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31.5.16

D’OMBRES ET DE FLAMMES, DE PIERRIC GUITTAUT, OU LA « RE-MALÉDICTION DU MONDE »

Sélectionné pour le Grand Prix de littérature policière 2016!!!
         

         Comité de Soutien des romanciers-critiques critiques

         Un spectre hante une partie de l’Europe littéraire : trois romanciers-critiques critiques, dont une des plus saillantes caractéristiques communes est une incapacité génétique à germano-pratiniser — confinant à l’infirmité — auraient unis leurs forces pour faire parler d’eux !… Issus d’une forme non reconnue de diversité, ils n’auraient, dit-on, aucun scrupule à vanter leurs mérites respectifs :
         Christopher Gérard, helléniste distingué,  dandy impénitent qui se fait tailler des costards à Savile Row, auteur de l’extraordinaire Maugis, roman qui contient tout le siècle dernier avec une superbe subtilité paradoxale, dans l’esprit des grandes œuvres des années 1930, et du non moins confondant Le Songe d’Empédocle, où passent d’autres aspects du XXe siècle et de ses errements sacrilèges.
         Pierric Guittaut, dit Le Plouc d’élite, qui tire de son enracinement au centre sorcier d’une France en déliquescence une force d’expression peu commune, une langue d’une limpidité dont on a perdu l’habitude, une lucidité implacable sur la dérive post-moderne de la province mondialisée, dont les deux premiers ouvrages, Beyrouth-sur-Loire, débordant d’une énergie qui excédait le foutraque du premier roman, et La Fille de la pluie, exercice de rigueur digne de Frédéric Dard, sont des polars éblouissants.
         Votre serviteur TM, et je ne ferai pas l’injure aux lecteurs de ces colonnes de leur infliger ma bio, qu’ils consultent, bande de tire-au-flanc, ma fiche Wiki.
         En effet, précisait Christopher Gérard :
         Un écrivain est reconnu et sacré tel par ses pairs !…
         De plus, ajoutait Pierric Guittaut, dans son dernier bouquin :
         La solitude d'un adulte n'est pas que la somme du manque d'une chaleur au quotidien, d'une présence autre, c'est aussi, surtout, le rétrécissement progressif d'un univers mental. Seul, la pensée s'étrique. Les jours sont moins longs, les années plus rapides et répétitives et l'on marche aigri et semi-conscient vers sa tombe dans un crépuscule généralisé.
         Alors on avait formé une bande !…
        
         La « re-malédiction du monde »
         Je le savais depuis le départ, après la puissance du premier, et la rigueur du second, le talent de Pierric Guittaut éclaterait dans le troisième. Simple calcul d’éditeur. Le talent brut faisait ses classes. Il suffisait de savoir l’identifier.
À partir du microcosme berrichon, et ses superstitions ancestrales, Guittaut nous donne, dans son roman D’Ombres et de flammes — à travers la dérive d’un gendarme muté pour bavure vers la province natale qu’il exècre — le mythe ressuscité dans les remugles post-modernes. Fabrice Remangeon (le gendarme), s’est laissé aller à une violence coupable après un accident hideux, avec délit de fuite, son humanité élémentaire (l’instinct de rétribution, mal vu par la hiérarchie) prenant le pas sur le règlement. Renvoyé au village qui l’a vu naître et grandir — loin des périphéries urbaines au fond desquelles il cachait, et son chagrin d’avoir perdu sa femme, et sa répugnance pour les superstitions entretenues par son père, célèbre rebouteux local — le gendarme affronte des braconniers post-modernes, trafiquants de gibier génétiquement modifié alimentant les chasses solognotes où les nantis de ce monde vont se distraire en abattant du cerf stéroïdé importé de Nouvelle Zélande plus ou moins légalement. Une de ses subordonnées perd la vie dans l’enquête. Parce que notre gendarme doit également faire face à son passé. Et un sorcier braco local, s’en prend à sa plus ancienne amie, qui vit toujours au village natal. Celle qu’il a quittée pour la femme qu’il a épousée, disparue mystérieusement et qui le hante. Notre gendarme, contre les malédictions du sorcier braco, en est réduit à retourner vers l’antique sorcellerie de son père, celle qu’il a fuie. Il préférait s’engager dans la gendarmerie. Son épouse disparue continue à le hanter. Combien de rêves le taraudent peuplés d’elle et des amis trépassés, dans un retour à la case départ qui le révulse, au beau milieu d’une enquête tragique que redouble la lutte à mort contre le sorcier braco à coups de sortilèges. Mais il devra sauver l’amie antérieure à celle-ci, la dernière femme encore vivante qui tienne à lui, et l’a attendu, tout ce temps. Et s’abîmer corps et âme dans les noirs secrets de son rebouteux de paternel. En chemin, il découvrira et sa vocation, et ses racines niées si longtemps et la vérité sur feu sa femme. Le retour du mythe coïncide avec celui de l’amour (un autre mythe).
         Si je tiens Pierric pour un as, c’est qu’il connaît tous les codes du genre, s’en sert de main de maître, se moque de la politcorrectitude de mise dans la chapelle polar (un trait commun dans notre internationale), et qu’en excédant les limites imposées par ce genre, il entre par effraction dans la littérature, comme aucun de nos prétentiards manchetto-poulpistes, si désireux d’académie sous le méprisable label roman noir n’en serait capable. À travers son micro-drame de province, l'ami Guittaut nous dessine une géopolitique implacable. Les nullards sus-mentionnés peuvent s'aligner, tiens. Signe d'une révolution culturelle bienvenue dans la navrante église polar, D'Ombres et de flammes figure dans la première sélection du Grand Prix de Littérature Policière. Il était temps!…
         TM, mai 2016.


