25.7.26

Feux de tourbe à Moscou 2002

 


            Tout d’abord, l’énigmatique Popov m’avait égaré. De quoi parlait-il ? Et aussi sec, ça m’est revenu… Un été brûlant, il y a un quart de siècle, à Moscou. Doukhovski, ami et secrétaire de Limonov, m’avait prêté son appartement, en vacances quelque part avec sa femme. C’était dans une proche banlieue, un vieil immeuble décrépit, Khroutchevski perdu au milieu des tours géantes construites après l’URSS. Un matin, une odeur âcre de fumée passait par les fenêtres mal équarries…  au carreau, une purée de pois gris clair presque impénétrable, dérobant les tours voisines soudain fantomatiques, aux allures d’iceberg dans la brume. Les champs de tourbe des alentours de Moscou brûlaient, les vents rabattaient la fumée. Cela dura des jours et des jours, des semaines, dans ce brouillard on perdait la notion du temps. Descendre à l’épicerie était une décision sérieuse, une expédition où il fallait prendre des repères sur tout le chemin, sous peine de se perdre corps et bien dans ce brouillard blanc cassé et malodorant. Les silhouettes des passants aux contours mal définis étaient spectrales. Prendre rendez-vous en ville était une chimère, on ne s’y risquait pas. Au bout de quelques jours, le fatalisme moscovite aidant, faire ses emplettes au magasin, c’était se rendre à un festival d’humour noir où vendeurs et clients rivalisaient d’esprit. En septembre, le maire de Moscou Loujkov, qui avait passé l’été au frais dans sa datcha, fut limogé pour sa négligence pendant les fumées. Tout ceci constitue le sujet du poème ci-dessous, brillamment évoqué par Viatcheslav Popov…

 

         (Vers traduits par Thierry Marignac)

 

 

 

Lorsque les tourbières brûlaient

Qu’à travers la fumée chez moi je rentrais

Quand à peine on distinguait

Le cercle du soleil en miroir gris

Quand tout dégoûtait, assombri

Quand la conscience flottait

Que de la météo pitié on implorait

Lorsque la chaleur fermait le tuyau

Ni d’une gaze laswellienne vacillante

Du feu dans les poumons et au cerveau

Ni d’une gaze mouillée ni d’une glace glissante

Ô non, je n’en peux plus.

Viatcheslav Popov.

 

 

 

 

когда торфяники горели
когда я шел домой сквозь дым
когда виднелся еле-еле
круг солнца зеркальцем седым
когда все брезжило и тмилось
когда сознание плыло
скажи гисметео на милость
когда жара сомкнет жерло
ни зыбким ласвелловским марли
от гари в легких и в мозгу
ни скользким льдом ни мокрой марлей
о нет я больше не могу
Popov

 

 

23.7.26

Années électorales

 

À deux pas de la place "Proletarskaïa"

         

    L’incessant jacassement, les effets de manche, les polémiques montées en épingle, les scandales de toutes pièces, les révélations scabreuses, les retournements de veste, les ambitions sinistres… Le « bruit blanc » des politiciens, crépitement parasité comme une télé hors d’âge, pour nous persuader que leur monde existe, qu’il s’agit d’autre chose que d’une fiction bavarde — tel est le but de cette agitation, ce mouvement perpétuel d’anecdotes répétitives, de caricatures calculées, de notions sommaires, petit monde en vedette à intervalles électoraux quand on grimpe tous les échelons de l’hystérie. Coca-Cola et le Smartphone sont des réalités plus politiques que tous les parlements du globe.

 

         Avril 2002, 11 heures.

         Quel découvreur de pyramides, fouilleur de nécropoles, avait-il été saisi d’une telle ambiance funèbre en pénétrant la majesté inquiète d’une cité mortuaire aux grandes salles dont le silence était à peine troublé par les chuchotements solennels dans les recoins multiples. Les fonctionnaires de ce tombeau se déplaçaient en rasant les murs, se regroupant par grappes de trois ou quatre pour échanger à voix basse des confidences accablées, se dispersant dès qu’on les approchait. Il pesait un fardeau de vingt-cinq tonnes jusque dans les salons d’honneur, autrefois ruisselants de lumière, aujourd’hui plongés dans une pénombre de sacristie. Nous errions dans l’imposante chapelle à la recherche de quelqu’un à qui parler, demander une direction, mais aussitôt aperçues les ombres grises à gueules de circonstance s’évanouissaient par des couloirs connus d’eux seuls, feux follets d’un Saint-Sépulcre en deuil. Nous errâmes longtemps encore en recherche d’âme qui vive vers un bureau qui — la succession lugubre des pièces vides et des silhouettes fugitives semblant craindre l’apocalypse nous le murmurait — était sans doute fermé pour cause de funérailles. Mon compagnon s’étonna :

         —Qu’est-ce qui leur arrive ? Tu es certain que c’est ouvert ?

         Je commençai à avoir ma petite idée.

         —On nous a laissé rentrer. Ils s’en remettront.

         —Mais de quoi ?

         —Je t’expliquerai quand je serai sûr.

