarder” 

Un tout petit village
jaune et vert 
j'en fais des confettis longtemps après 

Un appareil à vagues 
sur l'autre rive 

Vincent Deyveaux, 2019

15.10.19

RADIO 07, journal

  
Faire du sport
de la danse 

du chant 
descendre dans le sud 
à Astrakhan 


Ils t'auront aidé 
ils auront essayé 
et puis ils auront dit :
“Oh, il est fanny!…”


Mais que tu marches si vite 
même en ayant tort 
ça on ne comprend pas !

Un sac fermé depuis des ans 
ils se sont bien occupés de toi 
de tes affaires et de tes rêves 

Il pense à l'assurance 
au futur 
puis il secoue la tête 

N'approche pas 
jeune ridé 
please 

Une victime présumée 
assigne un héritier
interpellation à Saint-Ouen 
la faute aux parents 


Vouloir montrer le laid

au moment favorable 

Tous ces gens dans ta tête
t'es vieux et tu t'entêtes 

Si tout avait marché pour lui 
il serait moins accomodant 
(et il serait pas revenu)

Les gens veulent des maîtres
des types qui passent à la télé

Vincent Deyveaux, 2019

11.10.19

RADIO 06, journal



Il trouve un argument à la cuisine 
entre l'évier et la cocotte

Oh non 
pas avili 
même s'il parle avec ce ton bizarre 
amoindri 
mais gentil 

Deux frères 
par voie de presse 
qui est écrivain cinéaste ? 

Faire une pause dans la défaite 
deux-trois jours sans rien 

Tu te retournes 
et rentres dans quelqu'un 
dans le séjour 

C'est un crime 
qui s'est produit sur ce petit voilier
entre le continent et les îles anglo-normandes 

Vraiment 
des types dangereux 
ils passent toute la journée 
sur un fond bleu 
ensuite ils quittent 
trés impressionnant 
l'établissement 

Je compte sur ta discrétion 
excuse-moi pour ces épanchements

 “…ils vont se rencontrer dans la petite ville 
où il est venu travailler”

Un livre inachevé 
il désignait les assassins 
toutes les preuves ont disparu 
il met en cause les enquêtes