25.5.16

Le best-seller de la plage

Caroline de Benedetti, du magazine l'Indic, à Nantes, nous envoie de Croatie le cliché ci-dessous, qui ouvre officiellement, après le festival de Cannes, le concours de photos Cargo sobre(après celle-là, les concurrents vont devoir s'aligner!…):
© Caroline de Benedetti

22.5.16

Une humanité complètement séparée de l'éternité

Pour un romancier, la correspondance n'est pas une mince affaire. Si on était payé pour ce temps perdu, mais ô combien nécessaire, on roulerait sur l'or, chez Maxim's tous les soirs !… Récemment, il fallait répondre au sujet du "Festin nu" de Burroughs, filmé par Cronenberg, hélas!… On m'en priait instamment… Mes études maileriennes me revinrent en mémoire… Ma mémoire d'ancien camé entra en dissidence…Comme il n'est pas toujours inutile de rappeler certaines choses, bonifiées avec le temps, et comme le totalitarisme ne fait que croître et se cloner, de nos jours où la cybernétique a appris les leçons du stalinisme, son alma mater, et se lamente que l'hégémonie politcorrecte des "rebelles" de la classe dominante médiacrate et atlantiste soit remise en question (ils ne supportent pas de ne plus avoir le monopole du crachoir, si on pense autrement qu'ils ne le spécifient, on est la "bête immonde"), je publie ma réponse à un courriel qui m'a pris à rebrousse-poil.

Le film était mauvais, parce qu'on ne peut filmer une œuvre géniale comme Le Festin nu, comme on ne peut pas filmer Voyage au bout de la nuit de Céline. Cronenberg a fait de bons films, comme par exemple Crash tiré d'un roman de science fiction de Ballard, un film sur la monotonie de la perversion, ou History of Violence,il en a fait de très mauvais comme celui-là, ou celui qui se passait dans les milieux russes de Londres, lamentable.
Burroughs, vieux pédé drogué et maniaque des armes, était un génie littéraire, mais — on ne le sait pas — venu de la Science-Fiction. Mon ami Christian Vilà, lui a consacré une biographie critique intéressante dans la défunte collection "Les Infréquentables"(éditions du Rocher), où j'avais fait Mailer, intitulée Le Génie empoisonné. Christian, lui-même auteur de Science-Fiction, soulignait d'où venait l'originalité de Burroughs.
Burroughs a été défendu par Mailer au proçès pour obscénité du Festin nu à Boston en 1966, NM disait: 
"En tant qu'écrivain professionnel, je n'aime pas dire du bien d'un autre écrivain(…). 
Il y a dans Naked Lunch un sens de la destruction de l'âme que je n'ai rencontré dans aucun autre roman moderne.La vision d'une humanité complètement séparée de l'éternité. Ce qui donne à cette vision sa précision — comme le point de mire d'une mitrailleuse — C'est une absence complète de sentimentalité. Burroughs évite la sentimentalité — qui annulerait son travail — en se servant d'un vocabulaire mordant et acide pour décrire une série d'évènements précis et horribles, une sorte d'humour du condamné qui est l'ultime fierté d'un homme vaincu, la fierté de ne pas avoir perdu son amertume. Un humour ravageur et morbide, froid et inflexible comme l'impôt sur le revenu. Ce qui reste intact est sec et blanc comme un os. C'est ce mince et sec résidu qui produit la substance émotionnelle du travail de Burroughs."