         Au détour d’une coursive prise par intuition — les plaques indicatrices ne survenaient que de loin en loin, parfois contradictoires, souvent énigmatiques — une porte en verre semblait être la bonne. L’inscription dorée annonçait : État-civil. Mon camarade, un Russe à double nationalité avait laissé périmer son passeport au-delà des délais normaux et habitué à la sévère administration russe, craignait d’être accueilli comme un chien dans un jeu de quilles, morigéné et menacé d’amende ou je-ne-sais-quoi. Sans mon soutien, il n’osait pas se déplacer jusqu’ici. Dans le bureau officiaient deux employées vêtues de noir — coïncidence ? — dont une seule s’occupait de l’accueil, l’autre plongée dans des monceaux de paperasse, à l’autre bout de la pièce. Mais dans cet immense bâtiment aux allures aujourd’hui de sépulture — ce n’était pas la foule des grands jours. L’homme d’une quarantaine d’années qui nous précédait prenait son temps pour déclarer la naissance d’une petite fille, mais nous n’attendîmes que dix minutes. L’employée qui nous reçut sans chaleur ne s’occupa que de détails techniques et retrouva la trace de mon camarade assez vite, l’envoyant à la caisse avant de lui refaire un passeport. Il était abasourdi de la simplicité de la démarche. Personne n’avait haussé la voix sur lui, ne lui avait reproché sa désinvolture, ne lui avait rappelé les règles. Seul avec l’employée quelques minutes, je me risquai :

         —Il règne une drôle d’atmosphère, ici… Quelqu’un est mort ?

         L’employée me lança un regard définitif. On était dans une capitale, pas au fond d’une province. J’étais sous-informé ou complètement idiot ?

         —Vous savez bien ce qui s’est passé avant-hier…

         C’était l’ambassade de France à Moscou, deux jours après le succès de Jean-Marie Le Pen au premier tour des élections.

         En sortant, j’expliquai à mon camarade qui se traitait d’imbécile pour avoir tant tardé alors que c'était si simple, pourquoi la superbe ambassade avait cet air macabre.

         Il n’en revenait pas.

         —Mais c’est très bien, ce qu’il faut pour la France !

         Je l’alpaguai par le bras fermement.

         —Tais-toi Boris, on sort fissa sans faire d’histoires.

        Thierry Marignac, juillet 2026, Mémoires.

18.7.26

Dernier amour

 

 



(Vers traduits par Thierry Marignac)

 

Leur vie comme la mer s’est retirée

Et il s’est avancé

Un posthume plateau

Un incliné plateau

 

Tout se mouvait, se plaçait

Apparaissait dans sa nudité

Et les nuages gonflaient

Sur un sommet rabaissé

 

Il y a cicatrices et ruptures

Dans l’hiver bouillonnant

Ici sans issue sont vivants

Les esprits post-sépulture

 

Lorsque coagule à l’hôpital

Le prisonnier physique de l’âme en vie

De l’amour la page fatale

NN va tenter de lire

 

À travers un polyéthylène troublé

La médicamenteuse anesthésie

À travers la gaze d’une légère ondée

NN courut vers Anastasie

De ses clous, tomba comme une toile mouillée

NN essaie,

Oh mon Dieu,

NN essaie

Étendu sans lèvres, sans yeux, sans peau

Sur les hauteurs de ses genoux à elle.

Viatcheslav Popov

 

 

©Andreï Molodkine



***

их жизнь ушла как море

а наступило что

посмертья плоскогорье 

покатое плато

 

все сдвинулось сместилось

предстало в наготе

и в облако сгустилось

на низкой высоте

 

есть шрамы и разрывы

в кипении зимы

здесь безысходно живы

посмертные умы

 

 


когда сгущается в больницу

души живой телесный плен

любви последнюю страницу

прочесть пытается NN

 

сквозь мутный полиэтилен

лекарственной анестезии

сквозь марлю мелкого дождя

NN бежал к Анастасии

упал как мокрый плащ с гвоздя

 

NN пытается 

о боже

NN пытается 

NN

лежит без губ без глаз без кожи

на высоте ее колен

 

Вячеслав Попов

 

 

5.7.26

Carl Watson, Benoît Laudier et votre serviteur

 

                  



        HÔTEL DES ACTES IRRÉVOCABLES

 

         L’écrivain Jérôme Leroy et un des rares poètes lisibles en langue française, qui consomme parfois ce genre de publications, m’avertit hier soir, qu’un grand quotidien du soir parisien, organe de désinformation officielle, a fait la une de son supplément littéraire sur le dernier livre de Carl Watson, traduit par Benoît Laudier. Surprise, surprise, Benoît avec qui j’ai fait connaissance il y a plus de vingt ans, n’était pas de ce bord-là, venu de la rédaction de la revue « Réaction », des éditions du Rocher tendance néo-hussard. Bon, les hommes changent aussi vite que les villes sur lesquelles se lamentait le grand Baudelaire. Par ailleurs, j’y reviendrai, Benoît est aussi traducteur que moi je suis bouddhiste. Bon, on ne vit plus dans un monde où la compétence est requise.

