SCANDALES INTERNATIONAUX CACHÉS EN
FRANCE
L’amour
de la vérité étant le seul motif poussant l’Auteur de ce petit tract, il prie
sincèrement les lecteurs susceptibles de découvrir quelque déficience que ce
soit dans son raisonnement, ou bien d’être en possession de preuves qu’il
n’aurait pu lui-même obtenir, de les faire valoir de même que leurs objections
au public, aussi brièvement, méthodiquement, et simplement qu’il l’a lui-même
entrepris.
Percy Bysshe Shelley : La Nécessité de l’athéisme.
Journalisme d’investigation
Les médias grand public et leurs alliés de toutes obédiences se sont,
semble-t-il, lancés dans une entreprise de reconquête à deux volets d’un public
qui les fuit chaque jour un peu plus: la chasse, organisée par eux-mêmes et leurs
amis politiciens, aux fausses
informations grâce à des décodeurs
jetant l’opprobre sur les médias alternatifs (la concurrence), dont ils sont
les fabricants. D’autre part, ils procèdent à de parcimonieuses injections de
vérité visant à leur rendre un lustre et une crédibilité fâcheusement ternis.
Le journalisme d’investigation à la
mode consiste à suivre les pistes lâchées par téléphone ou Facebook interposés,
venues d’une source anonyme ou non— mais
on ne nous le dira pas — qui conduit par exemple à « l’affaire
Fillon » pour ses trois Rolex, ses deux déjeuners chez Lasserre, sa
cravate St-Laurent, les minables prébendes de sa femme, est susceptible d’être
mené par n’importe quel tâcheron muni d’un Smartphone — et vraisemblablement
téléguidé par un des concurrents politiques de l’ex-Premier ministre au sein de
son propre parti.
De même, l’inénarrable « affaire
Benalla » surgit sans doute — à répétition — de sources policières ou
assimilées, défrisées d’avoir été mises sur la touche par un pouvoir frais
émoulu des banques, désireux de privatiser même l’ultrasensible. Il est malencontreux de s’en prendre de front aux
organes de sécurité, comme s’y est attelé d’emblée le régime en place en France.
L’administration Bush Junior en avait déjà fait la cruelle expérience. Après
avoir contraint la CIA et le FBI à porter le chapeau du 11 septembre et des
« armes de destruction massives » de Saddam, s’humiliant en public
devant les Commissions Sénatoriales, elle avait été confrontée à une série de
révélations explosives parues soudainement dans la presse en préambule aux
élections Midterm de 2006. Celles-ci dévoilaient
l’homosexualité d’un certain nombre d’élus ou propagandistes Républicains vivement
opposés au mariage gay — dont un Monsieur anti-pédophilie écrivant des mots
doux aux pages mineurs de la Maison
Blanche, et un pasteur évangéliste du Colorado louant les services d’un gigolo
pour des soirées sous methamphétamine.
Ce qui fut suivi par les escroqueries
de grande ampleur de l’avocat Jack Abramoff dit « Casino Jack »,
parce qu’il fourguait les casinos des réserves indiennes au Congrès en touchant
de tous les côtés et fraudant le fisc avec le soutien du leader Républicain au
Congrès Tom DeLay. Les Républicains perdirent la majorité, Abramoff sortit de
son bureau de lobbyiste avec les bracelets, encadré de deux G-men vers un séjour sous les verrous,
DeLay (surnommé « The Hammer », dans sa période de gloire à
Washington) retourna dans son Texas natal, dépouillé de tous ses titres, pour
vendre l’essence de ses stations-service afin de payer une amende fédérale considérable.
Il est maintenant de notoriété publique que ces révélations avaient pour
origine les organes de sécurité américains ulcérés qu’on les ait livrés à la
vindicte populaire — par nature bien renseignés et rancuniers. Le plat se mange
froid…
La
Minute de la Haine
Bref, nous savons donc à peu près à
quoi nous en tenir sur ce journalisme
d’investigation, mené aujourd’hui par ces organes de presse grand public en
France, redorant leur blason au passage — ils seraient honnêtes, et cesseraient enfin de confondre leurs opinions avec des faits. Ils enquêteraient
sur ce qui ne fait pas plaisir.