J'ajouterai que parmi ces imbéciles d'Américains, Burroughs est le seul à avoir lu Céline correctement. Le seul à avoir compris et développé les leçons du vieux fou de Meudon, un des rares génies de la littérature française au XXe siècle, avec Proust et Dominique de Roux. Ce crétin de Bukowski, idole de ces crétins de Français,  n'a fait que l'imiter, Bukowski, c'est une mauvaise traduction de Céline. Burroughs, c'est un mec qui l'a compris et porté plus loin. Burroughs et Ginsberg étaient allés voir Céline, peu avant sa mort, quand ils étaient à Paris, au Beat Hotel, rue Gît-Le-Cœur, au Quartier Latin, en 1961. Ginsberg, deux mois avant qu'il ne meure lui-même, déjà très malade, me l'a personnellement raconté, quand je l'ai interviewé en 1997, pour le documentaire sur Norman Mailer pour l'émission Un Siècle d'écrivains de Bernard Rapp, diffusé le 20 janvier 1999.
La seule apparition de Burroughs au cinéma intéressante est dans Drugstore Cow-Boy, un film sur la drogue avec Matt Dillon, où il joue un personnage de drogué, appelé The Priest (Le prêtre), et il est tout bonnement extraordinaire. Il vante les mérites du Dilaudid, un opiacé synthétique comme le laudanum que prenait Thomas de Quincey à Londres au début du XIXe siècle, dont parle Baudelaire dans Les Paradis artificiels. Baudelaire fut le premier traducteur du livre de de Quincey, Les Confessions d'un mangeur d'opium.
TM, mai 2016

16.5.16

Richard Stratton et la "Hippie Mafia", vieux amis hors-la-loi, Brotherhood of Brotherly Love

         
Carte de taulard de Richard Stratton
LES TOURS ET LES DÉTOURS D'UNE VIE DE BÂTON DE CHAISE:
    Dans cette vie étrange, d’un château l’autre, j’ai croisé un certain nombre de drôles de citoyens. L’un des plus marquants fut Richard Stratton, cow-boy de légende, journaliste à Rolling Stone, candidat malheureux à l’équipe de lutte libre des JO de Mexico, puis trafiquant de marijuana à la tonne, parrain de la Hippie Mafia, dont les fournisseurs se trouvaient aussi bien au Mexique, en Colombie, qu’au Liban. Il était également proche de Norman Mailer et de Hunter Thompson. Il me raconta comment, à Beyrouth, en pleine guerre civile, trafiquant américain, on lui avait refilé une boule de libanais rouge, pour goûter. Comment ensuite, au cours de la nuit, tandis que les obus de mortier tombaient autour de l’hôtel, une escouade de la police libanaise avait débarqué dans sa piaule pour l’emmener direct vers le patron des douanes nationales, qui voulait traiter avec l'Américain, et lui dit aussitôt que le hasch qu’on lui avait refilé, c’était de la daube. Lui, patron de la douane, il avait bien mieux à offrir, direct de la plaine de la Bekaa, sous contrôle syrien.
Richard Stratton, aujourd'hui