         J’ai fait la connaissance de Carl Watson en été 1992, dans un New York surchauffé en préparant l’anthologie « Jungles d’Amérique » pour les éditions de l’Arbre à came, anthologie plus tard publiée en poche par 10/18. Le premier texte qu’il me donna « La Chambre d’Harry » était si violent, si bouleversant, que je décidai, à sa grande déception, de ne pas l’inclure dans l’anthologie — il allait écraser tous les autres par la pure beauté de son lyrisme, dés la première phrase : « Il faisait des rêves très intenses de ponts jetés par-dessus les années, de ponts jetés loin dans le Southside… »



         Je promis néanmoins à Carl une publication en France à tout prix et il ne me crut sans doute pas, dans son scepticisme natif. Mais ce texte m’obsédait. Il s’agissait de l’errance et des ruminations sans repos d’Harry à la recherche d’une chambre propre et nette — lui qui vivait dans un hôtel-cage pour déshérités — qu’il se représentait ainsi : « Il n’y aurait pas de miroir ». Cette chambre dont il avait une vision si nette, il l’avait peut-être déjà louée dans un passé brumeux. Et Harry traversait sans fin les bas-fonds du Southside avec ses monstres jaillis du bitume, ses marchés en faillite, toujours si près de la chambre qu’il ne trouvait jamais. Sans doute — le lieu magique de l’écriture. À Paris, je confiai avec ferveur à Daniel Mallerin, éditeur du Dernier Terrain Vague : « J’ai trouvé un génie littéraire ». Je n’avais pas encore traduit une ligne, mais il me crut, ma fièvre était contagieuse. Je ferraillais quelque temps avec le style ornementé et déroutant de Carl Watson, un petit homme maigre et saisissant, qui vivait dans le Bas-Manhattan, Carnell Street, je crois, sous Houston et Alphabet City. Chez lui, on entendait gueuler les dealers portoricains dans la rue. Puis, je m’habituai à son style, très caractéristique de Chicago où il avait vécu longtemps, originaire de Gary, Indiana. En traduisant, quelque temps plus tard, « Un Fils de l’Amérique » de Nelson Algren, l’amant de Simone de Beauvoir, je reconnus certaines tournures architecturales, découvertes chez Carl Watson. Le Dernier Terrain Vague publia bientôt « La Chambre d’Harry » dans une très belle édition introuvable aujourd’hui, avec une couverture et des illustrations de Philippe Gerbaud. Watson, toujours vagabond, fit le déplacement jusqu’à Paris. Nous nous retrouvâmes dans un vernissage rue du Temple, un soir d’hiver. Une très belle jeune femme s'était ausi dérangée, attirant tous les regards. C’était une collaboratrice de la défunte revue « Digraphe » qui s’était prise de passion pour les textes de Carl. Elle avait publié dans la revue une autre nouvelle de Watson, traduite par votre serviteur, « Le Sang sur la plaine est un piège », où il étalait son obsession du quadrillage territorial, lignes télégraphiques, découpage du terrain, routes, voies de chemin de fer… jusqu’à un filet de sang sur la carte par l’auteur qui se tranchait les veines. Carl semblait se conformer à l’antique définition de la littérature : « The Ancient Art of Madness ». La belle jeune femme s’était enflammée. La rumeur lui attribuait des relations intimes avec le patron Gallimard. Quoi qu’il en soit, peu de temps après, je décrochais un contrat de la Grande Maison pour traduire le premier roman de Watson, inédit aux États-Unis : « Hôtel des Actes Irrévocables », qui sortit en 1997.

         Le pouvoir hypnotique de Watson ne se démentait pas, puisqu’en 1999, j’obtins une bourse du CNL pour traduire son plus beau recueil de récits : « Sous l’Empire des oiseaux ». On y retournait dans le Southside de Chicago dans les cercles de l’enfer des bas-quartiers, sous les nuées inaccessibles. Chaque texte de ce recueil était une tentative de style particulière. Ce titre devint bientôt pour moi une ritournelle, une définition des bas-fonds.



         Le recueil fut quelque temps optionné par les éditions de l’Olivier qui ne le retinrent finalement pas. C’est là que surgit Benoît Laudier, dont les éditions Vagabonde n’avaient à leur actif à l’époque qu’une seule publication : « Roger Nimier, le Grand d’Espagne » de Pol Vandromme. J’hésitai à lui refiler le bébé, c’était un jeune éditeur peu fortuné, je craignais de creuser son déficit. Mais il était très enthousiaste et finit par le publier. Ce recueil eut droit à une chronique élogieuse de Jean-Marc Parisis dans le Figaro et se vendit correctement, à ma grande surprise.

         Il y eut ensuite « Une Vie psychosomatique » où, de mon point de vue, Watson commençait à se répéter, à se servir de ficelles, même si le bouquin était encore éblouissant. Benoît Laudier prenait très mal mes critiques, devenant soupçonneux. Classique avec Carl, il suscitait l’idolâtrie.

