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14.4.18

Внимание ! Внимание ! Новый роман Козлова !! Опасно!! Attention danger! Un nouveau roman de Kozlov!


Le remarquable auteur Andreï Doronine, qui se double d’un homme d’affaires, vient de lancer une maison d’édition à Pétersbourg : CHAT.
Très naturellement, il s’est tourné vers une de mes vieilles connaissances, un habitué de ce blog, avec qui il avait coexisté dans ma défunte collection ZAPOÏ, J’ai nommé Vladimir Kozlov, comportementaliste sans merci, archéologue de la Soviétie, réalisateur de films coup de poing. Voici la présentation de son dernier bouquin LITHIUM, dont Antifixion présentera prochainement un chapitre. Le fracas du Rock’n’Roll dans le chaos des années 1990 russes.
Пресс-релиз

Владимир Козлов "Lithium" (роман)

Editions Chat, Санкт-Петербург, 2018

Владимир Козлов, известный книгами "Гопники" и "Школа", выпускает новый роман – первый за пять лет.

""Lithium" - роман любви-ненависти о 1990-х, - говорит автор. - В нем есть криминал, наркотики, капитализм, свобода. Действие происходит между Питером и Москвой, а история развивается на фоне музыкального андеграунда, попсового шоу-бизнеса, первых рейвов и клубов. При этом все происходящее легко проецируется на наше время."

"В книге два главных героя, парень и девушка, - продолжает Козлов. – Оба они – по-своему мои альтер-эго, оба - из моего поколения, родились в начале 70-х. Они выросли еще в СССР, видели его распад, а сейчас пытаются найти себя в новой реальности, бросаются в пучину новых возможностей, которая перед ними открывается."
Фрагменты книги можно прочитать здесь:

Книга выходит ограниченным тиражом в новом питерском издательстве Editions Chat в конце апреля. Уже объявлен предзаказ: https://vk.com/club7800865?w=wall-7800865_2072%2Fall

Об авторе
Владимир Козлов родился и вырос в белорусском городе Могилеве. Окончил Минский лингвистический университет. С 2000 года живет в Москве.
Автор более десяти книг прозы и нон-фикшн, в том числе «Гопники» (2002), «Домой» (2010), «1986» (2012) и «Война» (2013).
Обладатель премии «Сделано в России» проекта Сноб в категории «Литература» (2013).
Проза Козлова включена в лонг-листы премий им. Казакова, «Национальный бестселлер», «Большая книга», НОС, премии Белкина.
Автор сценария и режиссер игровых фильмов "Десятка" (2013), "Кожа" (2015), "Аномия" (2016) и "Как мы захотим" (2018) и документального фильма "Следы на снегу" (2014). Участник и призер российских и международных кинофестивалей.
Произведения В.Козлова опубликованы во Франции, Сербии, Словакии и США.
Официальный сайт: www.vladimir-kozlov.com

Lithium, Vladimir Kozlov, roman.
Éditions Chat, Saint-Pétersbourg, 2018.
Vladimir Kozlov, connu pour ses romans Racailles  et L’École, sort un nouveau roman — le premier depuis 5 ans.
Lithium est un roman d’amour-haine sur les années 1990, dit l’auteur. On trouve du crime, des stupéfiants, le capitalisme et la liberté. L’action se déroule entre Pétersbourg et Moscou, et l’histoire progresse sur fond d’underground musical, de show-business, des premières rave et des premières boîtes de nuit. Qui plus est, il est facile de voir comment ce qui s’y passe annonce notre époque.
Il y a dans ce livre deux personnages principaux, un garçon et une fille poursuit Kozlov. Tous les deux sont mes alter ego, tous les deux sont de ma génération nés dans les années 1970. Ils ont grandi en URSS, ont assisté à son effondrement, et se cherchent dans une réalité nouvelle, se jettent dans le flot des nouvelles possibilités qui s’ouvrent à eux.

L’auteur :
Vladimir Kozlov est né et a grandi dans la ville de Moguilev en Biélorussie. Diplômé de l’université linguistique de Minsk. Il vit à Moscou depuis 2000.
Il est l’auteur de plus d’une dizaine de livres, parmi lesquels Racailles (Version française, Moisson Rouge 2010), Retour à la case départ (Version française, Moisson Rouge, 2012) et Guerre (Version française Manufacture de livres, 2017, collection Zapoï)
Réalisateur d’une dizaine de films dont le documentaire sur le punk sibérien Traces dans la neige.
Ses livres sont traduits et publiés, en France, en Serbie, en Slovaquie, et aux Etats-Unis.