         Ensuite, un caïd mafieux de Boston le menaça de mort, s’il ne payait pas tribut. Richard, qui avait d’autres relations dans les Familles, ne se laissa pas impressionner. Il les payait déjà, pour importer ses cargaisons. Et s’en sortit sans dommages.
         En 1982, Richard fut arrêté par la DEA, balancé par un contact cocaïnomane. Lors de son procès, les fédéraux, désireux d’une affaire retentissante, lui promirent une réduction de peine, s’il acceptait de mouiller Thompson et Mailer. Jusqu’au jour d’aujourd’hui dit-il, s’il peut se faire face dans le miroir au moment de se raser, c’est parce qu’il a refusé  le marché.
         Richard n’a pas que des motifs de satisfaction. Tant de ses proches sont morts ou en taule, ou ce sont devenus des épaves, sans compter les victimes innocentes, parfois abattues par tel ou tel truand pour telle ou telle raison collatérale, qu’il lui a fallu repenser à tout ça, et que son rôle de Robin des Bois de l’herbe, est loin de lui sembler sans tache.

         En prison, Richard a écrit un beau polar sur le trafic (préfacé par Norman Mailer) : L’Idole des camés (Rivages/Noir), traduit par l’auteur de ces lignes, et il a percuté qu’on ne pouvait se défendre contre l’arbitraire juridique, qu’en ayant une bonne compréhension du langage dans lequel s’exprime la Justice. Sa peine avait été portée à 25 ans, pour son refus de collaborer. Il découvrit, en étudiant les textes de loi, que si l’on peut réduire la peine d’un suspect coopératif, on ne peut l’aggraver si celui-ci refuse de collaborer avec la Justice. Ce serait de la coercition, et c’est antidémocratique !… Richard sortit donc au bout de 8 ans, en 1990, et lorsque je fis sa connaissance, deux ans plus tard, il était marié avec Kim Wozencraft, ex-flic des stups devenue toxico et envoyée en taule par le FBI, auteur de Rush, où elle racontait tout ça, porté au cinéma, dans un film avec Janet Jennifer Leigh, et Jason Peric.
         J’ai parlé et de l’un et de l’autre (depuis séparés) dans Cargo sobre. J’ai commis, au sujet de Richard Stratton, une petite erreur par omission, dans ce livre, mémoire fautive. J’ai incomplètement cité son Haïku de prisonnier des pénitenciers fédéraux, oubliant les deux premières lignes, réparons cet oubli :
         Au bout des rouleaux de barbelé,
         Brille un ciel bleu empalé,
         Les miradors, comme des phares octogonaux,
         Signalent le naufrage, des vies échouées ici.
Norman Mailer et Richard Stratton au cours d'une party mémorable, où j'étais arrivé en retard!…

         Grâce à Richard, j’ai rencontré Norman Mailer et grâce à lui encore, tourné le documentaire sur cet auteur majeur au XXe siècle, pour Un Siècle d’écrivains, l’émission de Bernard Rapp, diffusé le 20 janvier 1999, et certainement vendu depuis en DVD sans que j’ai jamais touché une thune. Quand on commence dans la débine, on se fait enfler ad vitam æternam, à moins d’être un requin, mais j’ai beau m’y efforcer, l’entraînement me fait défaut. Jours effrénés à Brooklyn Heights, à Manhattan, à enchaîner interviews sur interviews, le pulitzer George Plimpton, le champion du monde mi-lourds José Torrès, le poète beat Allen Ginsberg, l'égérie féministe Kate Millett, Mailer lui-même, transbahutés dans le 4x4 de Stratton, vodka citron vert en fin de journée.
La dernière fois que j’ai vu Stratton, en 2010, près de Battery Park, Manhattan, le long de l’Hudson, sur le chemin piéton que je remontais lentement par un dimanche à la chaleur écrasante, c’est lui qui m’a appelé, What are you doing here, it’s not Paris, it’s New York !…. Il avait l’air en forme. Un enfant de sept ou huit ans courait à ses côtés, qu’il me présenta comme son dernier fils, d’une actrice sud-américaine, je crois. Il vient de publier ses mémoires (Smuggler’s Blues), assorties d’un documentaire, où le vieux bandit crache tout :
Je ne savais pas tout ça (une bonne partie tout de même, on avait passé pas mal de temps en bagnole, à discuter le bout de gras). Il va falloir que je lui passe un coup de Skype…
TM, mai 2016.