Comme un éléphant
cette couleur
ce divan

Le bruit de l'eau 
avec les oeufs
petits ciseaux
le carnet bleu


Vincent Deyveaux, 2019

6.10.19

KIRA SAPGUIR CONTRE SERGE GAINSBOURG

© Michel Quarez
         KIRA SAPGUIR ET LE SHOW-BUSINESS
(TRADUIT DU RUSSE PAR TM)
         —Pardon, Mademoiselle, vous ne voudriez pas faire du cinéma ?
         Ainsi s’adressa à moi une jeune fille efflanquée aux cheveux jaunes portant une casquette de base-ball et une caméra vidéo, au moment même où dans le wagon, je corrigeais un maquillage que la chaleur faisait dégouliner.
         Ça se passait en plein mois de juillet caniculaire, dans un Paris suffocant. Je traversais Paris, dans un wagon de métro plein de crachats, pour aller au musée Carnavalet. Dans mon dernier souffle, anticipant la fraîcheur du marbre des arcades, les murailles, les escaliers du manoir, le cocktail et le concert de l’orchestre tsigane « Balalaîka ».
         —Je suis assistante du film de Serge Gainsbourg, poursuivit la jeune fille. Vous ne voulez pas tourner dans son film « Charlotte pour toujours » ?
         Bon sang ! Un peu que je veux ! Bien sûr que oui !
         —Attendez, attendez, il y a une petite nuance, vous devez… comment vous expliquer ? Selon le scénario vous devez, excusez-moi… Vous allonger au lit avec lui ! Et sa fille Charlotte fait une scène de jalousie. Vous n’avez rien contre ?
         Moi ? Mais je ne refuse rien sous le soleil ! Bien sûr que je suis d’accord ! Tu parles ! Toutes mes copines vont en crever de jalousie ! Ont-elles seulement rêvé d’être à ma place ?… Dans le même lit que l’idole des années soixante qui choquait le bourgeois.
         Voici qu’aujourd’hui, deux décennies après sa mort Gainsbourg provoque le public avec des affiches de cinéma de Georges Sfar, placardées dans tout Paris. Un profil d’hippocampe, le sourcil froncé avec arrogance, les paupières baissées, méprisantes ; des volutes de fumée tout autour — de quoi enrager les croisés anti-tabac.
         Sur l’affiche, une inscription : « Serge Gainsbourg : une vie héroïque ». En aucune façon, il ne s’agit d’un « Biopic » (film sur des gens remarquables, dans le style américain). En réalité, ce genre de film semble bien moins fidèle qu’un conte de fées. Le héros de ces films y ressemble à un héros de bandes dessinées, super-héros, monstre sacré,  conquérant tous et tout grâce à son talent, son esprit et son charme monstrueux. Chez Sfar, il semble imaginaire, comme esquissé par un trait de crayon, louche, mal rasé, un mégot collé à la lèvre inférieure — comme je l’avais vu à… Mais n’allons pas plus vite que la musique.
         Le lendemain matin, mon téléphone était en surchauffe ! Je racontais à absolument toutes mes copines, que je ! Oui, moi ! On m’avait convié à un film et pour qui ? Mes copines n’en pouvaient plus, je m’enviais moi-même !
         Avant d’aller au casting, j’ai foncé aux puces pour acquérir tous les accessoires. Mes prises de guerre étaient un peignoir noir transparent, brodé de feuilles d’or, des mules de harem avec des pompons en plumes bouffantes de cygnes épinglées que je fourrai dans des sacs avant de m’en aller vers les studios « Pathé » dans un émoi indescriptible.
         « Allez au couloir N° 1 » m’a –t-on averti à l’entrée. Lorsque je suis entrée, je me suis figée : la salle était pleine de jeunes filles encore en âge d’aller à l’école. L’embouteillage d’adolescentes m’a rappelé un cauchemar récurrent dans ma vie entière : comme dans ce mauvais rêve me revoilà à un pupitre scolaire, et j’essaie de toutes mes forces de cacher que je suis adulte !
         Ça a duré une éternité. Une Lolita après l’autre (il s’avérait qu’elles étaient toutes candidates au rôle de copine de Charlotte) disparaissait aux confins du studio. Enfin mon tour. Dans une tenue excentrique, dansant sur mes mules devant la caméra, d’une façon inattendue pour moi-même (clairement par nervosité) je me mets à chanter : « Inceste de citron », version russe.
         Dans le demi-jour du studio s’est soudain matérialisé  une silhouette : blue-jeans, gestes décontractés, célèbre cigarette pleine de salive collée aux lèvres… Il s’agissait donc de …
         —Voilà… Chantez quelque chose en russe, grasseye l’idole.
         À nouveau, une inspiration folle m’envahit et j’improvise (cette fois en français) une chanson de cabaret d’émigrés « Je suis une mite noire, une chauve-souris… ».
         Hélas ! Pas du tout la chose à faire ! J’avais « perdu la tête » ! 
         —Vous avez un accent slave, une individualité spécifique, a énoncé l’idole. Il faudrait que je modifie le scénario à cause de vous et j’ai la flemme.
         Son individualité, il se la réservait entièrement à lui-même.
         Kira Sapguir.

En exclusivité Mondiale pour ANTIFIXION, la traduction en russe du « Poinçonneur des Lilas » par Kira Sapguir :


С добрым утром, парижане,
Я билетный контролер
Дырокол в моем кармане
И «Нувель Обсерватёр»

В зимний холод, в летний зной
Нету солнца под землей
И луны там нету
Я и летом, и зимой,
Пробиваю день-деньской
Дырочки в билетах
           
С осени до лета
С осени до лета
Пробиваю дырочки
                дырочки в билетах
            дырочки, дырочки, дырочки в билетах

Утром и на склоне дня
В куртке завтрак  у меня,
Свежая газета;
У Сиреневых ворот
Пробиваю что ни год
Дырочки в билетах

До ночи с рассвета
До ночи с рассвета
Пробиваю дырочки
                дырочки в билетах
            дырочки, дырочки, дырочки в билетах

           
И когда придет мой срок -
Продырявлю я висок
Пулей пистолета;
В небо дармовой проезд,
Все ж нельзя там ездить без
Дырочек в билетах
            дырочки, дырочки, дырочки, дырочки......................

Автор:
Серж Гинзбург

Перевочица:

КИРА САПГИР



2.10.19

RADIO.05, journal



Un cri de femme dans l'ordi
la vieille école
avec chansons
bandits

Un combat dans la rue
dans la street

Un peuple réduit
“disparu ou chassé de la terre” 

Tête inquiète
la bouche entr'ouverte
le cheveu rebelle
il ne nous reste que ce portrait
ce plâtre

Tremble le sol
et toute la rue tremble
de grands insectes ont envahi le ciel

Tu te réveilles à l'étranger
dans un hôtel
les yeux fermés

Descendons jusqu'au lac
nous allonger sur les rochers

que les glaciers ont déposés

Les espaces infinis n'existent pas
il faut boutonner sa chemise
répondre au téléphone

Une petite affaire 
avec quelques amis qui en disent du bien 
ça peut durer des décennies

“…la partie ludique de mon âme, 
sans laquelle je suis ennuyeux à moi-même”


Vincent Deyveaux, 2019