         Puis survint la pénible aventure de « À contre-courant rêvent les noyés », 2019, où Watson démontait les mécanismes de l’identification aux vedettes — Billie Holliday, Janis Joplin, Edith Piaf — autour de l’histoire de bâtardise pas très bien ficelée d’une jeune femme, chanteuse de rock ratée. Il voulait vendre, me confia-t-il. Il restait dans ce texte quelques-unes des fulgurances du passé, mais l’ensemble était branlant. Benoît Laudier était fou de rage que j’ose confier mes doutes au Génie. Persuadé que je sabotais, il récrivit ma traduction et m’envoya sa version. Las ! L’anglais hillbilly du nord de Watson lui échappait complètement, faux-sens et contresens abondaient. Il prenait par exemple une interjection du vocabulaire des ploucs comme « why », qui sert simplement à ponctuer une phrase, pour l’interrogation : « Pourquoi ? ». Je rétablis ma version en lui expliquant ses erreurs et en me tournant vers Carl pour confirmer. Ce fut finalement ma traduction qui fut publiée avec le soutien de l’auteur. L’épisode était suffisamment désagréable, pour que je dise à Benoît Laudier : « Dorénavant, fais ce que tu veux avec Carl ».

         Aujourd’hui, le traducteur comme moi je suis astronome, a décroché le pompon, avec l’organe de la désinformation officielle. Carl va peut-être vendre un peu plus. C’est tout le mal que je leur souhaite. Je note qu’à mon époque, celle des plus beaux textes de Watson, ce torchon bobo n’avait jamais entendu parler de lui et s’abstenait soigneusement de signaler ma présence.

         C’est la seconde fois qu’un de mes poulains américains apparaît chez les désinformateurs. Lors de la première, en 1996, une critique grandiloquente du chef-d’œuvre de Bruce Benderson « Toxico » signée par un certain Abescat — pas un mot sur la traduction.

         Faut-il en concevoir de l’amertume ? Finalement, non. Que ces gens-là restent entre eux : ils se méritent les uns les autres. Rétablir la vérité historique suffit.

         Thierry Marignac, juillet 2026.

2.6.26

rues inconnues

 







Je marche dans des rues inconnues

Visages jamais vus

Tonnelles sur l'avenue
Passages charmants
Architecture magnifique
Un endroit magique
Des trains, des paysages verdoyants…
Mais voilà que tout se débine…
Un voisin maléfique, sûrement
Fait tourner sa turbine
À 6 heures du matin !
Premier juin.

N. des rêves

24.5.26

Le loup hurle…

 

Youri Ivanovitch Vorotine est un poète russe, ingénieur en construction. Ses vers sont philosophiques. Il est membre de l’Union des Écrivains de Russie. Il vit dans la ville de Dedovsk dans la région de Moscou, président du club de football « Istra ». Il est auteur de cinq recueils de poèmes, dont l’un est traduit en bulgare.

Il a publié dans l’almanach « Poésia », dans les revues « Notre Contemporain », « Les Feux de Sibérie », « La Gazette littéraire », le journal « La Moscovie littéraire ». Il est l’auteur de « Poèmes 1973-2025 » (2006), « L’automne dans les jardins du paradis », « Sur la Route éternelle » (2010),  « Irruption tardive », « Le Bouclier céleste » (2013).

 


(Vers traduits du russe par Thierry Marignac)

 

 

Selon moi le loup hurle, le tremble pleure à sa suite,

Pour moi, il est trop tôt pour deviner la fuite,

Rejoindre à la trace, car dans les vallons crépusculaires

La neige aussi fume, la neige fume dans les congères.

 

Que le carillon sonne des environnants clochers,

Et tremblent les muscles dans l’espoir du succès,

Je ne suis plus esclave, mais pas encore guerrier

Tandis que la neige fume, que la neige fume tout près.

 

Je vis cent mille ans, qui semblent un instant,

C’est quel jour aujourd’hui ? C’est quel siècle aujourd’hui ?

Facile de brûler dans le poêle, le rondin transi,

Et la neige va fumant, et la neige va fumant.

 

À la naissance de tous, on devine la fin,

Vivre jusqu’à grisonner, la mort alors n’est pas péché,

Le loup hurle pour quelque chose, le tremble n’est pas amer en vain,

Et la neige va fumer, et la neige va fumer.

Youri Vorotine.





И воет волк по мне, и плачет вслед осина, 

Но рано мне пока загадывать побег, 

Догонят по следам, ведь в сумрачных лощинах 

Ещё дымится снег, ещё дымится снег. 

 

Пусть благовест летит с окрестных колоколен, 

И мускулы дрожат в надежде на успех, 

И я уже не раб, но я ещё не воин, 

Пока дымится снег, пока дымится снег. 

 

Сто тысяч лет живу, а кажется - мгновенье, 

Какой сегодня день? Какой сегодня век? 

Легко горят в печи озябшие поленья, 

И всё дымится снег, и всё дымится снег. 

 

В рождении любом загадана кончина, 

Дожить бы до седин, тогда и смерть не грех, 

Недаром воет волк, не зря горчит осина, 

И всё дымится снег, и всё дымится снег.