         

8.5.16

Voir double sans avoir bu

DOUBLONS D’ESPAGNE SUR CARGO MONOJET

         Comme me le conseillait ma troublante agente littéraire dans son bureau géant de l’avenue de Breteuil… elle cherchait à m’entuber sur l’avance de la traduction en Afrikaaner de Morphine Monojet en me montrant ses cuisses fuselées grâce à son fauteuil pivotant dernier cri… et n’abordait ce sujet que pour aggraver ma confusion :
         Thierry, il est temps pour vous de faire une revue de presse !… Non vous vous rendez compte que vous totalisez une dizaine d’articles !…
         Elle ne perdait rien pour attendre, mes collègues dans l’import-export  ont une filiale à Johannesburg.
         Marie-Astrid, vous êtes une grande professionnelle !… Je vais m’y employer derechef !… Laissez-moi deux jours !…
         Puis ma troublante agente littéraire entreprit de m’arnaquer sur les droits cinématographiques de l’adaptation de Cargo sobre par Clint Eastwood. Heureusement, à Hollywood, je suis du dernier mieux avec une adepte de Charles Manson qui a l’âge d’être sa petite-fille, mais connaît son catéchisme par cœur.


         REVUE DE PRESSE :
        
Dans le Figaro Littéraire, l’écrivain Christian Authier chroniquant Morphine se déclara : Impressionné par la beauté sèche de l’écriture, et sacra mon petit roman : l’œuvre d’un grand styliste. Dans le Figaro Magazine Jean-Christophe Buisson m’adressa un Coup de chapeau pour le très beau Cargo sobre. Un doublon, en quelque sorte…
Dans Sud-Ouest, Gérard Guégan, légende controversée du monde de l’édition (nous allons y revenir plus loin), comparait Morphine au chef-d’œuvre Substance-mort de Philip.K.Dick. Deux mois plus tard, il devait dans le même périodique faire l’éloge de Cargo sobre, sous le titre : Voyage au bout de l’abstinence. Deuxième doublon.
         Entretemps, Lionel Decottignies choqua tous les Russes blancs de ma connaissance, en parlant de Morphine Monojet comme  d’un Très beau roman social, hymne à la nuit, dans l’Huma-Dimanche. Les Russes blancs, depuis qu’ils savent que que je suis un auteur social dont on dit du bien dans un hebdo communiste, versent consciencieusement de l’arsenic dans ma vodka.
         L’écrivain Olivier Maulin  voyait non sans raison la dictature du manque omniprésente dans Morphine, comme une préfiguration du totalitarisme contemporain dans les colonnes de Valeurs actuelles. Il est beaucoup question d’un nouvel article-portrait de votre serviteur dans le même magazine, qui ne saurait tarder, par un autre romancier de mes amis. Doublon en perspective…
Dans Causeur, Daoud Boughezala me tira sa version du portrait, se souvenant d’une anecdote sur un pope dans un monastère de l’Oural, qui avait cherché à me convertir à l’orthodoxie… Ce qui m’aurait réconcilié avec les Russes Blancs certes, mais c’était aller un peu vite en besogne, changer de religion à mon âge, c’est une grande décision… Bref, pas un doublon, mais une double page…
Enfin — mais ça, il a fallu que je le montre à ma troublante agente littéraire, à l’instant même où elle prétendait que non, 25%, ça n’était pas exagéré pour tous les services qu’elle me rendait — mes amis romanciers Christopher Gérard, et Pierric Guittaut, ont pondu d’excellentes chroniques de Morphine,  et de Cargo sur leurs blogs respectifs, Archaïon hautetfort, et Fin de chasse.
Puisque je vous dis, Marie-Astrid, qu’avec toute la pub que je vous fais, vous pourriez me faire cadeau de la comm !…