10.4.18

Andreï Doronine, premier poème

Чтобы поймать Твой запах 
Мне достаточно кончиков пальцев. 
Ровно сто тысяч звёзд я в рядах
Анонимного клуба мерзавцев.
Я Агасфер, я выношен, выпестован. 
У меня из живого лишь семя.
Я себе через боль выторговал 
Бесконечно ненужное время.
Сотни, тысячи слов не заменят
Твоего секундного взгляда, 
Но никто, никогда не избавит 
От столетнего личного ада.
Меня накрывает злость, 
За ней же приходит похоть.
Твоё оружие слово, 
Моё дыхание копоть.
©Андрей Доронин, 2018.
(Traduit par TM)

Pour saisir ton odeur
Le bout des doigts me suffit.
Juste cent mille étoiles, dans les rangs votre serviteur
Au club des Canailles Anonymes réunis.
Usé, condamné, je suis le Juif Errant.
Il n’y plus en moi que ma semence de vivant.
Je me suis à moi-même revendu
Une durée infiniment inutile.
Des centaines, des milliers de mots ne remplaceront plus
Ton coup d’œil d’une seconde volatile.
Mais personne n’a jamais pu
Échapper à un siècle d’enfer intime.
La méchanceté me recouvre d’abîme
Derrière elle débarque la luxure.
Les mots sont ton arme du crime
Mon souffle est une suie obscure.

© Andreï Doronine, 2018.

Andreï Doronine est l'auteur de l'extraordinaire recueil de nouvelles Transsiberianback2black dans la collection Zapoï aux éditions de la Manufacture de Livres.

4.4.18

Nijnii-Novgorod

Entier dans la lumière, accessible à tous les yeux,
J’adopte l’habituelle procédure
Levé vers le micro icône de l’homme pieux…
Non-non, aujourd’hui plein pot sur l’embrasure.

Et le microphone ne m’aime pas
N’importe lequel déforme ma voix,
Certain que si quelque part je mens
Il soulignera le mensonge férocement.

Les feux de la rampe cognent sur mes côtes
Les fanaux éclairent mon visage sans douceur
Les projecteurs aveuglent droite et gauche sans faute
Et la chaleur !… La chaleur !… La chaleur !…

Я весь в свету, доступен всем глазам,-
Я приступил к привычной процедуре:
Я к микрофону встал как к образам...
Нет-нет, сегодня - точно к амбразуре.

И микрофону я не по нутру -
Да, голос мой любому опостылит,-
Уверен, если где-то я совру -
Он ложь мою безжалостно усилит.

Бьют лучи от рампы мне под ребра,
Светят фонари в лицо недобро,
И слепят с боков прожектора,
И - жара!.. Жара!.. Жара!


            Il s’agit bien sûr ci-dessus d’un extrait d’une célèbre chanson de Vladimir Vissotski. J’ai toujours vu à travers cette danse avec le serpent sous la lumière crue une des plus élégantes — et tragique — métaphore de la « vie d’artiste », du vertige funambule sous l’œil public.
            Et puis l’autre jour à Nijnii-Novgorod, ce n’était plus une métaphore, j’étais face à l’abîme de la salle que le déferlement de lumière rendait opaque, dérobant au regard trois cents personnes tirées à quatre épingles dont je venais de quitter les rangs.
            La toute récente catastrophe — l’incendie sibérien— alourdissait l’atmosphère, au deuil s’ajoutait, vu les circonstances, un sentiment de colère sourde. Sous les feux de la rampe, les nerfs en dents de scie, l’estomac noué par le trac, chaque élément d’ambiance prend une importance cruciale. Je pensais pouvoir me réfugier dans le confort du discours imprimé sur papier, mais tout était noir de lumière, comme dit Gombrowicz au premier chapitre de Ferdydurke. Impossible de lire.
Photo de famille