 

ЮРИЙ ВОРОТНИН

 

 

 

10.5.26

Propagande de guerre


    En février 2019, dans les pages d'Antifixion est paru le premier article, fondé sur les investigations de Grayzone et du Daily Mail au sujet de la désinformation britannique en cours à l'époque, focalisée notamment sur les arts et la culture. Leurs articles me fournirent la matière du roman L'Interprète. Ci dessous:

 https://antifixion.blogspot.com/2019/02/bestialite-des-propagandes.html




    Les temps ont changé, deux guerres sont en cours, UE et OTAN en préparent une autre. Les arts, la culture sont toujours un champ de bataille. Comment préparer l'opinion au massacre? Grayzone fait ci-dessous une mise à jour sur la guerre de l'information.

 

    Une initiative secrète de l’OTAN transforme l’industrie du film en champ de bataille antirusse.

         Par Kit Klarenberg et the Grayzone

 

         (traduit de l’anglais par Thierry Marignac)

 

         Un scandale a éclaté sur des conférences secrètes de l’OTAN avec l’industrie du divertissement occidentale. Des documents fuités examinés par Grayzone montrent comment l’OTAN a cherché à infiltrer cinéma et télévision depuis des décennies, les agents anglais en tête.

 

         Le 3 mai, The Guardian a révélé que l’OTAN a tenu une série de réunions secrètes avec des metteurs en scène des producteurs télé de Paris à Los Angeles. Ces révélations suggèrent que l’OTAN cherche à se servir de l’industrie du divertissement dans ses opérations de propagande tandis que s’annonce la guerre en Europe.

         À ce jour, les « conversations » de l’OTAN avec des scénaristes auraient « inspiré au moins partiellement » trois projets non désignés, qui seraient déjà en cours de développement. Lors d’un prochain sommet à Londres, les agents de l’OTAN doivent rencontrer des scénaristes liés à La Guilde Des Écrivains de Grande-Bretagne (WGGB). Dans une correspondance par courriels, cette organisation a dit à ses membres que l’évènement se focaliserait sur « l’évolution de la situation sécuritaire en Europe et au-delà ».

         Les organisateurs prétendent que l’OTAN a été construit «  sur la croyance que la coopération et le compromis sont la voie de l’avenir ». L’alliance cherche activement à influencer des films et des projets télé célébrant ce mantra, « même si quelque chose d’aussi simple que ce message trouve son chemin vers un récit futur, à l’issue de cette réunion, ce sera suffisant ».

         Mais la collusion entre l’OTAN et l’industrie du divertissement a une histoire bien établie. Ces dernières décennies, l’OTAN a cherché en secret à employer des créatifs en film et en télé comme spécialistes d’opérations psychologiques, tout en influençant la culture populaire. Un des meneurs centraux de cette manœuvre a été Chris Donnelly, un agent vétéran du ministère britannique de la Défense et du renseignement militaire, qui a conduit l’expansion de l’alliance en Europe Centrale et Orientale durant les années 1990.

         Donnelly a plus tard développé Integrity Initiative pour cultiver le soutien à un conflit ouvert à travers des réseaux occultes d’experts et d’agents pro-guerre. Caché derrière un laboratoire d’idées légitime en apparence appelé Institue for Statecraft, Integrity Initiative n’a été connu du public qu’après les reportages sur les courriels fuités de Donnelly par des médias indépendants tels que Grayzone révélant son existence.



         Dans des documents fuités évoquant l’expansion de l’OTAN, Donnelly déclarait : « Ce dont j’avais besoin dans les années 1990 et n’avais pas, c’était une grande firme de relations publiques susceptible d’étendre des activités couronnées de succès pour avoir un impact réel et produire un changement comportemental dans le public ». Pour affronter ce problème, il proposait « des campagnes de publicité, la télé promouvant ce changement, un soap opera sur le thème de la corruption » et autres produits culturels innocents en apparence destinés à accroître le contrôle de l’OTAN.

         Donnelly dirigea l’expansion de l’OTAN — souvent en dépit d’une opposition publique importante — dans l’ex-Union Soviétique, le pacte de Varsovie et en Yougoslavie en pénétrant les États, les armées et même des institutions religieuses des pays ciblés. Ce qui assurait à l’OTAN un groupe de pression amical dans la rue et dans les couloirs du pouvoir, dans toute la région. Ce fut une expérience fondamentale à Donnelly quand il fonda The Institute for Statecraft, une « institution caritative », à présent défunte.  À travers sa filiale Integrity Initiative l’Institut édifia des noyaux clandestins de journalistes, universitaires, militaires et agents secrets dans le monde occidental, connus sous le nom de « foyers ».



         Ces réseaux pouvaient être mobilisés pour diffuser la propagande pro OTAN et encourager l’antagonisme public et étatique avec la Russie. Integrity Initiative joua un rôle non négligeable dans les prémices de la guerre par procuration en Ukraine. Un article publié sur le site internet de l’Institut en juillet 2014 de l’universitaire lié au MI6 Victor Madeira se fixait ouvertement cet objectif, déclarant que « le boycott économique, la rupture des relations diplomatiques et « propagande et contre-propagande » pouvaient produire un conflit armé à l’ancienne avec Moscou « que la Grande-Bretagne et l’Occident pouvait gagner ».