Et je reviendrai prochainement, sur les romans de l’un et de l’autre, le Maugis (l’Âge d’Homme) de Christopher Gérard, œuvre de grand écrivain, par sa complexité, la limpidité de sa langue, et les thèmes majeurs du XXe siècle, que je n’ai abordé qu’en passant ; D’Ombres et de flammes de Pierric Guittaut, à paraître très prochainement à la Série Noire, où le talent spontané de ce surdoué du genre donne sa pleine mesure.
Dernière minute!… L'ami Pierric ne s'est pas contenté de son blog!… Il a récidivé dans Éléments (On vous l'avait bien dit, il est infréquentable!… s'exclament les commissaires du peuple!…Eh, les gars, répond votre serviteur, vous me fait rentrer à TéléramInrocksMondéRation?… Il paraît que le proprio paie bien?…), avec un papier plus long et plus fouillé, ma modestie souffre cruellement, moins pour ses éloges, que pour son exergue: Punk's not dead!… Dans la revue de la Nouvelle Droite!… Ça et La ballade des junkies dans le Figaro Littéraire entre deux académiciens (Si j'étais académicien, je m'habillerais tous les jours en académicien, disait Gombrowicz, d'après de Roux…) et une ancienne ministre, vous avouerez que je suis le seul à le faire !… Il va falloir que je reprenne mes pilules contre la mégalomanie…
Bref, il était temps de prendre congé, la salle d’attente de ma troublante agente littéraire était pleine d’auteurs venus se faire enfler. Avant de partir, je pris, comme toujours, soin de vérifier qu’elle ne m’avait pas barboté mon larfeuille.


GÉRARD GUÉGAN, LE JOUR ANNIVERSAIRE DE LA LIBÉRATION : TOUT A UNE FIN, DRIEU 
(GALLIMARD) :
On parlera de copinage, voire de prévarication… Curieux comme le temps présent, qui se proclame affranchi, est un paradigme de la philosophie du soupçon, d’essence policière Voire on me traitera de faf, comme c’est arrivé récemment — un foutriquet mal dessalé, lui-même esclave d'une antédiluvienne vermine de 68  politique fiction tournée néo-con Charlie, dans un syndicat d'auteurs où je m'étais inscrit pour faire plaisir à un  vieil ami… vils flatteurs, va ! Comme je vous remercie!… Quiconque ne s’est pas fait traiter de faf, à une époque où la bourgeoisie post-gauchiste a pris les rênes, pour accomplir l’ordre du jour des multinationales, et mener l’éternelle politique de la canonnière au Tiers-Monde sous prétexte de démocratie — comme autrefois sous prétexte de civilisation— est une mauviette ou un vendu, voire les deux, c’est souvent le cas. À moins qu’il ne s’agisse encore d’un certain abrutissement crasse franco-français — par exemple celui qui voit dans l’OTAN, une force de libération !…