Certes, mais alors pourquoi le scandale
britannique entourant l’affaire Integrity
Initiative, qui a provoqué plusieurs interventions à la Chambre des
Communes, tant de parlementaires que de ministres du gouvernement conservateur
de la Perfide Albion, n’a-t-il fait l’objet d’aucune couverture média grand
public en France ?… Une affaire cantonnée dans l’Hexagone aux traductions
succinctes de marginaux conspirationnistes
de la Toile ?… On se perd une fois de plus en conjectures, les médias
grand public sont-ils débordés, exclusivement franco-français, voire lisent-ils
mal l’anglais ?… Ils ne se gênent pourtant pas à chaque Minute de la Haine orwellienne
anti-Poutine ou anti-Trump, retrouvant tout à coup une inspiration internationale ?… Obnubilés par les
Gilets jaunes ?…
Nous marquerons ici une pause, laissant
les lecteurs se convulser, trembler, cracher, vociférer à l’évocation des
figures des dirigeants russes et américains, honnies à l’écran dans tous les
foyers occidentaux. La Minute de la Haine
est un rituel médiatique néo-soviet qu’il ne convient pas de prendre à la
légère. Ça va mieux ?… Poursuivons.
Les
Démocrates pris la main dans le sac à malices
Le scandale des faux comptes Twitter
russes contrefaits par les Démocrates pour peser sur les élections de décembre
2017 en Alabama — en prétendant une intrusion de qui vous savez — n’a pas non
plus attiré l’attention des médias grand public français. Ils étaient toutefois
si acharnés quand il s’agissait du hacking
russe chez ces mêmes Démocrates aux élections présidentielles américaines
de 2016 — traumatisés d’avoir tant plastronné leur pronostic : Mamie
Clinton dans un fauteuil (roulant).
Pourtant, une affaire de ce genre
devrait mettre en perspective certaines affirmations jusqu’à ce jour restées
sans preuves déterminantes puisque personne ne donne de sources, par souci de confidentialité — c’est peut-être
vraisemblable, mais pour le moins commode. Le public a depuis longtemps perdu
le fil labyrinthique des séances et des commissions d’enquête, dont le but le
plus clair est de tenir l’actuel président américain en laisse : Même si nous n’avons pas grand-chose,
disait ce producteur de CNN piégé en caméra cachée, la haine anti-Trump et la piste russe font vendre : ( https://www.google.com/amp/s/www.lifesitenews.com/mobile/news/cnn-producer-i-think-the-president-is-right-to-say-you-are-witch-hunting-me).
Pourtant, cette affaire a fait un gros
titre du New York Times, et les
responsables Démocrates d’Alabama ont été démasqués, et si l’enquête a tourné
court, elle a néanmoins été ouverte.
Produire l’information
Les
faux comptes russes et réellement Démocrates d’Alabama (https://grayzoneproject.com/2018/12/25/senate-report-on-russian-interference-was-written-by-disinformation-warriors-behind-alabama-false-flag-operation/)
ne sont pas liés au projet Integrity Initiative qui est une
émanation directe des services secrets britanniques, innocents dans l’État
sudiste, mais ils fournissent un « cadre de référence ». Accuser la
Russie de tout ressentiment populaire en Occident est une tactique payante (et un "gisement d'emplois"),
fondée sur l’hystérisation des rapports internationaux et le dogme
anglo-américain que personne en France ne remet en question. « L’omniprésence d’un choix déjà fait dans la production », écrivait Guy Debord. En l’occurrence, il s’agit de la production
de l’information —de nos jours la marchandise ultime — par des spécialistes aussi loin de l’événement
qu’un cosmonaute en orbite l’est de notre planète, maîtres du mensonge par
omission (entre autres).
GRU,
CIA, MI5
Rentrons dans les détails.
Le retentissant échec du GRU pris la
main dans le sac en Hollande, en octobre 2018, à fouiner cybernétiquement dans
l’enquête sur le Boeing descendu dans des circonstances suspectes au-dessus du
Donbass et les dossiers de l’organisation pour la limitation des armes
chimiques, a affolé les rédactions dans toute l’Europe !… Le diabolique Vladimir
Vladimirovitch — cible rêvée de tout journaliste occidental dont la rébellion
sans risque n’est bornée que par la cuistrerie victimaire et l’absolutisme du
marché — avait encore fait des siennes !…
Certes, mais il s’agit d’une guerre, si
virtuelle qu’elle fusse, et elle ne l’est pas partout, or dans le même temps un
autre scandale, une autre conspiration était passée sous silence : le
projet Integrity Initiative, promu
par le vénérable Institute for Statecraft,
émanation directe des services secrets britanniques et du ministère de la
Défense de Sa Gracieuse Majesté dont il dépend, née en 2015. Comme d’habitude,
deux poids, deux mesures. Dans un rapport de 44 pages accessible à tous ceux
qui savent lire l’anglais, un groupe d’universitaires britanniques (http://syriapropagandamedia.org/working-papers/briefing-note-on-the-integrity-initiative) de Bristol, Édimbourg, Leicester,
Newcastle… opposés à la néo Guerre Froide et aux entreprises néocoloniales au
Moyen-Orient — la politique de conquête des ressources sous prétexte de
« démocratie » — révélait l’existence d’un réseau d’influence assez
développé, en Europe, au Canada, aux États-Unis, en vue de discréditer et de
calomnier toute initiative et présence russe « agressive ». On y
incluait l’influence douce par
chaînes de télé interposées, ce qui ne viendrait à l’idée de personne s’il
s’agissait des Américains.