         Dans un dossier fuité de l’Institut, Madeira discute avec précision le genre de « propagande et contre-propagande » qu’il signifiait. « Nous aurons besoin de dépasser les chahuts militaires vieux jeu et obtenir des « débits » dans le divertissement qui fassent ressortir la nature des conflits du XXIe siècle : diffus, dans toute la société, sans limites claires à certains moments », écrivait-il, « Ceci est le véritable combat que nous menons ; nous sommes plus que capables de nous en sortir sur le plan militaire ».

 


          La série populaire McMafia influencée par les services secrets britanniques

        

En février 1018, Martha Bayles, auteur vétéran sur la politique culturelle et la diplomatie de l’État américain envoya un courriel à Donnelly, proposant « une série dramatique télé à épisodes et saisons multiples » sur la Russie des années 1990. Bayles se référait à une co-production anglo-américaine intitulée McMafia comme à un exemple de « la domination commerciale et culturelle » de la télé de longue haleine jouissant d’un « public avide parmi jeunes et vieux ». Ce programme largement regardé se basait sur un livre de non-fiction de l’ancien reporter du BBC World Service Misha Glenny, portant le même titre.

         Bayles pensait que « l’énorme appétit pour des « récits d’époque », « sur le passé récent » était une raison majeure de créer une série similaire sur la Russie des années 1990, lorsque le pays s’enfonçait dans un chaos néo-libéral et que les oligarques en prenaient le contrôle après l’effondrement de l’Union Soviétique.

         La scénariste s’affirmait convaincue que cette période traumatique pour la Russie « avait ouvert la voie de bien des manières au monde dans lequel nous vivons aujourd’hui ». Elle ajoutait qu’une série sur cette période pouvait être soutenue par des « récits journalistiques et universitaires de participants et d’observateurs russes et occidentaux » Elle suggérait que « l’expérience et la connaissance de ces années de Donnelly seraient elles aussi inestimables ».

         Ce programme devait « éviter d’être contaminé par la propagande », insistait Bayles, écartant « les méchants à chapeaux noirs et les héros à chapeaux blancs ». Sinon, le public pourrait soupçonner que l’émission avait été orchestrée par une puissante force extérieure à ordre du jour de guerre de l’information. Bayles était certaine qu’il existait « beaucoup de talents » susceptibles de produire une telle série. Et elle ne cachait pas son objectif ultime : « Une riposte par le divertissement à la propagande et à la désinformation russes ».

         À ce moment-là, Donnelly et les vétérans du renseignement militaire britannique qui constituaient le personnel de son défunt Institute of Statecraft (Institut pour l’habileté politique) travaillaient dur à faire de la culture populaire une arme pour conduire l’hostilité publique à la Russie. En janvier 2018, la télévision d’État britannique interviewa Euan Grant, un employé de l’Institut de Donnelly sur « l’impact de l’argent russe suspect » à Londres, une partie de la série BBC plus large d’investigation : « La McMafia est-elle réelle ? »

         Grant se définit lui-même comme un expert en « crime organisé transnational et géopolitique ». Selon son propre C-V fuité, il a travaillé en liaison étroite avec des agents du MI5 et du MI6 sur cette question. En 2018, il restait proche de l’ancien chef du MI5 Jonathan Evans, du nouveau chef Andrew Parker et de nombreux officiels du MI6. Ils faisaient partie d’un large éventail de contacts qui, se vantait Grant, pouvaient servir à inonder les ondes en sous-main de propagande antirusse.

         Cela incluait un éventail de laboratoires d’idées, de vétérans des services secrets et de journalistes grand public couvrant le crime organisé russe. Grant fanfaronnait être le « fournisseur de sources à ces individus sur le crime organisé russophone ». Les récipiendaires incluaient des créatifs y compris des auteurs de fiction, des reporters primés de la BBC, du Financial Times, Guardian, et autres grands médias. La « matière » fournie par Grant informait « radio, télé, presse écrite et médias en ligne » sur le supposé « impact de l’influence russe » à l’étranger.

         La culture populaire a toujours été un élément-clé de la guerre de l’information menée par l’Institut. Martha Bayles était sur la liste des contacts comme « servant à renforcer le message par la fiction » sur la Russie dans la conscience grand public. Grant lui envoya un « mémorandum de coopération », « sur les possibilités ensemble ou séparément, en Amérique du Nord, au Royaume-Uni et ailleurs de contenu dans des documentaires ou dans le divertissement fictionnel ».

         Misha Glenny, créateur de MacMafia, était aussi sur la liste des contacts. Grant disait qu’il avait eu une « entrevue récente » avec Misha Glenny, qui avait demandé une discussion supplémentaire sur des « idées » pour son projet suivant, fournissant à l’Institut la possibilité de « contributions » à la deuxième série de McMafia qu’on venait de lui commander.

