Tout d’abord, l’énigmatique Popov m’avait égaré. De quoi parlait-il ? Et aussi sec, ça m’est revenu… Un été brûlant, il y a un quart de siècle, à Moscou. Doukhovski, ami et secrétaire de Limonov, m’avait prêté son appartement, en vacances quelque part avec sa femme. C’était dans une proche banlieue, un vieil immeuble décrépit, Khroutchevski perdu au milieu des tours géantes construites après l’URSS. Un matin, une odeur âcre de fumée passait par les fenêtres mal équarries… au carreau, une purée de pois gris clair presque impénétrable, dérobant les tours voisines soudain fantomatiques, aux allures d’iceberg dans la brume. Les champs de tourbe des alentours de Moscou brûlaient, les vents rabattaient la fumée. Cela dura des jours et des jours, des semaines, dans ce brouillard on perdait la notion du temps. Descendre à l’épicerie était une décision sérieuse, une expédition où il fallait prendre des repères sur tout le chemin, sous peine de se perdre corps et bien dans ce brouillard blanc cassé et malodorant. Les silhouettes des passants aux contours mal définis étaient spectrales. Prendre rendez-vous en ville était une chimère, on ne s’y risquait pas. Au bout de quelques jours, le fatalisme moscovite aidant, faire ses emplettes au magasin, c’était se rendre à un festival d’humour noir où vendeurs et clients rivalisaient d’esprit. En septembre, le maire de Moscou Loujkov, qui avait passé l’été au frais dans sa datcha, fut limogé pour négligence. Voilà le sujet du poème ci-dessous, brillamment évoqué par Viatcheslav Popov…
(Vers traduits par Thierry Marignac)
Lorsque les tourbières brûlaient
Qu’à travers la fumée chez moi je rentrais
Quand à peine on distinguait
Le cercle du soleil en miroir gris
Quand tout dégoûtait, assombri
Quand la conscience flottait
Que de la météo pitié on implorait
Lorsque la chaleur fermait le tuyau
Ni d’une gaze laswellienne vacillante
Du feu dans les poumons et au cerveau
Ni d’une gaze mouillée ni d’une glace glissante
Ô non, je n’en peux plus.
Viatcheslav Popov.
когда торфяники горели
когда я шел домой сквозь дым
когда виднелся еле-еле
круг солнца зеркальцем седым
когда все брезжило и тмилось
когда сознание плыло
скажи гисметео на милость
когда жара сомкнет жерло
ни зыбким ласвелловским марли
от гари в легких и в мозгу
ни скользким льдом ни мокрой марлей
о нет я больше не могу
Popov