Ici, une réflexion : contrairement
à ce que prétend l’idéologie dominante, les Russes et leur État sont rarement
« agressifs ». Ils ont déjà fort à faire dans un État démesuré
conquis en son temps, toujours menacé par la force centrifuge, et les menées
étrangères sur un ensemble aussi instable, propice, avec ses matières
premières, à toutes les convoitises. Les cosaques, paraît-il à l’origine du mot
bistro — en russe « vite »
— quand ils commandaient à boire, ne sont pas restés à Paris en 1815. De même,
dans la réécriture de l’Histoire à la mode, on oublie de noter que la plupart des
pays du Pacte de Varsovie avaient été les alliés du IIIe Reich, fourni des
troupes et du matériel, s’étaient livrés en URSS aux exactions que l’on sait
aux côtés de la Werhmacht. En général, au contraire des idées reçues, les
Russes boxent en contre. Et si le régime Eltsine, corrompu jusqu’au trognon,
était resté passif face à l’intervention Clinton en Yougoslavie, le terrain
d’entraînement au Djihad — l’invasion de l’Irak sans mandat international
n’avait pas échappé à un Vladimir Vladimirovitch débutant parce qu’elle changeait
toutes les règles et permettait n’importe quelle intrusion. L’administration
Bush Junior avait décrété que tout était permis. La suite l’a confirmé.
Les « ingérences humanitaires » se multipliant, il fallait taper
le premier, plus vite, plus fort, sur les fautes de l’adversaire. Et conquérir
les opinions publiques.
En 2008, lors de la guerre géorgienne,
les Russes, victorieux sur le terrain, avaient perdu la guerre de
l’information, la narration changeant du jour au lendemain, l’agression
géorgienne sur les troupes russes de maintien de la paix devenant, en une nuit,
une invasion impérialiste de l’ogre post-soviétique. Sur CNN, la métamorphose
de l’information avait pris à peine quelques heures, comme le démontra le
journaliste américain Yasha Levine: https://antifixion.blogspot.com/search?updated-max=2014-09-10T03:38:00%2B02:00&max-results=6&start=7&by-date=false
RT, la seule chaîne russe diffusant en
anglais, avait été brouillée en Géorgie et dans tout le secteur. L’intervention
des bérets verts américains actionnant les lance-fusées sur Tsinkvali, révélée
par Claude Angeli dans le Canard Enchaîné
— suite aux fuites de la Défense et d’un Quai d’Orsay encore secrètement gaulliste — n’avait été relayée par personne. C’était
facile, en plein mois d’août. Les médias occidentaux n’avaient pas hésité à
présenter des images de Tsinkvali rasée par les Géorgiens comme des images de
bombardements russes. De même, la présence active de mercenaires israéliens sur
place, selon les informations du quotidien Haaretz,
était restée sans écho. La leçon a porté. Les Russes se débrouillent mieux sur
ce plan-là.
Le
scandale britannique
Les militaires du GRU, par définition
maladroits hors de leur domaine, étaient peu faits pour jouer à l’influence —
très probablement l’idée maîtresse derrière l’opération de renseignement en
Hollande autour de l’épineuse question de qui avait abattu le Boeing Malaysia Airlines au-dessus du Donbass —
se sont faits piéger. Les militaires britanniques du projet Integrity Initiative ont connu le même
sort, par l’intermédiaire du groupe d’universitaires cité plus haut et de
fuites organisées par les hackers du
site Anonymous Europe :https://www.cyberguerrilla.org/blog/operation-integrity-initiative-british-informational-war-against-all-part-5/ — du reste, le site internet des
cyber-barbouzes anglais est fermé.