         Comme partie de la collaboration proposée, l’OTAN « contribuerait » au scénario de l’émission. À cette époque, Institute for Statecraft était le représentant britannique de l’Atlantic Treaty Association, « une communauté d’hommes politiques, de travailleurs des laboratoires d’idées, de diplomates, universitaires et représentants de l’industrie ». L’organisation décrivait sa mission : « informer le public sur le rôle de l’OTAN dans la paix et la sécurité internationale, la promotion de la démocratie, de la liberté individuelle et de l’État de droit par le débat et le dialogue ».

Tankograd, dans l'Oural.


 

         La culture populaire occidentale infiltrée par l’OTAN depuis des années

         Les dossiers fuités montrent que Grant a dirigé un projet de l’Institut destiné à contrer la supposée « déstabilisation russe » de « secteurs financiers internationaux ». Ses contacts dans la presse et les arts fournissait un mécanisme de livraison idéal. Il arguait que la diffusion de séries télé populaires et de films se référant au crime organisé russe était une aubaine propagandiste extraordinaire pour l’appareil de renseignement militaire britannique, exposant potentiellement des millions d’Occidentaux à une programmation antirusse.

         Grant proposait d’avertir « les contacts presse, radio, télé, de la pertinence et de l’authenticité des séries de fiction, de contribuer à la publicité et à la discussion avant et pendant leur diffusion ». Les agents Integrity Initiative dans les pays membres de l’OTAN pouvaient secrètement arranger des articles similaires dans chaque pays sur ces séries, pour avoir un impact international maximum. Les contacts dans les médias canadiens et américains fourniraient à l’OTAN un accès à des réseaux de télé et de cinéma puissants et influents.

         Dans d’autres documents fuités, Grant élaborait une stratégie pour montrer comment la Moldavie, protectorat de l’OTAN, était censément « exploitée » par Moscou pour « édifier l’influence russe et russophone en UE, chez les candidats à l’UE et les pays orientaux associés ». Il remarquait comme les films hollywoodiens récents et la série dramatique française Spiral comportaient des intrigues « moldaves », offrant des « possibilités » aux propagandistes de Institute for Statecraft. Il suggérait que la BBC « pouvait aussi être intéressée » de s’inspirer de livres sur le crime organisé russe « situés en Moldavie ».

         Malheureusement pour Grant et son patron, Donnelly, la deuxième saison de McMafia ne fut pas réalisée. Cependant, d’autres dossiers fuités indiquent que les services secrets britanniques ont disséminé de la propagande pro-OTAN en Europe Centrale et Orientale avec des séries télé et des films pendant un certain temps.



 

         La guerre psychologique de Londres diabolise les russophones dans les anciens États soviétiques.

         D’après les documents fuités, Londres a exploité le mégaphone de la culture populaire « pour avoir un impact positif sur la façon dont des individus ciblés perçoivent les valeurs du Royaume-Uni, de l’UE et euro-atlantiques ».

         Les services secrets britanniques définissaient les « valeurs euro-atlantiques » d’après la conception du Centre of Excellence Stratcom de l’OTAN : « Démocratie, Droits de l’Homme, liberté des médias, confiance dans les organisations internationales et liberté d’expression ». En pratique, cela prit la forme d’opérations de guerre psychologique pour diaboliser et discréditer la Russie à travers les États de l’ex-Union Soviétique. Dans les États baltes, par exemple, la propagande occulte de Londres dénigrait les russophones, qui depuis « l’indépendance » en 1991, ont été systématiquement marginalisés et discriminés, les dépeignant comme des « individus susceptibles de s’aligner sur les messages négatifs du Kremlin ».

         Simultanément, les services secrets britanniques recrutaient des influenceurs russophones en tant qu’atouts pro-OTAN, travaillant avec des producteurs de télés d’État pour identifier « de jeunes talents russophones dans les espaces d’influenceurs en ligne, de comédie stand-up, et commentaire sociologique. »

         Les Britanniques assistaient les candidats sélectionnés pour développer trois « idées de contenu et des émissions pilotes, avant de disséminer ces produits sur les réseaux sociaux et services à la demande afin de « tester la réaction du public et la viabilité ».

         Dans un dossier fuité un sous-traitant des services secrets britanniques connu sous le nom de Zinc Network se vantait d’avoir provoqué un changement de comportement dans le public ciblé.

         « Notre démarche stratégique dépasse le message en influençant non seulement les attitudes et comportements de nos publics mais aussi les réseaux sociaux où ils se nichent, les normes et les institutions qui les forment », fanfaronnait Zinc Network.

 

         L’OTAN travaille à « semer la graine de conversations en ligne »

        

L’OTAN a complété sa guerre occulte dans les États Baltes avec une armée de trolls et de bots en ligne. Elle a employé pour ce faire M&C Saatchi, une agence de relations publiques britannique, qui prétend être « le plus grand réseau créatif indépendant » pour recruter « un réseau local d’influenceurs en ligne » afin de « semer la graine de conversations en ligne » sur des thèmes « euro-atlantiques ». Avec cette stratégie « sur-mesure » les services secrets britanniques ont insérés des messages dans des conversations préexistantes, menée par des gens réels sur les réseaux sociaux. C’est comme ça que « de jeunes russophones » pouvaient devenir à leur insu des « agents du changement » britanniques.