J’ai croisé Gérard Guégan au début des années 1980, par l’intermédiaire des éditions du Dernier Terrain Vague, et puis il fréquentait une salle de sport aujourd’hui disparue, Plage 50, rue du Fbg St-Denis, où il pratiquait le karaté, sous l’égide de l’instructeur Gaston Portugais. J’y avais également, à l’époque, mes habitudes, quoique dans une section différente. La dernière fois que je l’ai vu, il y a 35 ans à St-Germain, j’allais fourguer des pirates de Hammett à la défunte librairie La Hune, forçat de la diffusion, et il ne m’a parlé que de karaté. J’avais lu ses romans, une dizaine d’années plus tôt, dans la première moitié des années 1970. Si un certain nombre de détails à la Hemingway m’avaient marqué dans les premiers (On testera les recrues à l’acide —LSD— dans Les Irréguliers), celui qui m’avait le plus impressionné est celui dont on ne parle jamais : Un Silence de mort (Lattés). C’était un roman sur l’impossibilité d’écrire, telle qu’on la concevait à l’époque. Après dada, Céline, les hussards, et les situs, qu’ajouter aux oraisons littéraires ?… Ce paradoxe était une gageure très significative, dont le vieux lion se sortait à merveille, les passages « hussards » et les passages « Utopia » (ou le rêve situationniste) étaient d’une facture remarquable de prescience. Et puis le journaliste parti à la cambrousse pour écrire son chef-d’œuvre — sans y parvenir, en dehors de ses éblouissants pastiches— se faisait flinguer pour une banale histoire d’adultère.
Depuis, en dehors de sa chronique sur mon camarade Vladimir Kozlov  pour le roman Racailles, traduit par votre serviteur (« La Vie à bout portant »), je n’avais pas lu Gérard Guégan, que je n’ai jamais revu non plus. Et puis, Une fleur du temps, disait feu mon amie Micheline, fille des rues au beau brin de plume quand elle s’y mettait, Gérard me fait la grâce de deux critiques de mes récentes parutions. Alors forcément, il y a deux jours dans une librairie politcorrecte à pleurer de mon trou de province, quand je vois son Tout a une fin, Drieu, la curiosité est la plus forte. Faf, comme je suis d’après certains, DLR est dans mon panthéon, mais peut-être pas pour les raisons qu’on croit. N’ayant fait ni Sciences-Po, ni Normale-Sup’, c’est chez le maudit que j’ai appris comment faire des portraits de femmes, qui ne soient pas qu’un cul, ni une pure projection masculine, qui aient leur logique propre, quels que soient les préjugés années 1930 de DLR.
Or Gérard Guégan, dans Tout a une fin… réussit parfaitement à résumer le malaise qu’est Drieu, qui hante notre littérature. Le monologue intérieur — car Guégan l’hemingwayen est moins dogmatique comportementaliste qu’il ne semble — de DLR est parfaitement convaincant dans sa résignation ultime, son abandon au destin, ses lancinants remords d'homme fini. De même, les partisans communistes qui le jugent ont à la fois une précision de tireur d’élite pour le flétrir dans les accès d’hystérie nazie ou antisémite où DLR se déshonora, et paradoxe encore, ce reproche : comment vous, d’une ultra-sensibilité parfois divine, vous que nous lisions pour votre sincérité désarmée, avez-vous pu déchoir dans la barbarie dégradante ?… Ces partisans sont les lecteurs de Drieu, pour l’essentiel.
En cela, Gérard Guégan nails it, je ne sais pas le dire en français. Il rive le clou en étant concret communiste, comme il est noble de l’être, que DLR ne peut qu’accepter dans cette « fable » d’une grande intelligence. Et la dissolution interne de DLR n’en est que d’autant plus vraisemblable. Il exprime aussi le déchirement intime qui caractérise le regard sur DLR (sauf pour la vermine politcorrecte et son ordre du jour abject). Si proche et si lointain, dans ses crises de virilisme, dans son masochisme, dans son auto-condamnation, dans sa rumination infinie, ses souvenirs de guerre, son orgueil parfois justifié, son narcissisme.
Depuis le livre de Frédéric Saenen (éditions infolio), qui plaçait DLR face à son œuvre sans complaisance, je n’ai rien lu d’aussi pertinent sur le sujet, au cœur de la culture française jusqu’au jour d’aujourd’hui.
Un certain nombre de mes copains vont monter au créneau. Guégan a déboulonné le mythe Debord de bien des manières, les puristes situs vont faire des pertes blanches. Mais Sanguinetti l’a fait aussi et n’encourt pas les mêmes fatwas. On dit que Guégan a inventé les propos d’Annie Le Brun au sujet de Debord, qu’il est mythomane. Eh bien, si c’est vrai, c’est un témoignage de ses qualités d’écrivain, parce qu’on s’y croirait, cela sonne juste comme si Annie Le Brun l’avait dit. De même, Guégan est toujours resté à distance respectable de la politcorrectitude, quoique communiste au début des années 1960, quand c’était encore une véritable transgression. Dans quel roman de Guégan ai-je lu ce coup de manche de pioche sur un poignet de facho, pendant la guerre d’Algérie ?… Est-ce que les bourgeois bohèmes, qui passent dans la médiacratie pour des « rebelles » avec leurs transgressions bidon,  peuvent se mesurer à ça ?…
La tartufferie, c’est la sincérité, écrirait Orwell aujourd’hui.
Gérard Guégan, avec son Tout a une fin, Drieu, a résumé ce qu’il y avait d’insupportable, Drieu, comment as tu pu nous trahir ?…
TM, mai 2016.