Mais silence de mort en France, bien
que l’affaire ait eu les honneurs d’un ou deux articles du Guardian, et fait l’objet d’un débat au parlement britannique où le
ministre des Affaires étrangères Alan Duncan, a du se justifier publiquement :
1) sur la campagne de calomnies orchestrée par Integrity Initiative contre le leader travailliste Jeremy Corbyn,
présenté comme « pro-Kremlin » pour l’éliminer, 2) sur le financement
d’une entreprise aussi coûteuse, où l’on retrouve l’OTAN, la fondation
néo-conservatrice américaine Smith
Richardson, les ministères de la Défense estoniens et lituaniens, Facebook,
sans parler du MI5 et du MI6. Un des scandales parmi d’autres dans cette
affaire était la tentative de compromission de Corbyn, dirigeant de
l’opposition, par un organisme dépendant du gouvernement conservateur en place.
Curieusement, dans les médias français grand public — pas un mot, tandis qu’on
nous rebat les oreilles de la « propagande russe », des visées du GRU.
De même, les faux comptes Twitter russes fabriqués par les Démocrates en
Alabama pour faire basculer l’élection en leur faveur rencontrèrent en France
un silence assourdissant, pendant qu’on suivait pas à pas l’interminable
enquête sur l’intrusion russe dans les serveurs Démocrates en 2016. Il est
possible que les Russes aient cherché à se renseigner par le truchement de l’informatique
dans ces élections — les espions sont payés pour ça. Mais les États-Unis d’Amérique
ont cherché à influer sur toutes les élections mondiales importantes depuis
1945. Récemment, leurs services avaient placé des micros dans les portables
d’au moins deux présidents européens alliés.
Récemment encore, les faiseurs d’image d’Obama travaillaient à la communication
de l’actuel président français durant sa campagne (certainement pas à l’œil).
On ne leur en tiendra pas rigueur : Comme
vous êtes farceur, Old Boy !…
John Rendon, le scénariste de la 2e guerre d'Irak |
Les
caniches mangeurs de grenouilles
En résumé, nous aurions affaire à une
« information » qui n’appellerait « propagande » que ce qui
la défrise. Le reste ne serait pas digne d’être mentionné. Les caniches
français, soucieux de rattraper les péchés gaullistes du passé, feraient donc
preuve d’une servilité plus confondante encore que celle de l’Angleterre de
Tony Blair, par excès de zèle.
En effet, certaines informations
passent systématiquement sous le radar des mangeurs de grenouilles : le
financement du mouvement ukrainien Svoboda
par le Département d’État américain et le milliardaire Omidyar de la Silicon
Valley, une joint-venture à hauteur
de 400 000 dollars en 2014, par exemple. Il s’agissait d’un fait exposé par le
journaliste américain Mark Ames, papiers comptables du mouvement à l’appui et
traduit sur le blog Antifixion : http://pando.com/2014/02/28/pierre-omidyar-co-funded-ukraine-revolution-groups-with-us-government-documents-show/. On peut aussi compter au nombre des
omissions stupéfiantes le prisme pronazi, le culte de la division SS Galicie de plusieurs groupes en Ukraine
et non des moindres. Les belles âmes françaises ont mis cinq ans à s’en
apercevoir — alors que les néo-cons américains le découvraient eux-mêmes, dans
la hâte classique des États-Unis à foutre le camp d’une situation ingérable
après avoir mis le souk, comme en Indochine, en Irak, etc.
L’Ouverture
« Brits for Bernie », roquer à
l’espagnole et la Défense scandinave
Retournons à Integrity Initiative, dont nous n’avons pas encore épuisé les
surprises. Que son fondateur Christopher Donnelly sorte des rangs de l’Intelligence Corps et soit un Cold Warrior de la vieille école
n’étonnera personne, non plus que le passé militaire de son noyau dur dont un
membre au moins a fait partie des commandos paras de Sa Gracieuse Majesté, et
plusieurs des Forces Spéciales.