Ce qui incluait infiltrer des conversations survenant autour de « dates-clés et d’évènements importants » pour les russophones, comme la fête de la Victoire le 9 mai, qui commémore la défaite de l’invasion génocidaire par les Nazis de l’Union Soviétique. M&C Saatchi prétendait que ses techniques avaient déjà été employées « avec succès et durablement » par de gros clients, les ministères de l’Intérieur et de la Défense britanniques, le Pentagone, USAID, Facebook, Google et l’OTAN.

 

Ukraine, 2024, après le démantèlement du buste de Pouchkine par les autorités locales antirusses. Le lendemain, un graffiti sur le socle: "Pouchkine est éternel, pas vous".

Ces grosses séries diabolisaient-elles les produits bio russes ?

 

On ne sait pas quelles productions culturelles occidentales récentes sont le fruit de l’immixtion occulte de l’OTAN. Cependant, l’apparition, au minutage inexpliqué, de drames historiques ces dernières années, dépeignant les Russes et la Russie sous un jour négatif, soulève de sérieuses questions.

 

La principale entre toutes est Tchernobyl, la série HBO qui a atteint des records de vues après sa première diffusion, le 6 mai 2019. Créée par un idéologue antirusse, le scénario comporte d’innombrables, grossières falsifications politisées et des caractérisations grotesques. Les nombreuses distorsions et pures fabrications étaient déployées pour dépeindre l’accident nucléaire de 1986 comme un résultat de l’incompétence et de la brutalité de Moscou, tout en exagérant l’effet des radiations. Tchernobyl prenait tant de libertés que même le New York Times accusa ses auteurs de « plaquer un simple récit sur l’Histoire » et de « déformer les évènements ».

Tchernobyl fut suivi trois ans plus tard par une production moins élégante, ciblant le président russe, Vladimir Poutine. Diffusé sur le service en Streaming ITVX, un film télé intitulé « Litvinenko » dramatisait le supposé assassinat de l’ex-agent du FSB du même nom qui avait fait défection. Bien que le Guardian ait qualifié l’émission « d’intolérable », sa diffusion mena à un intérêt renouvelé pour l’incident grâce à sa couverture par des magazines People, pas particulièrement lus par des individus s’intéressant aux histoires d’espionnage.


 

Les auteurs britanniques s’inquiètent de l’interférence de l’OTAN

 

En mars dernier, un laboratoire d’idées influent basé à Londres appelé Centre for European Reform a publié un rapport incitant les États membres à « engager les institutions culturelles et les dirigeants tels que directeurs de théâtres, scénaristes, producteurs de cinéma et musées à mieux expliquer pourquoi l’augmentation du budget de la Défense européenne était nécessaire ».  Il soulignait l’importance de cibler « des publics, se tenant autrement à l’écart des affaires internationales » avec des messages militaristes et « un financement spécifique des arts pour contribuer à la discussion sur Défense et sécurité ».

Le Centre recommandait en outre les États européens à « prendre en considération des approches non conventionnelles, destinées à atteindre des publics au-delà des cercles dirigeants de la Défense et de la sécurité nationale », pour déclencher une « conversation nationale sur la Défense » dans les États membres. La suite de rencontres de l’OTAN avec des scénaristes de films et de séries télé est dans la continuité de cette stratégie.

Beaucoup de membres de la Guilde des Auteurs de Grande-Bretagne invités au prochain sommet de Londres avec des agents de l’OTAN ont exprimé leur anxiété face à l’interférence insolente de l’alliance dans la culture populaire. Un scénariste irlandais a dit au Guardian que cette « scandaleuse » rencontre se résumait à se servir des arts pour promouvoir la guerre, tout en présentant l’OTAN sous « un jour positif » dans des pays qui n’en sont pas membres, y compris ceux « qui ont souffert dans des guerres où s’est joint l’OTAN et qu’il a propagé ». Ailleurs, un scénariste blanchi sous le harnais s’inquiétait à l’idée que les invités de l’industrie du cinéma et de la télé seraient « séduits, pensant qu’ils ont maintenant des informations secrètes ».

Tous les documents présentés ici démontrant les tentatives de l’OTAN d’infiltrer le cinéma et l’industrie du divertissement n’ont rien de nouveau. Les films et séries télé sont depuis des décennies un champ de bataille dominé par l’alliance. La guerre par procuration d’Ukraine était un résultat direct du bombardement plein pot par l’OTAN de la perception des populations occidentales, avec le cinéma et la télé fournissant un mégaphone idéal pour le ressentiment antirusse.

Aujourd’hui, alors que l’Europe prépare ses citoyens à une guerre plus large, l’OTAN enrôle ouvertement les arts à mener son très ancien scénario vers une conclusion apocalyptique.

         Kit Klarenberg, mai 2026.