            Le festival Maxime Gorki durait déjà depuis trois jours, et les visages s’étaient succédés sur les diverses scènes, insolites : l’animateur d’une revue de poésie d’avant-garde sur la toile, grand type brun en treillis militaire et lunettes noires qui ne touchait pas à l’alcool, poétesse moscovite à la robe fleurie, jeune fille de Tourgueniev, romancière de Pétersbourg en robe rouge et noire, carrée d’épaules et sûre d’elle, poète de Moscou qui ressemblait, avec sa barbe blanche et sa veste de velours, à un peintre de Montmartre, traducteurs baltes, polonais, finlandais. Une attachée du parlement local toute en distance, le port de tête hautain, un visage aigu d’oiseau de proie, des yeux gris comme le ciel.
             Et Novgorod aux cent mille coupoles comme disait Cendrars. Sur la Volga gelée, large comme un bras de mer, la berge qui tombe à pic de la balustrade des élégantes, comme à Kiev sur le Dniepr, comme à Odessa sur la Mer Noire.

            Le contexte international pesait lui aussi dans la balance, les Russes étaient très discrets, riant de mes allusions narquoises à l’hystérie occidentale, fiers que je me sois déplacé. Moins que moi d’avoir été invité. En filigrane, leur réaction se lisait comme toujours en Russie profonde: une déception attristée, ah non, pas vous les Français, on vous aimait bien… Mais pas un mot, juste déchiffrable dans leur sympathie pour le Parisien que je ne cesserai jamais d’être…
            Je jugeai donc utile de reparler des Bas-Fonds, film de Renoir avec Gabin et Jouvet, trésor du cinéma français de la Grande Époque, exemple des relations mutuelles entre nos cultures et peuples au-delà des mascarades publiques, chef-d’œuvre de la France à double origine russe, Gorki et l’énigmatique Zamiatine, qui écrivit le scénario. Zamiatine était l’auteur de la première contre-utopie du XXe siècle, lue par Orwell et Huxley, une de leurs sources d'inspiration. Aucun dessein proprement politique chez Zamiatine le mathématicien, une simple vision du développement de la science comme promesse totalitaire.
            Et puis de Gorki, personnage plus complexe qu’il ne semble au premier abord, révolutionnaire et dandy vivant à Capri avec une actrice avant Octobre Rouge, copain de Khodassevitch, l’amant poète de Berberova. Des relations ambiguës avec la religion de l’homme qui mourut en disant : J’ai discuté avec Dieu.
            Mon discours imprimé ne servait vraiment à rien, morceau de papier vite gênant sous l’œil probable de la foule invisible. La théorie des trous noirs, tension à son comble dans mes artères de timide, ne même pas pouvoir jauger les réactions du public. Et la sueur à mon front sous la brûlure des projecteurs. Un millier de nuances, piqûres d’épingle sur mes nerfs en pelote.
            Puis l’usage de la langue du peuple chez Gorki, remarquable dans ses nouvelles, très dialoguées, quasi théâtrales. Un instrument, assurai-je, très délicat, très subtil, difficile d’éviter la vulgarité — tout le monde n’est pas Céline, ou Zola. Je dansais alors sur la crête du style, cherchant à ne commettre aucune erreur de syntaxe.
            Il faisait toujours aussi chaud.
L'organisateur, Dimitri Birman, et TM

            Semble-t-il, je n’avais pas trop entamé mon crédit de sympathie pour « l’écrivain non-conformiste » comme me définissait la fiche toute en nuances sur le site du festival Gorki. C’est une des caractéristiques du nouveau soft power russe, que craignent tant les laquais de l’OTAN — il est subtil, il a largué la langue de bois. L’influence pas si douce américaine a de beaucoup plus gros sabots. Il était question de mon amitié bien connue et très ancienne avec Édouard Limonov, pas toujours très bien en cour au Kremlin, de mon enquête vieille de quatorze ans sur la toxicomanie — sujet tabou — en Ukraine : Vint, le roman noir des drogues en Ukraine. Il était question de Kozlov et Doronine, dont j’avais traduit et publié les livres chez Zapoï — loin d’être des écrivains officiels.
            Bref, une intelligence qu’on chercherait en vain dans la médiacratie euro-américaine aux ordres.
            Et le ciel gris sur la Volga blanche.

            TM 2018