Mais la figure d’un Simon Bracey Lane
est plus intrigante. Ce (très) jeune Anglais a en effet travaillé au quartier
général de la campagne du candidat Démocrate malheureux Bernie Sanders sous
l’étiquette publicitaire « Brits for Bernie », sans qu’on sache comment
il était parvenu jusque-là avec un visa de tourisme, ou comment sa passion pour
le candidat de gauche populiste a pu se transformer, de retour au pays, en
fanatisme antirusse au service d’une entreprise surgie directement de l’État
Profond britannique. Selon le Sunday Mail,
il aurait été, grâce à son expérience américaine, l’instrument privilégié de la
campagne de calomnie contre le leader travailliste. Et recruteur ?… Même
le terriblement de gauche bon genre Guardian
qui compte parmi ses rangs un certain nombre de membre des Clusters d’ Integrity
Initiative, dont ferait partie notamment
la Française Natalie Nougayrède, a dû s’émouvoir lorsque les preuves d’attaques ciblées contre Jeremy Corbyn ont
provoqué l’intervention du ministre des Affaires Étrangères britannique.
En effet, le projet Integrity Initiative a une vocation
internationale, recrutant (et payant parfois) dans tous les pays d’Europe et
d’Amérique du Nord un réseau par « grappes » ou Clusters aux ramifications étendues. La liste publiée sur son site
par le groupe sur la Syrie, la propagande et les médias cité plus haut est
européenne. Chez les Français, un certain nombre d’adresses électroniques se
terminent par les abréviations révélatrices : diplomatie.fr, gouv.fr.
On y compterait aussi la « soviétologue » Françoise Tohm, auteur
d’articles vengeurs contre Vladimir Vladimirovitch dans un fleuron de la presse
française connu pour son impartialité… Le
Monde. Parmi les succès dont s’enorgueillit Integrity Initiative, figurerait la mise à l’écart de l’Espagnol
Pedro Banos, pro-Kremlin d’après les Britanniques, d’une haute fonction dans
l’appareil sécuritaire de son pays pour laquelle il était pressenti.
Le peu suspect de sympathie pour Vladimir
Vladimirovitch journal Novaïa Gazeta
devait pour sa part, sous la plume d’Alexeï Sakhine, coordinateur du
« Front de Gauche » et exilé politique en Suède après les élections
russes controversées de 2012, attribuer le rapprochement de la Suède, pays
traditionnellement neutre, de l’OTAN à une campagne de désinformation menée en
particulier par le Docteur Martin Krag du respecté Institut de Politique
Extérieure. On dénonça des survols par l’aviation russe de bases suédoises et
l’infiltration de forces spéciales russes sur le territoire — jamais confirmés.
Quoiqu’extérieur aux Clusters d’Integrity Initiative, et ceci explicitement :
pour sa protection, déclare Novaïa Gazeta (il faut savoir lire le
russe !…) (https://www.novayagazeta.ru/articles/2019/02/05/79440-vas-zastavyat-pomenyat-svoe-mnenie), le Docteur Martin Krag entretiendrait
des relations régulières avec le réseau britannique. Par la suite, tous les
critiques du militarisme et partisans de la neutralité en Suède — souvent de
gauche — furent discrédités et accusés d’être à la solde du Kremlin.
Le Docteur Martin Krag |
Deux
millions de livres sterling
Il s’agirait là de deux belles
réussites des Clusters, loin d’être
les seules. L’Institute for Statecraft,
à l’origine d’Integrity Initiative,
disposant d’un budget annuel de deux millions de livres sterling — selon David
Miller, professeur en Sociologie à Bristol et selon le Sunday Mail — on ne s’étonnera pas trop de son efficacité à
promouvoir la nouvelle Guerre Froide. Toujours selon le Mail, Integrity Iniative travaillerait
en lien étroit avec le gourou des Forces Armées américaines John Rendon, qui
mena une campagne active contre Saddam Hussein et serait à l’origine du
scénario « armes destruction massives » (https://www.dailyrecord.co.uk/news/scottish-news/secret-infowars-unit-who-attacked-13912553), sa firme de relations publiques
ayant touché cent millions de dollars pour revamper le Congrès National Irakien
avant l’invasion (https://grayzoneproject.com/2019/01/08/new-documents-reveal-a-covert-british-military-intelligence-smear-machine-meddling-in-american-politics/).
Une enquête des journalistes américains Mark Ames et Max Blumenthal, citant
leurs sources.
Lien étroit également avec le
gouvernement et les forces armées de plusieurs Pays Baltes. La Lituanie et la
Lettonie ont promulgué des lois défendant la thèse du Double Holocauste, citant la répression stalinienne que personne ne
conteste, la rendant équivalente au génocide nazi pour limiter le discours
public sur le rôle des collaborateurs autochtones impliqués dans celui-ci.
Le journaliste égyptien Mohammed
Elmaazi, un collaborateur de Blumenthal, (https://archive.vn/XQ2lj#selection-549.0-566.0)
s’est rendu au siège officiel de l’organisation fantôme Integrity… en Écosse. Un tableau digne
de Chapeau melon et bottes de cuir, un
moulin déglingué et désert, l’adresse était bidon. Reprenant le chemin de la
maison-mère Institute for Statecraft,
il atterrit dans un luxueux immeuble 2, Temple Place, à Londres, d’où il fut
éconduit sans façon, par le vétéran de la campagne Sanders, Simon Bracey Lane.
La location des locaux de Temple Place, non mentionnée dans le budget annuel,
équivaut d’après les estimations à 180 000 livres sterling.
On n’en finirait plus, à fouiller les
eaux troubles de ces sanies. Et les individus mis en cause ont beau jeu de
crier à la « désinformation russe » dont Anonymous serait l’instrument — un sous-marin du FSB, du SVR et
toute la litanie des initiales qui font froid dans le dos. Néanmoins, se
peut-il qu’une fumée aussi épaisse soit sans feu ?…
Le 2, Temple Place à Londres, décoré pour Noël. |
Les
ambiguïtés de la Guerre Froide
Digression : la rumeur prétend que
le fameux échec du GRU, si fort dénoncé par Le
Monde, aurait pour origine des « peaux de banane » de ses
concurrents russes, « services amis », cités plus hauts.
Eh bien, dans les médias grand public
français — pas un mot sur l’affaire Integrity
Iniative qui suscite à juste titre de nombreuses interrogations. Le prisme
franco-français, ou le dogme anglo-américain ?… La question reste ouverte.
Lorsqu’on l’interrogea en 2003, au
moment de l’invasion de l’Irak à laquelle il était opposé, sur ses regrets de
la Guerre Froide, son fond de commerce, l’écrivain John le Carré
répondit : Je regrette les
ambiguïtés de la Guerre Froide, en effet, pour prouver que nous étions des
démocraties, nous devions autoriser les Partis Communistes, en principe agents
de l’ennemi…
Cette ambiguïté est aujourd’hui
inversée : la chaîne RT France (ou USA, ou Grande-Bretagne) caractérisée
par définition comme La Fleur du Mal doit
donner des gages de son impartialité et va très loin dans ce qu’on pourrait
appeler une forme d’objectivité pour déjouer les soupçons, invitant souvent la
partie adverse, posant les questions qui fâchent aux « populistes ».
L’ambiguïté de la néo-Guerre Froide a inversé la tendance. Les médias
occidentaux parlent d’une seule voix, d’une seule, tandis que les émanations de
la démocratie illibérale sont
contraintes d’admettre les divergences. À l’extérieur tout au moins. Selon des
sources fiables, notamment Édouard Limonov, le pouvoir russe ne voit pas d’un
très bon œil les Gilets jaunes et les médias qui lui sont acquis (il en existe d'autres) ne leur accordent, intérieurement, qu’une
couverture minime, tandis que l’AUDIMAT de RT France explose grâce à ses
reportages in extenso sur la révolte
française. La force des symboles : les révolutions
de couleur ont laissé un mauvais souvenir au régime de Moscou. Humbles
citoyens, profitons sans vergogne des interstices des propagandes !
Le mot de Saint-Just
"Le point de départ de l'écrivain doit être celui du
tenancier de bar : ne pas chercher à améliorer le genre humain."
(Horace
Engdahl, La Cigarette et le néant)
Le défaut soviétique des médias grand public occidentaux et en particulier français, comme nous venons de le souligner, c’est l’uniformité, à quelques détails près — pas tous partisans de la même équipe de politiciens… — ils sont unanimes. Ils négligent l’axiome de leur marketing chéri : le consommateur réclame la variété de choix. Sinon, il se lasse et s’ennuie. L’URSS s’est effondrée ainsi. En taisant des affaires cruciales. En taisant leur boulot à moitié, les médias grand public occidentaux creusent leur tombe, pour paraphraser Saint-Just.
Il fut un temps où le destin des hommes ambitionnait de s’inscrire dans l’Histoire. Aujourd’hui la perpétuelle négation des choses interdit la naissance de l’Histoire. Et pas plus qu’en stratégie il n’y a de réussite absolue, il n’existe en politique de vérité absolue. Toujours des circonstances.
Dominique de Roux, Maison Jaune.
Thierry Marignac, 2019.